Actualité Billet d'humeur

Naître et devenir homme… ou femme

Aujourd’hui, c’est la journée de la femme.
Comme chaque année, cette cause internationalement célébrée est l’occasion de voir fleurir une série d’actions et manifestations, individuelles ou collectives, visant à améliorer les conditions de vie des femmes et tendant vers plus d’égalité.

Faut-il se réjouir ou se désoler de l’existence d’une telle journée ? Il y a quelques années, j’aurais craint de m’attirer les foudres des féministes les plus virulent(e)s en affirmant qu’elle n’a pas lieu d’être. Aujourd’hui, il semble de bon ton d’en contester l’existence ; au sein des mouvements féministes même, elle fait débat.

Il faut avouer qu’une journée dans l’année consacrée aux femmes, c’est peu.
Que certaines manifestations organisées dans le cadre de cette journée, entretiennent les clichés contre lesquels elles sont sensées lutter et s’avèrent, finalement, contre-productives.
Que le parcours accompli au cours des dernières décennies et les acquis des femmes sont incontestables et que la cause est désormais entendue. Même si des inégalités subsistent en de nombreux domaines, vous trouverez heureusement peu de personnes pour avancer qu’hommes et femmes ne sont pas égaux ou prônant l’inégalité des sexes au sein de notre société !
… Alors, la journée des femmes constitue-t-elle un non-événement ? Un symbole de l’histoire du féminisme ? Ou le 8 mars offre-t-il encore l’occasion de faire progresser le droit des femmes ?

Au-delà et malgré ce débat, force est de constater que le contexte dans lequel nous nous trouvons, à la veille d’échéances présidentielles et législatives, donne une acuité et une résonance politique particulières à cet événement. 

Depuis plusieurs semaines, les mouvements féministes n’ont ainsi pas manqué de faire entendre leurs revendications, d’interpeller partis et candidats, d’attendre qu’ils prennent des engagements précis sur le sujet… Comme si, au cours du prochain mandat, les inégalités entre hommes et femmes pouvaient, devaient, ou allaient toutes être gommées par la seule volonté d’un chef d’état, d’un gouvernement ou d’un parlement !

Ainsi, même si les revendications et propositions entendues ces derniers jours sont pour la plupart fondées, je ne saurais pour ma part pas m’en contenter et crains qu’on ne prenne, en ce domaine comme dans d’autres, le problème à l’envers. En envisageant le droit des femmes comme une question catégorielle et en mettant en œuvre, pour pallier les inégalités subsistantes, une succession de mesures accessoires… alors qu’il s’agit d’une question sociétale.
Quel que puisse être en effet le poids des symboles, les combats jusqu’au-boutistes pour l’égalité grammaticale (qui veut qu’en cas d’accord le masculin l’emporte) ou lexicale (sur la féminisation de certains mots ou noms, notamment de métiers), voire la suppression du terme « Mademoiselle » des formulaires administratifs, n’ont-ils pas pour effet de détourner l’attention de la problématique réelle ? Répondent-ils à une réelle nécessité ou priorité ?
Ne conviendrait-il pas, plutôt que de soigner les symptômes, s’attaquer aux racines profondes du mal  et réinterroger, a contrario, la place et le rôle des hommes dans notre société ?

A mon humble niveau, ayant eu l’honneur de conduire en 2001 et 2008 une liste aux élections municipales, je peux témoigner de la richesse et la diversité des talents, des expériences, des compétences, des profils de femmes rencontrées sur le territoire de Courcouronnes. Je peux assurer, sans l’ombre d’un doute, qu’elles auraient apporté (ou apportent) une réelle plus-value pour notre collectivité en assumant un mandat municipal. Pour autant, je peux également témoigner de la difficulté qui fut la mienne à constituer des listes paritaires ! Non pas par manque de compétences, je viens de l’évoquer, ni par manque de volonté de ma part d’impliquer ces femmes. Mais parce que j’ai constaté une certaine réticence des femmes à s’engager et être candidates à des postes à responsabilité. Souvent les femmes veulent bien travailler pour leur commune, mais ne veulent pas s’approprier le pouvoir, ou craignent de ne pas pouvoir l’assumer, compte tenu des responsabilités (associatives, professionnelles, conjugales, familiales…) qu’elles exercent par ailleurs… Là où les hommes sont en général plus prompts à accepter d’endosser une énième responsabilité, les femmes doivent être encouragées, convaincues, avoir préalablement pesé le pour et le contre, voire bénéficier de l’assentiment ou du soutien de leur conjoint pour s’engager dans cette démarche.

Ce constat selon lequel les femmes s’autolimiteraient découle, c’est en tout cas comme cela que je me l’explique, de la perpétuation des stéréotypes de genre. Vous savez, cet ensemble d’idées préconçues qui assignent arbitrairement aux femmes et aux hommes des rôles déterminés et bornés par leur sexe. Ce même inconscient collectif selon lequel le rose siérait mieux aux filles et le bleu aux garçons, que les filles seraient plus ou moins douées que les garçons dans certaines matières, que les femmes s’épanouiraient dans la maternité tandis que le rôle premier des hommes serait de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille, ou qu’un homme, ça ne pleure pas. Ou encore que la parité au sein d’un gouvernement, c’est bien, mais pas aux mêmes niveaux de responsabilités !…

Bref, un ensemble de schémas mentaux dénués de tout fondement objectif, hérités de notre éducation, de notre culture, des modèles qui nous sont donnés depuis notre plus tendre enfance par notre famille, nos pairs, nos enseignants, la société dans son ensemble, et qui pervertissent la perception, la représentation que nous avons des rôles de chacun, au point de conditionner nos choix de vie et ceux de chaque individu.

C’est dire la responsabilité qui est la nôtre, en tant qu’hommes et en tant que femmes, en tant que parents, en tant qu’éducateurs, que simples citoyens, ou en tant qu’élus, dans la transmission ou non de cet héritage culturel commun aux nouvelles générations ! Et c’est bien là que réside tout l’enjeu de l’égalité hommes-femmes.

Ainsi, un tel bouleversement des schémas mentaux ne pourra pas à mon sens s’accomplir en 5 ans, mais au terme d’une lente évolution, sur plusieurs générations. Il commence par une nécessaire introspection et une profonde remise en question de notre façon, à nous, de voir, de concevoir la société, du rôle que nous y jouons, de la façon dont nous interagissons avec nos semblables, et en premier lieu avec nos proches.

En conclusion, je me rends compte que mon article soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses… Mais n’est-ce finalement pas aussi et surtout ça, l’intérêt d’une journée de la femme : nous amener à nous interroger, personnellement et collectivement, et faire débat ?