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Refondation de l’école : la montagne accouche d’une souris

Alors qu’on nous avait prédit, à coups de grandes envolées ministérielles et de déclarations fracassantes, une grande réforme sur l’école de la République, force est de constater que ce texte est loin d’être à la hauteur des enjeux de notre système éducatif et qu’il est très éloigné de ce qu’attendent les Français. Une nouvelle fois, la faiblesse des actes a très vite supplanté la force des mots !
Adopté  définitivement par le Parlement samedi 22 juin, après un ultime vote du Sénat en deuxième lecture dans les mêmes termes que l’Assemblée nationale, ce texte dogmatique, qui sera très vraisemblablement mis en application à la rentrée prochaine, ne résout aucun problème de fond. Il ne vise en grande partie qu’à supprimer les orientations et les choix de la majorité précédente, et notamment, les internats d’excellence. Les élèves talentueux des quartiers dits « difficiles » qui disposaient ainsi d’un moyen d’étudier dans les meilleures conditions apprécieront ce choix du nivellement par le bas !

Les principales mesures incluses dans ce texte ne constituent finalement qu’une remise au goût du jour de vieilles recettes socialistes pourtant éculées et demeurent symptomatiques du manque de courage qui caractérise ce gouvernement depuis plus d’un an.

D’une part en effet, bien que la Cour des comptes ait indiqué clairement, dans un récent avis, que les effectifs du personnel enseignant n’avaient aucun lien direct avec les résultats de élèves et que notre pays s’enfonçait jour après jour dans un déficit abyssal, ce texte entérine la création de 60 000 postes dans l’Education Nationale. Dans l’état où se trouvent actuellement nos comptes publics, avions-nous vraiment besoin de les alourdir de 7 milliards d’euros ?

D’autre part, alors que chacun s’était accordé à dire que les IUFM ne fonctionnaient plus, et que la « masterisation » des enseignants avait permis une amélioration des connaissances académiques, cette loi avalise la renaissance des « Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education», sorte d’IUFM bis, à la grande satisfaction des communistes qui avaient fait de ce point la condition préalable au vote du texte.

Enfin, ce texte donne la priorité au primaire avec notamment un renforcement de la scolarisation des moins de trois ans et fixe de grandes orientations qui devront être concrétisées par des décret ou des circulaires. Nous voilà bien avancés, n’est-ce pas ?

Rien sur la réforme du rôle des inspecteurs !
Rien sur la formation continue des professeurs !
Rien sur la revalorisation des salaires des enseignants, malgré la perte importante de leur pouvoir d’achat à la suite de la taxation des heures supplémentaires !
Rien sur le collège unique, sinon sa réaffirmation !
Rien sur la réforme des cycles scolaires !
Rien sur le rééquilibrage des baccalauréats entre les scientifiques et les littéraires.

Le gouvernement a donc manqué son rendez-vous pour réformer en profondeur notre système éducatif, bien loin de répondre à l’ambition de fonder l’école du 21ème siècle. Si je veux croire que nous partageons le même objectif, favoriser la réussite de nos enfants, je regrette profondément que sur un sujet si important pour les générations futures, le gouvernement ait décidé, une fois de plus, de passer en force sans prendre le temps d’examiner les nombreuses propositions de l’opposition.
Et si je souscris bien volontiers à la décision d’afficher la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen dans les écoles et établissements du second degré, il m’apparaît indispensable que l’on n’oublie pas également que l’essentiel est de permettre aux élèves de pouvoir continuer à la lire. Avec cette « réformette », nous en sommes loin !