Actualité Billet d'humeur

Polémique du jour: la nouvelle chanson des Enfoirés.

 

Polémique du jour : la fronde des jeunes, choqués des paroles de la nouvelle chanson des Enfoirés, née sous la plume de JJ Goldman que l’on a connu plus inspiré. Il y a plus grave certes. Ceci dit, je trouve cela intéressant à fouiller, tant sur le fond que sur la forme. Petit billet d’humeur donc, et un avis tout personnel

Parce que j’aime comprendre, j’ai lu ce texte calmement et avec intérêt. Je vous invite à en faire de même, ça ne durera pas longtemps :
http://www.paroles.net/les-enfoires/paroles-toute-la-vie

En fait, je concède n’avoir pas tout compris, ni du sens, ni du message, même si je perçois, c’est montré dans le clip, qu’il pourrait s’agir d’une confrontation jeunes et moins jeunes.

Le texte, sans les images donc, est en effet confus, et ses messages contradictoires, se voulant -a priori- un aiguillon pour pousser les nouvelles générations à saisir leur chance et à se surpasser. La clé de leur succès potentiel ? Une trop éphémère jeunesse à ne pas gâcher.
Mais en même temps, je ne sais pas bien à qui cela s’adresse :
– aux seuls jeunes confrontés à une « utopie sans avenir » ? C’est gai !
– à nos aînés, la génération de mes parents (car depuis cette dernière, le plein emploi est un concept !) qui auraient pollué, sali les idéologies, bref tout gâché ?
– ou à celle qui les sépare, celle justement de ces artistes auto-proclamés donneurs de leçon, incarnation de la bien-pensance, tristement (et sans aucune responsabilité) coincés entre un héritage lourd à porter et un avenir sombre ?
Car là où c’est trouble, à tout le moins maladroit, et de nature à générer une forme de rejet, c’est ce sentiment que seule la génération des Enfoirés aurait « réussi », avec d’autant plus de fierté qu’elle avait comme handicap à son épanouissement le Sida, le chômage, la violence.
Mais « réussi » quoi au juste ? A ma connaissance, aucun des trois fléaux ne s’est arrangé à ma connaissance.
Finalement, les Enfoirés glorifieraient donc ici des parcours et putatives réusssites strictement individuels, laissant à leur tour en héritage aux jeunes un avenir sombre dans un pays en grave crise dans lequel seul le succès individuel offrirait une porte de sortie. Bel exemple !
Or donc, le message pourrait être que les jeunes doivent saisir leur chance comme les Enfoirés l’ont fait avant. Et ben, vu le résultat, ça promet de beaux jours. S’ils ont beaucoup œuvré, notamment par leur notoriété, au financement des Resto du Cœur (nous aussi, les collectivités locales, du reste… mais on le dit moins !), ils n’ont rien réglé de plus que les autres. Les autres, ce sont ces millions de français, plus modestes, qui donnent chaque année à tout un tas d’associations caritatives sans bruit mais souvent au prix de réels sacrifices.

Vous me direz, et vous avez raison, que les Enfoirés n’ont pas vocation à changer le pays, ils ne sont pas « politiques ». Je répondrais qu’ils ont de facto endossé ce rôle sur des dossiers sociétaux, en pénétrant souvent le débat national tout en prenant soin de distiller des solutions sans avoir à les appliquer, à défendre les opprimés tout en expliquant ici, entre les lignes, que finalement, eux, ils s’en sont bien sortis et que l’échec de leur génération n’est pas de leur fait.
Bref, ils se sont exposés à l’effet boomerang d’aujourd’hui ! Et pour ma part, voir les jeunes réagir face à cela, c’est déjà en soi un satisfaction, un bon signe.

D’ailleurs, pour revenir au fond et à la forme, au delà de ces questions, qui nécessitent une lecture totale de l’œuvre (!), et malgré la réponse à la polémique de JJ Goldman himself ce matin se satisfaisant que la chanson se termine sur une note positive (ouf), si j’étais encore jeune, je me serais arrêté au seul premier paragraphe et à son interrogation conclusive. Il m’apparaitrait insupportable et, à lui seul, de nature à me mettre en colère, tant j’y serais pris pour un imbécile incapable de comprendre trois lignes !

Mon fils, lui, du haut de ses 17 ans, a vertement réagi…

  • Béatrice ANDURAND
    5 mars 2015 at 10 h 29 min

    Bravo de ce commentaire que je partage entièrement.
    Les ados qui m’entourent ont eux aussi mal réagi et je m’interrogeais sans comprendre, avant d’avoir regardé comme vous les paroles et le montage dans le détail. Votre analyse me semble très pertinente.

    Depuis plusieurs années j’avais le sentiment que les « enfoirés » avaient un peu vieilli et surtout qu’ils s’étaient enfermés dans la cage dorée de leur notoriété originelle. La réponse de JJ Goldman est d’ailleurs intéressante , il note l’absence de réaction dans ses concerts, mais qui sont leurs spectateurs ? Leur génération ? En tout cas un peu loin des bénévoles qui font vivre l’association au quotidien et ont cruellement besoin d’eux pour survivre et surtout aider les français qui en en besoin.

    C’est me semble-t-il, au delà de la polémique sur le message de ce clip, un des sujets de ce type de « charity business » qui finit par s’enfermer dans sa propre logique, récuse les questionnements et cache avec son arbre la forêt de milliers d’associations qui souffrent de manque de moyens mais n’ont pas de JJ Goldmann et d’Enfoirés pour parler en leur nom.