Actualité Billet d'humeur

Présidentielles 2017 ou l’effet toboggan des partis de gouvernement !

Comme promis, je me suis donné 48 heures de recul avant de revenir sur le cataclysme de dimanche dernier. En évitant, comme je le lis trop souvent depuis sur les réseaux sociaux -sur fond de haine, de rejet de l’autre, d’intolérance et de sainte vérité assénée par les relais éclairés de la pensée divine- de pointer du doigt la putative responsabilité d’untel ou untel dans ce naufrage avant tout collectif.

Une élection quelle qu’elle soit, ce sont tout d’abord des mathématiques.

Alors commençons par le commencement, en remettant en perspective les résultats de ce désormais historique 23 avril, en comparant le nombre de voix obtenues (et non des pourcentages) au 1er tour par les 5 premiers candidats sur les dix dernières années, les trois dernières élections présidentielles donc (en millions de voix) :

captOutre la présence renouvelée du Front National au second tour de l’élection présidentielle –qui ne semble plus choquer personne- avec un score de Marine Le Pen en constante augmentation par rapport à 2012 (inclus les scrutins locaux départementaux et régionaux de 2015), le fait politique majeur est bel et bien l’installation en haut du tableau d’un nouvel entrant dans le système politique français : Emmanuel MACRON et ses 8,5 millions de voix !

Avant tout, parce que c’est la coutume républicaine, même si je n’ai pas voté pour lui, je lui adresse mes félicitations car non seulement il arrive en tête mais de surcroît avec une marge significative.

Je salue surtout la réalisation d’un tel score car avec une entreprise politique âgée d’à peine un an et une notoriété médiatique d’environ trois années, nous assistons là à un phénomène jamais vu sur la scène politique nationale depuis la fin du 18ème siècle… C’était alors un certain Napoléon Bonaparte !

Certes comparaison n’est pas raison -surtout en l’espèce- mais une remise en perspective historique permet de replacer dans son contexte la séquence politique que nous vivons.

Regardons maintenant plus précisément les chiffres qui sont toujours d’une certaine cruauté en politique d’autant, vous allez le voir, qu’ils soulèvent de vrais questionnements notamment, pour ma famille politique !

Si vous ajoutez Mélenchon et Hamon, le bloc de voix de gauche s’élève tout de même à près de 9,2 millions de voix. Ainsi donc, n’en déplaise à beaucoup d’observateurs qui nous expliquent que le centre de gravité politique de notre pays se déplace structurellement à droite, je constate que la gauche dans toute sa diversité est encore bien vivace dans notre pays…

A l’inverse, si vous ajoutez Fillon, NDA, Lassalle, Asselineau et Cheminade (vous constaterez déjà que je vise large dans ce qui s’apparente à la droite républicaine), nous arrivons à un total de 9,5 millions de voix.

C’est à dire que moins que Sarkozy tout seul en 2012 après cinq années d’exercice du pouvoir, et très loin encore derrière ce même Sarkozy en 2007 qui avait su rassembler sur son nom de plus de 11 millions d’électeurs !

Dimanche soir, François FILLON a péniblement rassemblé 7,1 millions de Français sur sa seule candidature. Quand je disais que l’arithmétique en politique c’est cruel… 

Alors certes, nous pourrions rappeler qu’il est arrivé 3ème de ce scrutin contrairement à un Benoît HAMON qui ramène le score du PS à son affre de 1969.

Alors certes, nous pourrions arguer du fait qu’il n’a cessé de rencontrer des vents contraires depuis le début de l’année.

Il n’en reste pas moins qu’à la fin, la défaite est lourde pour un candidat qui devait incarner l’alternance face au piteux bilan du quinquennat de François HOLLANDE.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Il me semble bien trop tôt pour apporter des réponses fermes et définitives à cette question mais, à l’instar de Benoît HAMON, François FILLON a connu ce que j’appelle l’effet toboggan.

