Actualité Agglomération

Une future Agglomération de taille adéquate…et pleine d’exceptions !

Enfin, hier, la fumée blanche est sortie de la CRCI (Commission Régionale de Coopération Intercommunale). Notre grande Agglomération, initialement prevue à 530 000 habitants, sera désormais composée au 1er janvier 2016 de 331 000 habitants par le regroupement des actuelles agglomérations d’Evry et de Corbeil, des SAN de Sénart 91 et 77, et enfin de la ville de Grigny.

Le “Grand Evry” perd donc de sa superbe, même si à mon sens nous devons nous réjouir de voir ce territoire s’élargir. Notre “réunification” avec Corbeil-Essonnes, certes forcée aux yeux de leurs élus, va dans le sens de l’histoire, c’est incontestable. Les deux plus grandes villes de l’Essonne vont enfin retrouver une communauté de destin. Car la réalité, ce sont les habitants et les acteurs économiques qui ne comprennent plus, voire ne supportent plus, ces frontières administratives trop souvent érigées en ligne Maginot.Nos régions sont passées de 22 à 13, nos départements seront moitié moins nombreux durant la prochaine décennie, nos intercommunalités ne pouvaient donc rester à l’écart de ce mouvement de concentration.

Je me réjouis également que notre future Agglomération revienne à une taille plus humaine où il restera possible de concilier les enjeux stratégiques d’un territoire (développement économique, emploi, transports) et la nécessité d’une proximité efficace dans l’exercice des compétences du quotidien (cadre de vie, culture, environnement, voirie) ; surtout dans le cadre de contraintes budgétaires inédites.

De ce point de vue là, et conformément à nos avis exprimés en décembre 2014 tant en Conseil de Communauté qu’en Conseil Municipal, je considère que la demarche du SRCI (Schéma Régional de Coopération Intercommunale), engagée depuis l’été dernier, aboutit à un résultat satisfaisant.

A l’inverse, je le dis tout aussi franchement, tout ceci s’opère à partir d’un périmètre territorialement déséquilibré, économiquement incohérent, politiquement explosif et socialement difficile.

Territorialement déséquilibré :

Il suffit d’analyser la carte pour le comprendre, puisque notre périmètre se caractérise avant tout par un axe est-ouest qui épouse le tracé de la Francilienne. En soi, c’est pertinent mais largement insuffisant puisque notre bassin de vie, et donc économique et de transports, fonctionne également selon un axe nord-sud le long de l’autoroute A6, de l’ex RN 7 et de la Seine.

De surcroît, j’estime que séparer Grigny de Viry-Châtillon est une erreur historique dont tous les protagonistes de la décision auront bien du mal à me convaincre du bien-fondé. Je respecte évidemment la souveraineté des maires, et notamment de mon ami Jean-Marie Vilain, mais sans malice ni animosité, puisque je le pense, je le dis.

Rayer d’un trait de plume plus d’une décennie de coopération intercommunale alors que le quartier de la Grande Borne est à cheval sur ces deux communes, cela me parait être un non sens ; un quartier coupé administrativement entre la Métropole du Grand Paris et notre territoire, à l’heure d’une politique de la ville de compétence intercommunale, ça m’interroge.

Enfin, la dérogation accordée d’emblée, dès août dernier, à l’agglomération de Melun, me semble être un acte manqué et incompréhensible, si ce n’est par le chapitre politique ci-dessous !

Economiquement incohérent :

D’aucuns me diront que se marier avec la Ville Nouvelle de Sénart va procurer d’immenses réserves foncières à vocation économique ; certes, mais nous savons tous que ce potentiel indéniable ne se transformera pas à court et moyen termes en un tissu économique aussi dense, diversifiée et solide que celui existant sur le bassin d’Evry/Corbeil.

Le bon sens économique aurait d’abord voulu que nous nous rapprochions de nos voisins immédiats que sont les communes situées au nord de la rivière Essonne (Echarcon, Mennecy, Ormoy, Vert le Grand, Vert le Petit) et autour de l’ancienne Base Aérienne 217 (Plessis Pâté, Brétigny sur Orge).

Politiquement explosif :

Disons les choses clairement à celles et ceux qui n’auraient pas encore fait tourner les tableaux Excel. Arithmétiquement, ce périmètre offre 4 voix d’avance à la Gauche (40) sur la Droite (36). Comment imaginer qu’il en fût autrement ?

Mais une analyse plus fine de la composition de ces voix de Gauche me fait craindre le pire quant à leur solidarité et solidité ; en effet, nous y retrouvons toute la gamme de ce que la Gauche nous déploie au niveau national, autant dire que ce n’est pas rassurant lorsque l’on voit le spectacle qui nous est régulièrement offert depuis bientôt 3 ans.

Malheureusement, du côté de ma famille politique, partage, sens du collectif et unité ne constituent pas forcément davantage notre ADN ! La cohérence des amendements successifs déposés lors des différentes CRCI est là pour en attester…

Seulement voilà, maintenant, il va nous falloir collectivement être capable d’assumer ce périmètre soigneusement et patiemment dessiné et de ranger derrière nous ces petits épisodes de petite politique pour être à la hauteur des défis qui attendent cette future Agglomération.

