Billet d'humeur

Cheminées à foyer ouvert : un nouvel écran de fumée !

Profitez bien de vos cheminées car il en sera bientôt fini des conviviales soirées hivernales passées au coin d’un feu crépitant. En effet, suite au contentieux avec l’Union Européenne pour non-respect des valeurs limites de concentration dans l’air de particules PM10 (particules dont le diamètre moyen est inférieur à 10 micromètres) et à la mise en place, en lien avec les Plans de Protection de l’Atmosphère concernant des zones couvrant près de la moitié de la population française, d’un plan d’urgence pour la qualité de l’air contenant 38 mesures, un arrêté interpréfectoral signé le 25 mars 2013 interdit l’utilisation de cheminée à foyer ouvert à compter du 1er janvier 2015.

Oui vous avez bien lu ; les détenteurs de cheminée situés dans les zones sensibles pour la qualité de l’air (environ 100 000 foyers répartis dans 386 communes en Ile de France) ne disposant pas d’insert, censé diminuer les  concentrations de particules fines dans l’air ambiant, ne pourront plus l’utiliser. Grâce à l’inventivité débordante de nos technocrates, nous sommes donc sauvés de cette pollution qui rend, entre autres, nos enfants malades et réduirait notre espérance de vie de plusieurs mois ! En poussant le raisonnement jusqu’au bout, nous pourrions voir également, pour les mêmes raisons,  les barbecues estivaux au charbon de bois subir prochainement un sort identique et devenir de simples objets de collection. C’était donc à ce point si simple que je me demande même encore pourquoi personne n’y avait pensé plus tôt …

Moins ironiquement, je suis naturellement, en tant que responsable politique et père de famille, sensible à la qualité de notre environnement et partage les inquiétudes tant européennes que françaises au sujet de la pollution de l’air en région parisienne, comme partout en France. Devenu un véritable enjeu sanitaire, la pollution par les particules en France serait en effet à l’origine chaque année d’environ 42 000 décès prématurés et les seuls coûts sanitaires de la pollution extérieure ont été estimés dans une fourchette de 20 à 30 milliards par an. Face à de tels chiffres, il est évidemment de notre responsabilité de soutenir les démarches environnementales visant à limiter l’émission de polluants atmosphériques que génèrent inévitablement les activités humaines.

Toutefois, je désapprouve totalement cette mesure inique qui tend, une nouvelle fois, à consacrer le principe d’une écologie punitive au détriment de nos moments de convivialité et qui appelle à mon avis, sur le fond, plusieurs réflexions.

Sur le plan environnemental tout d’abord, il est établi qu’une heure de feu de bois dans une cheminée, dont l’usage est de plus, en grande partie, ponctuel, dégage 10 fois moins de CO2 qu’une heure d’utilisation d’une voiture citadine. Plus généralement, ce sont les émissions de particules des secteurs industriels et agricoles, y compris le transport,  qui génèrent les ¾ des émissions globales. Quant aux PM 10, une étude helvétique récente a démontré que l’impact réel du bois de chauffage représentait moins de 16 % du volume global d’émissions de PM10. Si on considère la part réelle que constitue dans ce chiffre les feux de cheminées d’agrément, il ne faut pas être sorti de Polytechnique pour constater que le bois, et encore moins les cheminées, ne sont pas le cœur du problème à traiter.

Ce énième règlement (qui, soit dit en passant, renie le choc de simplifications que le Gouvernement nous vante régulièrement) ne résoudra en rien les problématiques liées aux gaz polluants, aux gaz à effets de serre ou aux particules. Malgré les effets d’annonces simplistes des sachants ès pollution qui tentent ainsi de cacher la forêt du diesel avec l’arbre de la cheminée, il n’aura donc aucun impact significatif et durable sur l’amélioration de la qualité de l’air.

Cette décision aura ensuite de graves répercussions dans les secteurs de l’artisanat et des métiers d’Art pourtant créateurs d’emplois qui possèdent un savoir faire ancestral, issu notamment du compagnonnage, et favorisent le rayonnement culturel de la France. De nombreuses sociétés forment en effet en interne du personnel dont les compétences sont reconnues et appréciées en France, mais également en Europe et dans le monde entier. En outre, elles sont régulièrement sollicitées pour l’entretien et la restauration de notre patrimoine culturel que ce soit dans des châteaux, de grands hôtels particuliers ou des manoirs par exemple. Que deviendront ces édifices dont certains sont classés aux monuments historiques ? Qu’adviendra-t-il de tous ces salariés ? Alors que le nombre de demandeurs d’emploi ne cessent d’augmenter chaque mois, la France peut-elle prendre le luxe d’affaiblir, voire de faire disparaître des pans entiers de ses filières d’excellence à cause de diktats idéologiques ?

Enfin, si on ajoute à cette décision celle de rendre également obligatoire la pose de détecteurs de fumée chez les particuliers le 1er janvier 2015 (cette concomitance de date est bien évidemment fortuite n’est-ce-pas ?!), il est patent que notre société est de en plus en plus systématiquement confrontée à une tendance lourde qui consiste à limiter toujours davantage nos libertés individuelles au profit d’un renforcement de la sécurité. Si ces notions sont constitutives de notre vivre ensemble, et que la limitation de nos libertés est à la fois légitime et souhaitable pour lutter contre la criminalité et le terrorisme, encore faut-il trouver un juste équilibre et une réponse appropriée en sortant des dogmes officiels. Si nous en faisons l’économie, nous prenons le risque, par facilité, de tomber dans l’excès d’un sécuritarisme dont l’idéologie promeut une obsession pour une sécurité absolue et pousse à l’extrême le principe de précaution. En promulguant toujours plus de normes, le législateur répond certes à une complexité croissante de nos rapports sociaux, mais il contribue aussi grandement à générer chez les citoyens l’idée sinon insupportable, du moins anxiogène, que l’on tente de légiférer l’ensemble de leur vie et de décourager tout esprit d’entreprise.

Pour ma part, convaincu que le risque zéro n’existe pas, je préfère faire mienne l’une des célèbres phrases de Périclès qui affirmait : « Il n’est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage de vivre l’insécurité ». A méditer…