Après son échec de 2012 dans la prise de l’UMP, FILLON a patiemment tissé sa toile et monté une à une les marches l’ayant amené à décrocher l’investiture de la Droite et du Centre : il a labouré le terrain, consolidé ses réseaux dans les territoires et au Parlement et surtout défendu un positionnement politique attendu des électeurs. En clair, il incarnait l’expérience, la probité et le courage… Autant de valeurs porteuses pour incarner la Droite et le Centre puis dans un second temps l’alternance face à une gauche décatie par cinq années de pratique hasardeuse du pouvoir.

Puis est arrivé le faux plat en haut des marches du toboggan ; la séquence novembre/janvier où déjà, F. FILLON a connu une baisse des intentions de vote qui était alors uniquement liée à la gestion post-primaire, à son programme et son positionnement de candidat.

Réforme de la Sécurité Sociale, suppression de 500 000 postes dans la fonction publique, position ambiguë sur l’avortement et la filiation… Avant même les affaires, rappelons-nous que les sujets d’incompréhension avec l’opinion avaient fleuri l’empêchant de continuer à creuser l’écart dans les sondages. Au contraire, il a même connu ses premiers fléchissements au début de l’hiver. La ligne politique ne peut être exonérée d’une part importante de responsabilité dans la défaite.

Puis fin janvier, notre candidat a débuté sa rapide descente du toboggan avec les révélations de la presse. Et, pour prolonger la métaphore, une partie de la presse et la justice s’est empressée, à un rythme calendaire jamais vu auparavant, de mettre du savon pour accélérer sa descente aux enfers !

Il n’en reste pas moins que, si ce traitement de faveur qui lui fut réservé est parfaitement unique et scandaleux, ce ne sont malheureusement ni la presse ni la justice qui ont embauché son épouse et deux de ses enfants en tant qu’assistant parlementaire, qui ont fait de même dans une revue littéraire, le tout à des niveaux de rémunération difficilement défendables en ces temps, ou qui lui ont offert des costumes à 5 chiffres… L’emballement du système médiatique a fait le reste, mettant ainsi quotidiennement F. FILLON face à son positionnement « anti-mis en examen » de la campagne des primaires… et après.

Que cela plaise ou non, de tout cela, le candidat est seul responsable –son entourage et ses communicants également-, comme l’avait si bien expliqué dans son courrier de démission et avec des mots particulièrement bien choisis son ancien directeur de campagne Patrick STEFANINI.

Il convient ici néanmoins d’apporter la nuance suivante sur ce qui n’a pas relevé de la responsabilité de notre candidat, à savoir la candidature de Nicolas DUPONT-AIGNAN et ses 1,7 millions de voix (4,7% des exprimés) et dans une moindre mesure celles des petits candidats classés à droite tels François ASSELINEAU, Jacques CHEMINADE ou encore Jean LASSALLE qui à eux trois réunissent un peu plus de 800 000 voix. Soit grosso modo 2,5 millions de voix « perdues », même si la totalité des suffrages n’aurait pas totalement bénéficié à François FILLON. Néanmoins si la moitié des électeurs de ces 4 candidats n’était pas « sortie du bercail », notre candidat eut été au deuxième tour. Mais encore une fois avec des si…

Après le quinquennat des affaires Cahuzac, Thévenoud ou encore du coiffeur présidentiel à 9 000 euros mensuels, il était finalement impensable que le candidat de notre famille politique puisse incarner la continuation de telles pratiques alors qu’il prétendait haut et fort tourner la page du « bling bling » de Nicolas SARKOZY et de ses liens avec les puissances d’argent.

Dès lors, allons-nous collectivement avoir la capacité, la volonté même de pouvoir décortiquer au fond l’enchaînement fatal de ces derniers mois afin qu’il ne puisse plus se reproduire ?

En tâchant d’élever un peu le débat, si je puis me permettre, quitte à oser ne pas se limiter à renvoyer dos à dos militants, cadres et élus qui ont agi, chacune et chacun ces dernières semaines, en fonction de leurs convictions propres. Cela aussi se respecte.

L’inventaire, c’est un mal nécessaire car le prix à payer pour notre famille politique est aujourd’hui très élevé ; être absent du second tour de l’élection majeure dans notre pays, ce qui ne s’était jamais produit depuis le début de la Vème République !

