Actualité Billet d'humeur

Quand il n’y en a plus, il y en a encore !

Chute de ski, quenelle, vaudeville élyséen… Depuis près d’un mois, les médias français semblent concentrer leurs efforts d’information, ou devrais-je dire de diversion, sur ces sujets dont l’importance, vous en conviendrez, est assurément capitale dans notre vie quotidienne.

Quoi de plus important en effet que de passer des centaines d’heures devant le CHU de Grenoble pour tenter de nous expliquer, à grands renforts de croquis, d’explications de chirurgiens et de grands spécialistes de la poudreuse, les tenants et les aboutissants de la mauvaise chute à ski du septuple champion du monde de F1, Michael Schumacher ! Si je peux comprendre l’émotion que cela suscite auprès des tifosis de la Scudéria, je reste confondu par la facilité avec laquelle nos médias se sont focalisés durant plus de quinze jours sur ce qui n’est finalement qu’un simple fait « d’hiver » (oui, je sais !!!), en l’espèce l’accident d’un homme skiant imprudemment hors piste, avec son jeune fils… Autant dire que nous serions, à la place de Schumi, les protagonistes de l’affaire, l’angle serait davantage celui des risques inconsidérés que nous aurions pris et fait prendre aux secouristes… Pendant ce temps, je n’ose rappeler que la Russie était le théâtre de 2 attentats sanglants faisant au moins 34 morts !

Mais, comme si ce cirque voyeuriste n’avait pas suffi à rendre nos repas festifs indigestes, il a fallu qu’une histoire de quenelle vienne carrément nous donner la nausée ! D’une spécialité culinaire lyonnaise particulièrement savoureuse à l’origine, la quenelle est malheureusement devenue, sous l’impulsion d’un prétendu humoriste, un geste antisémite. Si l’adepte de la gastronomie lyonnaise que je suis lui en voudra éternellement, hommage paternel oblige, je demeure convaincu que cette déplorable affaire ne méritait pas une si grande hystérie médiatique.

Enfin, alors que l’on pouvait raisonnablement penser, en raison des difficultés dans lesquelles est plongé notre pays, que la presse allait revenir à de plus dignes intentions, la diffusion dans un magazine people de photos volées du président de la République et d’une actrice m’aura définitivement convaincu que ceux qui sont pourtant censés nous informer se sont lancés dans une entreprise de nivellement par le bas dont ils auront désormais beaucoup de mal à se libérer.

Même si la révélation de cette idylle supposée a eu notamment pour conséquence de faire voler en éclats le concept illusoire d’une présidence normale, il est pour le moins désespérant de voir à quel point autant de journalistes sont dénués de tout sens critique et de tout sens des priorités. S’est-on suffisamment interrogé sur les failles d’une sécurité qui aurait dû, eu égard aux événements qui secouent actuellement le monde, être davantage hermétique à ce genre d’intrusion dans la sphère privée du premier personnage de l’Etat ? Qui a également osé se demander, si l’attitude du président n’avait pas encore davantage écorné l’image de la fonction présidentielle et la façon dont le politique gère les informations personnelles ?

Mais nous vivons une époque où méconnaissant volontairement le principe selon lequel l’information sans conscience n’a pas de sens, des journalistes s’intéressent davantage aux chutes de ski, aux aventures en scooter d’un président médiocre ou aux délires complotistes d’un ex-humoriste tenant des propos nauséabonds qu’aux chiffres du chômage, de la croissance ou de la délinquance pour ne citer qu’eux ! Pire, ils ne cessent d’enfoncer des portes ouvertes avec une capacité d’analyse proche du zéro et nous amènent ainsi à devenir les témoins abasourdis d’une paresse intellectuelle qui n’a d’égale que la diversion consternante dont nous sommes actuellement submergés.

« Les grands esprits discutent des idées. Les esprits moyens discutent des événements. Les petits esprits discutent des gens » déclarait Eleanor Roosevelt. Alors qu’il y a tant à dire, à analyser et surtout à faire pour favoriser le redressement de notre pays, ces propos sont malheureusement depuis le début de l’année d’une pertinence dont la France, qui mérite assurément bien mieux, se passerait bien…