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UMP : comment les bébés Copé ont appris à montrer les dents

Source : Rue89

Jeunes, médiatiques et décomplexées : contre Fillon, Copé peut compter sur les nouvelles vedettes de l’UMP… qu’il a lui-même formées.

Ces visages, ce sont ceux que vous apercevez dans les talk-shows des chaînes d’information. Des porte-voix dont on retient davantage le message, celui de la droite « décomplexée », que les noms : Camille Bedin, Franck Riester, Valérie Rosso-Debord ou encore Geoffroy Didier.

Leur âge ? Ils refusent tous d’en faire un argument politique, mais savent en jouer. Y compris contre les « quadras » qui prendront les commandes de l’UMP si François Fillon l’emporte en novembre : plusieurs fois ministres, Laurent Wauquiez et Valérie Pécresse seraient déjà des vieux.

« Une machine de guerre qui marche »


Camille Bedin (Facebook)

Camille Bedin, elle, n’a que 27 ans, mais un CV déjà riche. Sciences-Po, l’Essec, un titre de secrétaire nationale à l’égalité des chances à l’UMP, un livre (« Pourquoi les banlieues sont de droite », éd. Plon, février 2012), et une présence régulière dans les médias.
Son UMP à elle ? Ce n’est pas celle de François Fillon, « la vieille France, la bourgeoisie de province ». Ni celle dont les Jeunes Pop renvoient la caricature, « le jeune à mèche du XVIe arrondissement, fils à papa ». Et elle peut compter sur le soutien actif de « JFC » et son équipe :

« Je veux faire une tribune sur un sujet, ils vont m’expliquer dans quel média il faudrait que j’aille et me donner les contacts. Je veux organiser une réunion publique sur un thème, pareil : c’est “donne-moi une date”, et c’est parti […]. J’ai l’impression de bosser dans le privé par moment : il y a des objectifs, des process. C’est une machine de guerre qui marche. »

C’est à l’Assemblée nationale que Jean-François Copé a développé ses talents de DRH. En 2007, Nicolas Sarkozy lui refuse l’entrée au nouveau gouvernement et le relègue à la présidence du groupe UMP. Un placard qu’il transformera en tremplin – et en pouponnière.

« Une dose de marketing »


Valérie Rosso-Debord et Jean-François Copé
lors d’une conférence de presse,
le 25 août 2011 (Witt/Sipa)

Valérie Rosso-Debord, qui a perdu sa circonscription de Nancy aux législatives de juin, se souvient de ses débuts à l’Assemblée nationale, à 35 ans :

« Dès le début du mandat, Jean-François nous avait réunis à quelques-uns, les jeunes, les nouveaux. Il nous avait dit : “Voilà, il y a une génération qui monte. Si vous êtes prêts à bosser, à saisir ce tournant, moi, je serai là.” Et il l’a fait, il nous a poussés. »

L’ascension est rapide. A l’Assemblée, Valérie Rosso-Debord est nommée rapporteure du projet de loi sur les retraites, un des principaux textes du quinquennat. A l’UMP, elle est promue déléguée nationale adjointe au projet pour 2012.

C’est autour de ces bébés Copé que sera formée la « cellule riposte », chargée d’alimenter les médias en déclarations – et en nouveaux visages :

« Comment on a été choisis ? Pour être honnête, je pense qu’il y a une dose de marketing : 40 ans, pas trop moches, qui ne parlent pas trop mal, idéologiquement bien ancrés, politiquement fidèles, et qui s’entendent bien. »

« Un lien particulier »


Franck Riester le 9 avril 2009 à l’Assemblée
nationale à Paris (Lionel Bonaventure/AFP)

Franck Riester, 38 ans aujourd’hui, a connu la même ascension. Il s’est fait un nom comme rapporteur du projet de loi Hadopi, puis en soutenant une proposition de loi socialiste sur le mariage homosexuel. Une preuve, selon lui, de la liberté que Jean-François Copé laisserait à ses troupes.

