Actualité Billet d'humeur

Non à la transformation de la carte Vitale en carte de paiement !

Grève-des-médecins-©-Guillaume-Collet-SIPAPrésentée et soutenue par Marisol Touraine dans le cadre d’un grand projet de loi sur la santé, cette mesure rencontre une opposition virulente de la part des médecins libéraux qui ne décolèrent pas face à cette « usine à gaz », et promettent des nouvelles actions pour faire entendre leurs revendications.

Peut-on leur donner tort ? Je ne le crois pas…

Si je suis évidemment sensible à l’idée généreuse, et nécessaire, de renforcer l’accès aux soins des plus démunis, je ne partage pas l’obstination de la ministre de la Santé à vouloir modifier profondément notre système sanitaire en instaurant une véritable nationalisation des soins. Alors que les urgentistes, dont le positionnement politique est dans l’ensemble plus proche du gouvernement que celui des médecins libéraux, ont obtenu récemment, en moins de 48 heures, des avancées significatives à leurs demandes, les médecins se heurtent eux à une fin de non-recevoir de la part d’une ministre qui se plaît, semble-t-il, à s’enfermer dans un jusqu’au-boutisme dogmatique et condescendant regrettable.

Au-delà de l’alourdissement de leurs tâches administratives et des retards, voire des absences, de paiements que provoquera indubitablement cette mesure, je m’associe pleinement à la crainte des médecins de voir dans la généralisation du Tiers payant une remise en cause inacceptable de leur indépendance et de leur liberté face à l’assurance maladie et aux organisations mutualistes.

Prévue en 2017, elle se traduira de fait par une rémunération des médecins directement par l’Assurance maladie et les mutuelles, et non plus par les patients. Or une médecine libérale qui ne soit pas assujettie aux financeurs est pourtant la seule garantie fondamentale de protection contre toute velléité de dérive comptable de la part des organismes sociaux qui demain pourraient dicter leurs choix économiques aux praticiens, et donc par ricochet aux patients.

J’entends déjà l’argument sempiternel d’autorité de la fameuse « mesure de justice sociale » que ne manqueront pas d’asséner doctement les apôtres de l’étatisation des soins. Je réponds balivernes !
En quoi une telle mesure sera-t-elle en effet « sociale » lorsqu’elle empêchera un praticien, sous peine de sanctions financières, de prescrire un traitement onéreux ou un arrêt maladie à un patient dont l’état le nécessite ? C’est pourtant bel et bien ce qui arrivera avec une telle réforme…

De plus, et tant pis si je froisse certains de mes amis, la dispense d’avance des honoraires à la fin d’une consultation, que ce soit la partie remboursée par la Sécurité sociale et celle éventuellement par la mutuelle, générera une déresponsabilisation de certains patients qui ne verront dans l’acte médical qu’un dû ou un geste banal de consommation qui ne coûte plus rien. A titre d’exemples, les bénéficiaires de la CMU sont ceux qui oublient le plus d’annuler un rendez-vous, et plusieurs études montrent que le manque de respect, les insultes et les agressions que subissent quotidiennement les personnels hospitaliers ont un rapport avec la gratuité des soins… En outre, en raison de l’explosion inévitable des dépenses de soins et du désengagement progressif des régimes obligatoires, cette mesure provoquera rapidement une augmentation du prix des cotisations des régimes complémentaires qui n’en demandaient pas tant pour consolider les juteux bénéfices qu’ils réalisent déjà.

Alors que les déserts médicaux ne cessent de progresser et que les médecins connaissent des difficultés croissantes pour exercer leur profession dans de bonnes conditions, ils demeurent dans certains quartiers le dernier rempart à la relégation médicale et sociale d’une partie de nos concitoyens.
Face à ce constat, nous avons d’ailleurs souhaité faciliter l’implantation de professionnels médicaux à Courcouronnes en créant une Maison de Santé Pluridisciplinaire. Implantée dans les anciens locaux du centre social Brel-Brassens qui seront loués à la Ville à un tarif très préférentiel, elle ouvrira ses portes fin 2016 et pourra accueillir pas moins d’une quinzaine de professionnels (médecins, kinés, etc.). Cette action montre avec pragmatisme que là où il existe une véritable volonté politique, il y a donc bien un chemin qui permet de renforcer l’offre médicale sur un territoire en répondant à la fois aux exigences des professionnels de santé et aux attentes de la population…

Plutôt que de vouloir en faire des boucs émissaires responsables de ses propres échecs, la ministre de la Santé serait donc plus inspirée de prendre en compte les craintes légitimes des médecins et d’entreprendre avec eux, sans idéologie politicienne, des réformes qui assurent la pérennité de notre système de santé tout en contribuant à un accès aux soins de qualité pour tous !

  • Berman
    9 janvier 2015 at 15 h 06 min

    voilà une bonne analyse qui est celle des médecins libéraux; toutefois, il y a d’autres éléments dans le projet liberticide, dont la fin du libre choix du patient de consulter le praticien de son choix
    Et merci encore pour ce que fait la Mairie pour un quartier en grande difficulté avec le soutien de l’Agglo ( CLIS ) et de l’ARS pour 2016.