Actualité Billet d'humeur

Réforme territoriale : bien mais peut mieux faire !

Infographie 12 régions (source : Elysée)François Hollande a enfin dévoilé “sa” réforme territoriale qui vise à s’attaquer au fameux “millefeuille”.

Comme souvent avec notre Président, les intentions sont louables mais le chemin pour y parvenir est trop peu lisible et soumis à l’incohérence de sa majorité parlementaire, d’autant plus en la matière puisque le Sénat aura constitutionnellement une voix prépondérante pour faire aboutir ou entraver cette réforme.

Or on sait que le Président n’y a déjà quasiment plus de majorité, et que ce n’est guère mieux à l’Assemblée nationale… par conséquent, la période qui s’ouvre va être celle d’intenses négociations de couloir par l’un des plus puissants lobbys de France à savoir les élus locaux socialistes. Un lobby déjà à l’oeuvre depuis la raclée des municipales pour contrer la mise en oeuvre de la loi MAPTAM en Ile-de-France, un lobby qui a déjà réussi à baisser l’ambition initiale du Président d’une France composée de 10 à 12 régions à désormais 14 sur les 22 actuelles, un lobby qui a obtenu de décaler de 6 mois les élections de 2015 en espérant que d’ici là la fameuse courbe veuille bien s’inverser et que les fameuses baisses d’impôts deviennent effectives pour les contribuables-électeurs, un lobby qui va désormais s’atteler à lutter de toutes ses forces contre la suppression du Conseil général…

Bref, tout ça pour dire qu’il y a fort à parier que la nouvelle carte des regions dévoilée hier soir ne soit pas celle qui entre en vigueur à la fin du processus, Manuel Valls l’a d’ailleurs quasiment confirmé ce matin sur BFM.

En même temps, je dois avouer que ce serait mieux qu’elle évolue car comment François Hollande peut nous parler de régions à “taille européenne” lorsque la Bretagne et les Pays de la Loire ou encore l’Aquitaine restent isolées. Aucune d’entre elles ne dépasse les 4,5 millions d’habitants !

Néanmoins, il faut avoir l’honnêteté de dire que les bouquins d’histoire retiendront que c’est finalement un Président de gauche qui aura eu le courage de créer des métropoles en province, de créer la Métropole du Grand Paris, de baisser d’un tiers le nombre de Régions, d’engager le processus de suppression des Départements et enfin de renforcer la taille et les competences des intercommunalités.

A Droite on a rien fait pendant nos 10 années au pouvoir pour traiter la problématique du millefeuille, excepté la mini-réforme du “conseiller territorial” abrogée dès 2012 avant même sa mise en oeuvre par la Gauche.
Depuis deux ans alors que nous ne cessons de demander au Gouvernement d’engager des vraies réformes de structure, il conviendrait peut-être de s’opposer plus intelligemment aux annonces du Président de la République sans rejeter en bloc tout ce qui est mis sur la table.

L’UMP doit aujourd’hui peser de tout son poids pour convaincre le Gouvernement d’aller plus loin et plus vite sur la suppression des départements, sur l’élection au suffrage universel des présidents d’intercommunalité, sur une redéfinition claire des compétences et des moyens de chaque niveau restant de collectivité locale.

Après tout, si nous obtenions ces avancées, pourquoi ne pas proposer au Président de la République une majorité forte pour modifier la Constitution lors d’un prochain Congrès du Parlement?

Car justement en matière de Constitution, là encore je marque ma différence avec toutes celles et ceux qui en appellent au référendum. C’est une chose de se draper dans des habits gaulliens, il en est une autre de constater que l’électeur des années soixante ne se comporte plus dans les urnes comme l’électeur d’aujourd’hui…pour autant qu’il s’y déplace et en l’occurrence qu’il réponde à la question posée !

Après 30 ans de chômage de masse et d’effondrement des comptes publics, la classe politique française a perdu toute crédibilité aux yeux des électeurs et d’une certaine manière ces derniers se “vengent” à chaque consultation électorale. Et notamment lors des référendums qui leur offrent l’occasion de sanctionner les Présidents ou les Ministres qui les portent. Souvenez-vous de 2003 (Corse), de 2005 (Constitution européenne), de 2010 (Guadeloupe) ou encore récemment de 2013 (Alsace)…

Par conséquent, sur un sujet aussi important que la réforme territoriale, cessons d’adopter des postures gaulliennes de pure forme. Je les préfère lorsqu’elles permettent d’alerter l’opinion, ce fut le cas de Xavier Bertrand récemment, sur les coupes budgétaires supplémentaires qui étaient projetées sur nos Armées alors même que l’actuel Président de la République ne les a jamais autant sollicitées sur des opérations extérieures…là oui soyons gaulliens pour défendre la souveraineté de la France!

Les élus de la République doivent prendre leurs responsabilités et assumer de porter des changements qui vont à l’encontre des particularismes locaux.
Si nous élisons un Parlement, c’est pour cela !

Pour conclure, une fois n’est pas coutume, je veux saluer une forme de courage politique de la part de François Hollande et Manuel Valls car ils s’engagent dans un processus impopulaire dans leur propre parti politique mais également, in fine, au niveau de l’opinion publique car ne nous faisons pas d’illusion sur l’un des objectifs de cette réforme : moins d’Etat sur le territoire, donc moins de Préfectures, de sous-préfectures, etc, etc…de nombreuses villes moyennes aujourd’hui équipées des attributs d’une Préfecture ou de capitale départementale vont nécessairement les perdre !

Ce raisonnement est également valable pour nous en Essonne, je dis ça à tous ceux qui pensent que se regrouper contre l’agglomération d’Evry leur offrira un meilleur avenir…non seulement ils se fragilisent eux-mêmes, mais ils fragilisent aussi la pérennité même d’Evry comme territoire socle du développement du Sud Francilien si pendant ce temps d’autres savent se fédérer (Melun/Sénart à l’est et Massy/Palaiseau/Les Ulis au nord ouest).

L’heure n’est plus aux petits calculs politiciens, l’heure est au choix historique. La France ne peut plus attendre de vraies décisions pour son avenir.