Les deux hommes se connaissaient déjà bien. En Seine-et-Marne, le fief de Jean-François Copé et son ami Christian Jacob, leurs circonscriptions sont voisines :

« Avoir quelqu’un qui vous fait confiance, qui vous confie des responsabilités de plus en plus grandes, qui vous coache, c’est très agréable, donc c’est vrai que se crée un lien particulier. Alors que Fillon, j’ai dû discuter avec lui trois fois. »

A l’UMP, Franck Riester est nommé secrétaire national à la communication. Il y rejoint une armée mexicaine : on dénombre 225 secrétaires nationaux. Pour ses partisans, le DRH Copé a réuni tous les talents. Pour ses détracteurs, il s’est créé des obligés en inventant des postes.

« De la chair à canon »


Geoffroy Didier (U-m-p.org)

Geoffroy Didier, 36 ans, est ainsi chargé de « la protection des riverains » et « la lutte contre les nuisances aéroportuaires ». Conseiller régional d’Ile-de-France, implanté à Gonesse (Val d’Oise), près de Roissy, il explique :

« Autant que je choisisse un sujet qui me serve localement. Et nationalement, le titre me permettait à moi, jeune, d’exister et de m’exprimer au nom de l’UMP. Vous en faites quelque chose si vous décidez d’en faire quelque chose : c’est soit une carte de visite qu’on range dans son portefeuille, soit un tremplin. »

Geoffroy Didier existait déjà, mais dans l’ombre, comme conseiller de Brice Hortefeux. Aujourd’hui, avec Guillaume Peltier, trentenaire comme lui, il anime La Droite forte, le courant qui veut ramener l’électorat frontiste vers l’UMP.

Et comme Camille Bedin, Valérie Rosso-Debord ou Franck Riester, c’est désormais un habitué des plateaux télé :

« Les chaînes info ne vont pas inviter Juppé et Raffarin tous les jours, parce que les téléspectateurs vont s’ennuyer […]. Je ne fais pas du jeunisme, je constate le mouvement. Il faut qu’on soit un peu de la chair à canon. Ça ne me dérange pas : nous, on apprend le métier […]. A i>Télé, ils ont besoin de chair à canon, et nous, on a besoin de s’entraîner, pour un jour faire TF1. »

Cette « chair à canon », c’est ce qui manque à François Fillon pour occuper l’espace médiatique et rajeunir son image. Même si, jeudi, 200 jeunes cadres de l’UMP se sont engagés en sa faveur sur le site de L’Express, après un premier appel de trentenaires et de « quadras » cet été.

« On n’a rien à perdre »

Dans ces listes, beaucoup d’inconnus et peu de responsables nationaux. François Fillon doit compter sur l’ancien président des Jeunes Pop, Fabien de Sans Nicolas, et sur l’actuel, Benjamin Lancar (qui n’ont pas donné suite à nos sollicitations).

Rien d’étonnant, explique Stéphane Beaudet, 40 ans, maire de Courcouronnes (Essonne). Il est un des rares jeunes secrétaires nationaux à avoir pris parti pour François Fillon :

« Ce n’est pas anormal que les jeunes soient autour de celui avec lequel ils ont travaillé à l’UMP. François Fillon, lui, était Premier ministre en période de crise, donc plus isolé de la base. Mais j’inverse l’analyse : 45 000 parrainages et ces sondages, ça montre bien que ce type n’est pas perdu politiquement ! »

Une victoire de François Fillon mettrait-elle fin à l’ascension de la génération Copé ? En novembre, les adhérents de l’UMP ne devront pas seulement se prononcer sur un nom, celui de leur président mais sur des idées, celles défendues par les motions des différents courants du parti.

Dans cette bataille-là, les jeunes copéistes risquent de reprendre leur indépendance. Valérie Rosso-Debord et Franck Riester ont rejoint la motion des Humanistes, celle de l’aile centriste, autour de Jean-Pierre Raffarin et du filloniste Jean Leonetti, ancien ministre des Affaires européennes.

Camille Bedin, Geoffroy Didier et Guillaume Peltier défendront, eux, leur Droite forte, avec le parrainage discret de Brice Hortefeux. Sans « jeunisme », mais sans complexes, explique Geoffroy Didier :

« Stratégiquement, si on fait 5%, qui va nous en vouloir ? Manuel Valls a fait 5% au PS, ça ne l’a pas empêché d’être quasi-calife. Et si on fait 15%, on sera une des surprises, on dira : “Ah dites donc, les petits jeunes, ils font 15%…” On n’a rien à perdre. »