Actualité Billet d'humeur Courcouronnes

Qui s’y frotte, s’y pique !

L’immeuble de 83 logements sociaux dessiné par Paul Chemetov en 1983

Le Tribunal de Grande Instance de Paris a rendu avant-hier sa décision dans l’affaire qui nous opposait à l’architecte Paul Chemetov, auteur de l’immeuble situé en face de l’ancien hôpital Louise Michel et dont la démolition est prévue dans le cadre de notre opération de rénovation urbaine.

Les lecteurs attentifs et fidèles de ce blog se souviendront sans doute que c’est moi-même, en 2011, qui avais pris l’attache de l’  « auteur » de cette œuvre architecturale afin de l’associer au travail de mémoire entrepris par la Ville avec ses habitants, dans la perspective de sa démolition, et de l’inviter à s’exprimer sur cet élément de mémoire du quartier. Bien mal m’en avait alors pris ! De courrier en échange d’amabilités, la mégalomanie de cet architecte, certes primé pour certaines autres de ses réalisations, s’est révélée au grand jour, puisque ce dernier était allé jusqu’à comparer son immeuble au Louvre et me qualifier de Ceausescu, pour enfin m’accuser de vouloir porter atteinte au patrimoine architectural du 20ème siècle et s’adjoignant, pour l’occasion, le soutien de certains de ses confrères qui publièrent l’été dernier un manifeste d’un corporatisme puant.

Or donc, au terme de trop longs mois d’échanges, et alors qu’il n’avait pas même pris la peine d’exprimer la moindre remarque, réserve ou opposition dans le cadre de la procédure d’enquête publique préalable à la délivrance du permis de démolir, et qu’il n’avait pas même attaqué ledit permis de démolir devant la juridiction administrative, Paul Chemetov a prétendu opposer, devant le tribunal civil, le droit moral qu’il détenait sur son œuvre au droit, illégitime selon lui, du propriétaire à en disposer… et donc à la détruire puisque telle était notre décision.

Ainsi, jamais cette « barre » de 4 étages n’aura autant fait office de verrou que ces derniers mois… Alors qu’il nous était apparu, dès les premiers audits réalisés en 2006, nécessaire de la démolir pour désenclaver le quartier, créer des axes transversaux et permettre le passage du futur tram, que la quasi-totalité de ses habitants a été relogée, que les commerces ont cessé leur activité, que la grande majorité des Courcouronnais et des commerçants présents dans le quartier attendaient, suite à la fermeture de l’hôpital, qu’un nouveau souffle soit enfin donné à cet espace urbain… c’est toute la poursuite de notre opération qui était suspendue à l’issue de ce litige, et qui pouvait potentiellement être remise en cause.

Au-delà de cet aspect et des enjeux que revêtait cette affaire pour Courcouronnes et ses habitants, derrière l’attente de ce jugement résidait un autre enjeu qui nous dépassait largement : celui d’une possible contestation et d’un blocage, par le premier architecte venu, de l’ensemble des projets de rénovation urbaine en cours ou à venir dans notre pays et, par là-même, la remise en cause de la légitimité de projets urbains portés par des élus… et in fine du pouvoir des élus à gérer leur ville !

Dans cette affaire, je suis heureux, vous le comprendrez, de n’avoir rien lâché et d’avoir pu compter sur le soutien moral tant des Courcouronnais que des élus de tous bords qui, de près ou de loin, ont été associés ou ont œuvré à l’élaboration de notre projet de rénovation urbaine, ou ont pu du moins observer sa réalisation exemplaire. Je remercie à cet égard Gérard Hamel, président de l’Anru, et le ministre de la Ville François Lamy, qui connaît mon implication sur la problématique de la rénovation urbaine et qui était venu à Courcouronnes, le 15 avril dernier pour juger par lui-même du bien-fondé de notre décision et la soutenir. Je remercie également Manuel Valls et Francis Chouat, avec qui nous avons élaboré, porté et défendu ce dossier depuis de nombreuses années.

On notera au passage que les medias, si prompts à soutenir le pauvre architecte face au méchant élu (présumé coupable par nature) durant des mois, du moindre article sur internet à plusieurs 20 heures, se sont faits assez discrets depuis le rendu du délibéré – hormis la presse locale, bien entendu. Quand on parle de démocratie, de restaurer le sens de l’action publique et de réhabiliter l’image des élus volontaires et soucieux de l’intérêt général… disons que ce combat n’est pas encore gagné, en tout cas qu’on n’y est pas vraiment aidés !

Heureusement, le TGI a finalement confirmé jeudi le bien-fondé de notre projet de rénovation urbaine, en ce sens qu’il correspond à l’intérêt général et que notre décision de démolition est justifiée par les circonstances et les besoins. Aussi, il a débouté l’architecte de l’ensemble de ses demandes.

Nous ne pouvons que nous réjouir de cette décision de bon sens. S’agissant, a fortiori, d’un immeuble d’habitation, donc à vocation utilitaire, et non d’une œuvre d’art au sens esthétique du terme, le droit moral détenu par son auteur sur cette œuvre ne pouvait manifestement pas primer sur l’aspiration des habitants à voir leur quartier évoluer et leurs conditions de vie s’améliorer. L’intérêt général ne devait, ni ne pouvait, être confisqué par les besoins de satisfaction d’ego de l’architecte.

C’est donc, pour conclure, une excellente nouvelle car cette décision va permettre la poursuite de la réalisation de notre projet de rénovation urbaine, au bénéfice des Courcouronnais. Cette démolition constitue en effet un préalable nécessaire non seulement à la poursuite des travaux de la ligne de transports en commun, mais encore de l’axe de communication transversal ainsi que du futur éco-quartier qui pourrait voir le jour sur le site de l’ancien hôpital Louise Michel. Il ne nous reste ainsi plus qu’à continuer à faire le boulot pour lequel on a été élus…