Pire encore, je crains que ce soit notre pays qui en paye les conséquences tant je considère que F. FILLON avait le projet le plus crédible et le plus à même de redresser la France, même s’il était douloureux à bien des égards.

Et maintenant que faire ?

D’abord et évidemment, tout faire pour éviter la victoire de l’extrême droite et de sa candidate. Ca va mieux en le disant. Alors oui, je voterai Emmanuel MACRON au second tour de cette élection présidentielle.

Merci à chacun de respecter ce choix, comme je respecte celles et ceux qui n’en font pas de même.

Je considère pour ma part que l’objectif est non seulement de la battre mais de faire comme en 2002, c’est à dire de limiter au maximum sa progression au 2ème tour !

Il y a 15 ans, le score en pourcentage entre les deux tours n’avait progressé « que » de 700 000 voix soit moins de 1% supplémentaire (de 16,86% des voix à 17,79%).

Je ne me résous pas à voir Marine LE PEN rehausser son score scrutin après scrutin, 2ème tour après 1er tour, et à la voir franchir par exemple la barre des 9 voire 10 millions de voix dans 15 jours !

Il sera alors difficile de continuer à utiliser l’expression « plafond de verre » si elle franchit les 40% de suffrages exprimés au 2ème tour après être arrivée en tête dans 49 départements (sur un total de 96 en métropole !) au 1er tour.

J’ajoute à l’endroit de tous ces détracteurs à la mémoire courte que chacun était bien content de recueillir les votes de la gauche pour assurer la victoire de Jacques Chirac en 2002 mais aussi, plus près, de Xavier Bertrand ou encore de Christian Estrosi aux dernières élections régionales !

En tout état de cause, une telle perspective rend impérieuse la définition d’une nouvelle ligne dans notre famille politique, pour l’avenir d’une manière générale mais surtout d’ici à l’été prochain avec les élections législatives.

Car je rappelle que la France reste un régime parlementaire où même élu au suffrage universel direct, le Président de la République ne peut rien entreprendre sans une majorité de députés.

Toute la question réside maintenant dans les contours de cette majorité parlementaire qui, de fait, ne ressemblera à aucune autre dans le passé car, sauf à ce que les faits me donnent tort, je ne vois pas les Français élire 289 députés « En Marche ! » en juin prochain.

Même si la lettre de nos institutions prévoit qu’un député a pour missions constitutionnelles le vote des lois et le contrôle de l’action du Gouvernement, la pratique de ces dernières décennies, via notamment le mode de scrutin, a aussi fait des députés de super représentants des territoires au Parlement… Alors que cette mission constitutionnelle doit normalement revenir aux Sénateurs mais ceux-ci, là encore par la faute du mode de scrutin, sont invisibles des Français alors que ce sont eux qui, finalement, contrôlent le plus l’action du Gouvernement ! Bref…

Ce renversement de la hiérarchie des normes constitutionnelles aboutit donc à une forte prééminence de l’implantation locale dans le scrutin législatif. Aussi, Emmanuel MACRON n’aura d’autre choix que de constituer une majorité avec des députés sortants qui de la Gauche sociale démocrate, qui du Centre droit, qui de la Droite républicaine.

Une partie des parlementaires du PS et du PRG ont déjà fait savoir qu’ils n’hésiteraient pas à constituer cette majorité présidentielle au Parlement.

Alors devons-nous leur laisser ainsi qu’à quelques futurs députés novices labellisés « En Marche ! » le soin de décider du sort du pays ces 5 prochaines années ? Là est finalement la question cruciale pour ma famille politique suite à la nouvelle donne politique du 1er tour.

A ce stade des prises de position d’Emmanuel MACRON, je ne me risquerai pas à répondre 48h après le choc du 1er tour. Comme l’a rappelé mon ami Bruno Le Maire, il doit au préalable préciser bien plus de choses qu’il ne l’a fait jusqu’ici, en termes de réalité des réformes qu’il compte mener, avec qui et selon quel calendrier.