Socialement difficile :

Je reprends ici la formule de mon ami Jean Hartz, qui lors d’une Conférence des Maires, nous a collectivement renvoyé à l’image dont beaucoup vont très vite nous affubler, celle de l’Agglomération des cités difficiles, de l’Agglomération de la Grande Borne, des Pyramides et des Tarterêts ; c’est évidemment caricatural, mais nous allons devoir y faire face !

Malheureusement, hormis le projet du Grand Stade de la FFR sur Ris-Bondoufle qui, s’il se concrétise, sera un puissant levier économique et d’image, le périmètre choisi n’offre pas, à court terme, de contre arguments pour rapidement faire oublier cette caricature, car c’en est une, qui nous desservira sans doute un long moment.

En conclusion, le bilan que je tire de ces 6 derniers mois est mitigé.

D’un côté, une Agglomération suffisamment grande pour peser sur les grands enjeux, produire des économies d’échelle tout en assurant une qualité de service et de la proximité aux habitants. En province, les agglomérations de cette taille existent depuis longtemps et ont su allier cette double exigence de stratégie d’avenir et de proximité avec les habitants. C’est le cas de cette “couronne des cathédrales” autour de l’Ile de France, constituée notamment des agglomérations de Reims ou d’Orléans qui ont su fédérer les acteurs politiques locaux, prendre de bonnes décisions et regrouper leurs forces pour être aujourd’hui de véritables pôles d’attraction à l’échelle du grand bassin parisien.

De l’autre, une Agglomération fondée sur un périmètre aux multiples insuffisances qui, conjuguées, pourraient faire en sorte que “la mayonnaise ne prenne pas”.

Le processus de constitution de ces grandes agglomérations offre encore quelques mois. Il n’est donc pas trop tard pour, a minima, corriger les plus flagrantes anomalies, raisonnablement obtenir des garanties solides de l’Etat (notamment financières et fiscales) et, dans un monde idéal, avoir le courage de faire encore évoluer le périmètre.

Car trop d’exceptions ont jeté et jettent encore une forme de suspicion sur l’accouchement de ce périmètre, même si encore une fois tout a été parfaitement orchestré et n’est entâché d’aucune irrégularité :

– en Essonne, nous serons la seule agglomération qui se retrouvera à cheval sur deux départements : pourquoi est-ce justifié ici et pas ou plus ailleurs, outre le seul intérêt de se rapprocher de l’EPA ? Qui sera notre Préfet de tutelle demain ? Dans quelles conditions contractualiserons-nous avec deux départements différents ?

– qu’a-t-on fait de la demande datant de 2010 de la commune d’Echarcon ?

– en Essonne, contrairement aux 3 autres départements concernés, le bouclage des périmètres des agglomérations, dont la nôtre, aura nécessité une nouvelle réunion de la CRCI (celle d’hier) initialement non prévue marquant manœuvres et désaccords politiques…

– notre future agglomération, constituée notamment de l’ajout de la Ville Nouvelle de Sénart dans le 77, empêchera l’Agglomération de Melun de franchir le seuil de 200 000 habitants pourtant requis par la loi. La ville préfecture de Seine et Marne sera donc la seule d’Ile de France à ne pas être regroupée dans une agglomération de plus de 200 000 habitants (la CALPE ne l’est que momentanément, avant de rejoindre la MGP). Pourquoi cette dérogation a-t-elle été acceptée par l’Etat alors que bien d’autres ailleurs ont été refusées, et que l’alliance d’une ville nouvelle et d’une vill d’histoire semblait pertinente à bien des égards ?

Gageons que cela fait un peu beaucoup. Si la réalité politique est évidemment plus fine que le seul spectre d’un territoire « protégé » à la gloire du premier ministre en vue de son « ré-atterrissage » local, et que le processus de ces derniers mois a été éminemment complexe, le résultat à la fin ne peut être pleinement satisfaisant.

Alors certes, dans notre actuelle agglomération d’Evry Centre Essonne, mon entente au service de l’intérêt général avec Manuel Valls d’abord, puis Francis Chouat, a démontré sa pertinence et plus personne aujourd’hui en notre sein ne tente de démontrer le contraire. Mais dans une assemblée de 76 sièges, avec des élus qui n’ont pas tous derrière eux 40 ans d’héritage de gouvernance intercommunale, qu’en sera-t’il ?

Nous avons 10 mois pour y répondre.

Comptez sur moi pour faire en sorte que tout ce que nous avons construit depuis 2001, tous nos combats menés à Courcouronnes et ailleurs, ne soient pas sacrifiés sur l’autel de “combinazione” à l’italienne dans une Agglomération de 331 000 habitants qui, de fait, deviendrait ingouvernable.

Je crois que c’est possible si nous sommes tous exemplaires et enclins à partager un dessein commun. Mais sur un tel périmètre, et en l’état actuel des forces en présence, le chemin sera étroit !…

  • Messina Richard
    13 février 2015 at 21 h 09 min

    Analyse très pertinente.