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Stéphane Beaudet : « On a fait du charcutage, c’est une évidence »

Article du 22 octobre dans le journal du Grand Paris.

Stéphane Beaudet, maire (LR) de Courcouronnes (91), est un des protagonistes de la construction de la future intercommunalité d’Evry-Centre Essonne, un territoire décrié par la quasi-totalité des maires qui le composeront. Conseiller régional, président de l’Association des maires d’Ile-de-France, il estime que ce périmètre résulte de calculs politiques.

Rappelez-nous s’il vous plait quel est, à ce jour, le périmètre de la future intercommunalité que vous intégrerez le 1er janvier prochain ?

Elle regroupe l’agglomération actuelle d’Evry, avec ses 6 communes, l’agglomération de Corbeil, Sénart en Essonne, Sénart en Seine-et-Marne et la ville de Grigny. Cela donne 24 communes.

Cela ne concerne pas uniquement le SAN Sénart : 21 communes sur les 24 ont voté contre ce projet de territoire. Je tiens à faire passer ce message : seulement 3 communes ont voté pour ! La situation est d’autant plus cocasse qu’au sein de ces communes, la quasi totalité des élus est persuadée de la nécessité de bâtir une grande agglomération.

Parce que l’on nous a vendu des grandes agglomérations sur des valeurs économiques de développement territorial, de cohérence territoriale… Et l’on se retrouve aujourd’hui avec un territoire qui n’est qu’un territoire politique, destiné à assurer une très courte majorité à la gauche. Je suis président du réseau de transport du bassin depuis 15 ans, et je peux vous dire que l’agglo que l’on est en train de construire contient au moins deux bassins d’emplois distincts, et deux bassins de population différents. Les élus se sont, logiquement, élevés contre ce projet de territoire. Allez expliquer à un élu de Bondoufle qu’il a quelque chose à voir avec un élu de Combs-la-Ville, ce n’est pas simple.

Une étude de l’AFTRP a essayé de déterminer quels étaient les territoires de bassin, et démontré que notre territoire remontait le long de la nationale 7, au moins jusqu’à Viry-Châtillon ; il descendait au sud jusqu’à Mennecy, englobait une partie de la communauté d’agglomération du Val d’Orge, et s’étendait jusqu’à l’entrée de la rive droite. De l’autre côté, de façon assez limpide, on allait de Combs-la-Ville jusqu’à Melun. Sauf que cette étude de l’AFTRP date d’avant les élections municipales…

Le territoire n’est pas du tout cohérent. On s’astreint parce que nous sommes des élus responsables, à une réunion par mois avec les 24 maires pour essayer de créer un projet de territoire. Mais vous imaginez quand même la logique politique… On commence par nous imposer de se réunir à 24, pour définir ensuite un projet de territoire. Chacun comprend que l’on aurait dû procéder à l’inverse, c’est-à-dire élaborer un projet, et ensuite former un territoire. Voilà pourquoi l’immense majorité des élus de ce périmètre se prononce contre ce projet.

Ils essayent, avec leurs moyens. Personnellement, je pense que ce projet n’est pas blocable. Regardez le territoire de Roissy : 31 communes sur 31 ont refusé le projet d’intercommunalité… On va le leur imposer quand même.

On ne peut pas dire les choses comme ça. Ce qui est dramatique, c’est le changement de règles. Je fais juste un petit rappel du contexte : les maires sont élus en mars 2014, sur la base de programmes électoraux, par rapport à des règles existantes. Premièrement, il existait des règles financières. Au lendemain des élections municipales, lors de son discours de politique général à Matignon, le Premier ministre fait passer la facture des communes de 1,5 milliard à 11 milliards. C’est-à-dire qu’une semaine après les élections municipales perdues par la gauche, on change les règles de financement des communes et on leur coupe les vivres.