Il doit également avoir l’intelligence d’amender certaines de ses propositions qui ne pourront recueillir un soutien parlementaire s’il n’obtient pas à lui tout seul 289 députés, je pense notamment à sa mesure purement électoraliste de suppression de la Taxe d’Habitation pour 80% des contribuables !

S’il fait montre de cette capacité dans les jours et semaines qui viennent, alors il faudra que nous ayons le courage dans notre grande famille de la Droite et du Centre de construire des ponts et des passerelles non pas pour des postes mais pour peser sur les choix qui vont engager notre pays.

A fortiori si nous voulons tous éviter ce que nous avons dénoncé pendant cette campagne présidentielle, à savoir un mandat « Hollande 2 » si nous laissons Emmanuel MACRON à la merci des conseillers, des stratèges et des élus issus du sérail socialiste !

A suivre donc…

 

 

  • Eyrolle-Roca
    26 avril 2017 at 10 h 43 min

    Je partage cette analyse et cela renforce mes convictions de faire barrage à MMe Le Pen.

  • Eyrolle-Roca
    26 avril 2017 at 10 h 48 min

    Ma seule inquiétude Macron ne sera-y-Il pas l’homme du 49 3?

  • dirat
    26 avril 2017 at 23 h 24 min

    J’apprécie ton analyse Stéphane car elle ne résulte pas comme beaucoup d’entre nous d’une réaction à chaud.
    J’ai tout de même posté le soir de ces élections traumatisantes que je voterai pour MACRON afin de battre MLP.
    J’ai soutenu F.FILLON contre vents et marées médiatiques et il a perdu à quelques voix prés, laissant MLP devant lui au premier tour, quel gâchis !
    Je t’en ai voulu comme à tous ceux qui ont signé cette lettre lui demandant d’abandonner la veille du rassemblement du Trocadero, puis qui sont revenus vers lui mais s’en grande conviction.
    Il aurait fallu tout donner dans cette bataille car nous sommes désormais bien plus désemparé à chercher le chemin qui reconstruira et qui rassemblera nos amis (es) pour un projet commun derrière un leader qui doit être charismatique. Mais qui sera-t-il ? où sera-t-elle ?
    Je ne partage pas toutes les idées de MACRON mais il faut lui reconnaître, comme tu l’as comparé à Bonaparte, qu’il est doué d’un talent certain !
    A-t-il raison ? de vouloir rassembler tous ceux qui veulent innover, travailler, entreprendre ?
    De nombreux élus de gauche, plus nombreux que ceux de droite ont rejoint sa bannière.
    Peut-il Présider la France comme on Préside une agglomération ? Avec un certain consensus ? Je ne le pense pas les clivages sont trop importants et nos visions trop différentes.
    Enfin , les Français qui ont voté pour lui semblent en avoir assez des clivages « droite/gauche » . Comme tu le dis, nous devons remporter tout de même la majorités des sièges à l’assemblée avant de construire des Ponts.
    Cela me fait penser que je souhaite en ouvrir un à Villabé !!!
    Localement, qui aurait pensé qu’Evry avec Manuel VALLS et F CHOUAT puisse se mettre à la même table que Corbeil-Essonnes avec Serge DASSAULT et J.P BECHTER pour travailler ensemble à un projet de territoire ?
    Alors faisons un rêve qu’un jour en France des hommes et des Femmes, loin des extrêmes, toutes tendances politiques confondues puissent un jour tracer ces ponts qui nous permettront de lutter contre le chômage, de dynamiser notre économie, de lutter contre le terrorisme, de préparer l’avenir de notre pays au sein d’une Europe forte.
    Malgré tout ce que nous pouvons lire ou entre ici et la, j’ai la conviction que les cadres dirigeant de LR devraient rencontrer MACRON rapidement pour faire une mise au point avant d’engager la bataille des législatives et pour lui expliquer qu’ils lui apporteront son soutien pour battre MLP mais qu’après le 18 juin, il présidera et que la droite et le centre gouvernera !
    Qui sera alors son premier ministre ?
    Bien à toi

    K. DIRAT