Actualité Billet d'humeur

Transparence de la vie politique : l’illusion, c’est maintenant !

Après le Président normal, le Président transparent – © Maester

L’affaire Cahuzac, qui a constitué le summum du cynisme et du délitement de la morale en politique, a laissé des traces ! Mais alors qu’elle ne concernait pourtant que la dérive d’un homme, certains, et en premier lieu les deux têtes de l’exécutif français, ont rapidement cédé aux sirènes du populisme et de la démagogie en recourant à la promesse d’une grande loi, une de plus me direz-vous, de réorganisation et de moralisation de la vie publique française. Quitte à vouloir bafouer les règles les plus élémentaires du droit au respect de la vie privée et à décréter que tous les élus seraient, par nature, suspects !

S’il est heureux que nous ayons échappé à la mise en œuvre d’une loi consacrant le totalitarisme de l’égalité, ce poison qui pousserait chacun à regarder systématiquement dans l’assiette de son voisin,  ce texte n’est pas pour autant de nature à restaurer la confiance des citoyens dans leurs représentants. Pire, il demeure hypocrite, stigmatisant, et surtout inefficace.

Hypocrite, car en présentant ce texte en urgence, le gouvernement socialiste a tenté de créer un contre feu visant à redorer son blason de chevalier blanc de la vertu qu’il n’était plus en mesure d’incarner. En outre, je n’ai pas oublié les nombreuses critiques qui avaient été formulées par la gauche lors du précédent quinquennat quand Nicolas Sarkozy proposait de légiférer à chaque nouveau faits divers…Nous sommes donc encore bel et bien devant une sombre manœuvre politique !

Stigmatisant, car même largement amendé, ce texte tend à consacrer l’idée du « tous pourris » si cher à Marine Le Pen. Si personne n’est opposé, et moi en premier chef, à une plus grande transparence dans la vie publique, il m’apparaît malsain qu’elle s’organise sous la forme d’un déballage exhibitionniste et d’un encouragement à la délation qui ne servirait qu’à exalter les plus bas instincts de certains de nos compatriotes.

Inefficace, car par définition, quand on dissimule de l’argent ou des biens au fisc, on ne va évidemment pas les révéler dans ce genre de déclarations volontaires. Bien qu’ayant fait une déclaration préalable sur l’honneur lors de son entrée au gouvernement, comme le font d’ailleurs tous les élus en début de mandat, Jérôme Cahuzac s’est bien gardé d’y faire apparaître les centaines de milliers d’euros qu’il avait dissimulés au fisc français ! Et sans enregistrement ni l’entêtement de Médiapart, nous n’en aurions jamais rien su ! Rien donc dans les nouvelles mesures qui ont été adoptées par l’Assemblée ne garantira qu’une nouvelle affaire de ce type ne se reproduira pas !

Montesquieu affirmait dans De l’Esprit des Lois qu’« il ne faut pas beaucoup de probité pour qu’un gouvernement monarchique ou un gouvernement despotique se maintiennent ou se soutiennent. Mais dans un Etat populaire, il faut un ressort de plus qui est la vertu ». Si ce jugement nous rappelle qu’une démocratie ne tient que par la confiance des citoyens dans leurs représentants, il est parfaitement illusoire de croire que ce texte y contribuera !

Bien loin de créer des structures permettant à la politique de mieux se protéger contre celles et ceux qui confondent l’intérêt général et leur profit personnel, ce texte n’aura finalement servi qu’à conforter la gauche qu’elle seule est la gardienne de l’honnêteté et de la probité. Encore une belle illusion, n’est-ce-pas ?! 

  • Valdemar
    8 juillet 2013 at 9 h 18 min

    Il est simplement quelque peu illusoire et injuste de penser que tous les élus sont ‘pourris’. Beaucoup sont bénévoles, ou reçoivent une peccadille d’euro qui ne suffit à couvrir les frais de leur engagement.
    Cette loi est une mauvaise loi de plus. Ne serait-il pas plus judicieux d’améliorer l’arsenal existant et de sanctionner encore plus fortement ceux qui se font prendre la main dans le sac, au lieu de jeter l’opprobre sur tous les élus ? La sanction ultime de l’inéligibilité à vie devrait et le remboursement des sommes perçus pendant le (ou les) mandat(s) devrait suffire à dissuader.
    Mais comme d’habitude, il est plus facile de mettre un petit pansement que de traiter le mal. La désinfection pique…