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Réforme du collège : un simple toilettage plutôt qu’une véritable révolution !

delucq_langueetrangereLe collège est mal en point et de l’aveu même de la ministre de l’Éducation Nationale, il est considéré comme le « maillon faible » du système scolaire français. Depuis plus d’une décennie en effet, le niveau général des élèves se dégrade et les inégalités ne cessent de s’amplifier. Fort de ce constat partagé par l’ensemble de la communauté éducative et mis dernièrement en exergue par le classement Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), Najat Vallaud-Belkacem a décidé de s’attaquer à ce chantier qui concerne 3,2 millions d’élèves. Elle a présenté ce matin en conseil des ministres les contours d’une réforme qui se veut ambitieuse et pragmatique en donnant davantage d’autonomie pédagogique aux établissements et aux équipes enseignantes ainsi qu’en instaurant une 2ème langue vivante dès la 5ème.

Si je ne peux que partager l’objectif général de lutter efficacement contre l’endémie de l’échec scolaire, notamment à travers une meilleure maîtrise des savoirs fondamentaux, je demeure à ce stade extrêmement sceptique sur les mesures préconisées pour y arriver.

Je ne pense pas, tout d’abord, que la création dès la 5ème « d’Enseignements Pratiques Interdisciplinaires » censés donner du sens aux apprentissages théoriques, en les contextualisant notamment, améliorera le niveau des collégiens. Ce n’est pas en déstructurant le cadre des enseignements historiques qu’on luttera contre le décrochage scolaire. En occupant de surcroit 20 % de l’emploi du temps des élèves, je crains fort que cette mesure ne réduise encore davantage l’apprentissage des savoirs de base en mathématiques ou en français par exemple.

Tout en partageant ensuite l’idée de généraliser l’accompagnement personnalisé à tous les élèves de 6ème jusqu’en 3ème, je demeure là aussi dubitatif sur les moyens humains et financiers qui seront mis en œuvre d’autant qu’il est prévu dans le même temps de supprimer l’accompagnement éducatif dans les collèges hors réseaux d’éducation prioritaire à la rentrée 2015.

Je déplore enfin que l’apprentissage d’une 2ème langue vivante dès la 5ème ne condamne de facto les sections bilangues (en 6ème) et européennes, et qu’elle soit ainsi de nature à consacrer de nouveau l’existence d’un collège à 2 vitesses avec une nouvelle hémorragie des bons élèves migrant vers des établissements élitistes et payants. Si nécessaire soit l’apprentissage d’une 2ème langue vivante, ne serait-il pas d’abord souhaitable de vérifier la réalité de l’apprentissage de la 1ère, notamment dans le 1er degré, et d’être en mesure de pourvoir complétement les besoins parfois non couverts de professeurs de langues dans le secondaire ? Juste pour rappel, nous avons dû attendre à Courcouronnes jusqu’à fin octobre la nomination d’un enseignant d’espagnol au collège Paul Fort … Ne conviendrait-il pas également d’améliorer en amont la maîtrise de la langue française, qui reste l’outil indispensable dans l’acquisition de connaissances ?

Alors que la France a chuté au 25ème rang mondial du dernier classement Pisa, le collège méritait assurément une grande réforme d’envergure. La ministre de l’Éducation Nationale a préféré présenter un simple ripolinage de ce qui a déjà été expérimenté au cours de ces 20 dernières années avec l’efficacité que l’on connaît ! Elle a de plus ostensiblement « oublié » (les prochaines échéances électorales n’y sont évidemment pour rien) d’aborder les questions de fond telles que le collège unique avec la refondation tant attendue de l’apprentissage et du système du pilotage des équipements, le temps de présence des enseignants ou même, pour mener à bien des réformes nécessaires, la prise en compte des réflexions des autres acteurs de la communauté éducative que l’on sera bien content de pouvoir solliciter lorsque le bateau tanguera. Pourtant ces questions ne manqueront pas de se poser indubitablement…Très prochainement même !