Deuxièmement, on change les règles intercommunales : on nous impose, au 1er janvier 2016, d’être englobés dans une grande agglomération dont on ne choisit pas le périmètre. Nos compétences, en tant que commune, vont remonter à l’intercommunalité. Par exemple, chez nous, l’agglomération de Corbeil possède la compétence de voirie intercommunale, et pas la communauté d’agglomération d’Evry… Au 1er janvier, comme Corbeil possédait cette compétence, son exercice s’imposera à tous. Et ajoutez à cela que la représentation politique au sein de ces grandes agglomérations est complètement diluée. Pour faire simple : je n’ai plus d’argent, je suis dans une grande agglomération que je n’ai pas choisie, et en plus, ma représentation au sein de l’interco est diminuée : la ville de Courcouronnes, en mars 2014, c’est 11 représentants sur 57 délégués ; en janvier prochain, ça sera 3 sur 76.

Je pense que ce n’est pas complètement juste. Sur 67 sièges, il y a 2 sièges d’avance pour la gauche, autant dire très peu. À l’origine de ces grandes agglomérations, Manuel Valls n’était pas ministre, mais surtout, il n’avait pas perdu les municipales. On est quelques-uns à avoir travailler sur les futurs territoires intercommunaux. Le territoire de rêve, que l’on partageait autant à gauche qu’à droite, c’était un grand territoire de 300 000 habitants en Essonne, et un grand territoire de 300 000 habitants en Seine-et-Marne (qui regroupait à ce moment-là Sénart et la ville de Melun-Sénart). Je rappelle que la règle initiale proposée par le gouvernement, c’était de ne pas piocher dans un département voisin, et de ne pas démembrer une agglomération existante.

Mais les municipales sont passées par là. Seule l’agglomération d’Evry restait à gauche. Il fallait former un territoire de 600 000 habitants, au minimum, pour pouvoir avoir une chance de rebasculer à gauche. On a donc commencé à faire de la cisaille, à piocher en Seine-et-Marne. On a exclu, d’emblée, Melun-Sénart, 120 000 habitants, ultra-majoritairement à droite. On a démembré Viry-Châtillon et Grigny. Viry-Châtillon, passée à droite après les municipales, monte à la métropole du Grand Paris ; Grigny, restée à gauche, descend dans la future intercommunalité… Bref, on a fait du charcutage, c’est une évidence.

Il faudrait qu’il remonte le long de la nationale 7, au moins jusqu’à Viry-Châtillon. C’est simple, il faut se baser sur le bassin de transport. Je suis président du TICE, qui est le réseau de bus de la communauté d’agglomération d’Evry-Centre-Essonne. Ce réseau a été créé en 1988 par les élus locaux. Il desservait initialement 4 communes, aujourd’hui il en dessert 21. Il n’y a pas de meilleur exemple en matière d’attractivité territoriale qu’un réseau de bus. Faites un réseau de bus, et vous obtenez une agglomération cohérente, car cela signifie que vous voyagez en bus pour aller travailler, pour prendre le train, pour aller à l’école, pour aller faire vos courses… Aujourd’hui, essayez d’effectuer le trajet Combs-la-Ville – Bondoufle. C’est 2h30 de transport en commun. Il faut remonter à Juvisy-sur-Orge, c’est-à-dire en dehors de notre agglomération, pour y rentrer à nouveau.

Nous ne sommes pas d’accord avec ce territoire, mais nous sommes des élus responsables. La loi, c’est la loi, et nous allons être obligés de mettre en place cette intercommunalité avant le 1er janvier. On ne sait pas, néanmoins, comment on va être capable de voter un budget commun, avec 6 structures budgétaires communes qui fusionnent, sachant que nous  devrons voter le budget dans les trois premiers mois. Et il va falloir que l’agglomération fonctionne : le piscine devra être ouverte, les personnels devront fonctionner, les feuilles de paie pour les agents devront sortir à la fin du mois, etc.

Je ne sais pas s’il y est favorable, ou si on lui demande d’y être favorable. J’ai déjà discuté avec Francis Chouat et clairement, si le gouvernement était de droite et si on leur imposait ce même territoire, il l’aurait refusé. C’est l’ancien maire d’Evry, l’actuel Premier ministre, qui a fait les dessins… Francis Chouat sera sans doute président de cette agglo, mais il défend ce qu’on lui demande de défendre.