Actualité Billet d'humeur

Mal-être des directeurs d’école : il est urgent d’agir !

Les chiffres sont frappants. Rien ne va plus entre les parents et l’école ! La 1ère enquête nationale de victimisation en milieu scolaire des personnels du 1er degré menée en 2011 pour l’Observatoire International de la Violence à l’Ecole montrait déjà que les directeurs d’école étaient plus exposés à une violence verbale et physique, venant prioritairement des parents. Une autre étude réalisée cette fois en 2013 auprès de 3580 directeurs d’école maternelle et élémentaire par des chercheurs de l’université de Lyon indique que 67 % des directeurs interrogés ont eu un différent avec des parents au cours de l’année écoulée et qu’un sur deux a été victime d’une agression sur la même période.

Si les violences physiques restent heureusement rarissimes, l’actualité ne cesse de nous démontrer que l’on assiste à une dégradation extrêmement préoccupante des relations entre des parents toujours plus exigeants et revendicatifs et des personnels du monde éducatif qui se sentent de plus en plus isolés face aux difficultés rencontrées tous les jours sur le terrain. C’est vrai pour les enseignants évidemment, mais également pour les directeurs qui tendent à devenir une cible privilégiée de la part de certains parents qui ne reconnaissent plus l’autorité de l’instituteur sur leurs enfants et qui focalisent leurs mécontentements et frustrations sur l’éducation nationale qui serait devenue la responsable de tous leurs maux.

Même si les récentes polémiques sur les ABCD de l’égalité et la « théorie du genre », instrumentalisées par les ayatollahs d’un ordre moral rétrograde et passéiste, mais également, je tiens à le dire, par quelques ministres apprentis-sorciers enfermés dans leurs troubles obsessionnels compulsifs idéologiques, n’ont fait qu’exacerber ce malaise, il demeure indispensable que des réponses adéquates soient apportées afin de redonner du sens et de la confiance à l’un des derniers sanctuaires de notre République qui est par ailleurs déjà suffisamment malmenée par la médiocrité d’un gouvernement à bout de souffle.

Aussi, je me dois d’affirmer d’abord qu’il n’est pas admissible de contester ou de dénigrer systématiquement, les orientations et décisions prises par le corps enseignant, et encore moins de se rendre coupable d’insultes, de menaces, voire de violence physique, pour exprimer son mécontentement !

En outre, il serait assurément pertinent que certains parents s’investissent davantage dans la scolarité de leurs enfants en prenant au moins la peine, par exemple, de répondre aux mots qui leur sont envoyés par l’école. Car l’école ne peut pas tout ; et il faut rappeler qu’elle est essentiellement là pour instruire nos enfants et leur permettre, entre autres, de devenir des citoyens libres et éclairés. Par contre, elle n’a certainement pas vocation à servir le bouc émissaire expiatoire à des parents démissionnaires dont d’aucuns oublient parfois un peu trop facilement que c’est en priorité à eux, notamment, d’inculquer le respect et les valeurs de l’école républicaine.

J’estime ensuite qu’il est nécessaire, même si notre système jacobin s’accorde mal avec cette exigence, de renforcer la co-construction éducative entre les différents partenaires qui ont un lien avec l’école et dont les parents font assurément partie. Pourquoi par exemple, dans ce cadre, ne pas favoriser la formation des enseignants et des personnels de direction à une relation partenariale ?

Enfin, face aux responsabilités et tâches administratives grandissantes auxquelles les directeurs d’écoles doivent faire face alors qu’ils ne décident de rien… ou presque (ils ne sont pas, par exemple, les supérieurs hiérarchiques des enseignants), il m’apparaît indispensable d’en finir avec les rafistolages successifs et d’entreprendre enfin de vraies réformes visant à la reconsidération et la revalorisation de leur statut.

Car même si notre culture locale de concertation permet pour le moment d’endiguer tout excès, cette situation nationale de défiance vis à vis de l’institution scolaire affecte également depuis quelques semaines le climat jusqu’ici apaisé des établissements scolaires de notre ville.

Afin de préserver le dialogue constructif établi au cours de ces dernières années entre les services municipaux et le corps enseignant, d’une part ; et de veiller à l’harmonisation de nos messages et de nos comportements en direction des adultes et des enfants, d’autre part, il appartiendra à chacun d’innover dans les réponses à apporter à la faveur d’échanges réguliers avec la communauté éducative au sens large (instituteurs, directeurs, parents, animateurs, etc.). C’est en ce sens, sous l’œil attentif de l’Education nationale, que j’ai reçu nos directeurs la semaine passée.

Par ailleurs, je tiens à réaffirmer que je resterai particulièrement vigilant face à tout comportement inapproprié qui pourrait intervenir à l’égard des directeurs d’école exerçant dans notre ville et que, si nécessaire,  je n’aurai aucun scrupule à prendre toutes les mesures qui s’imposent pour protéger l’intégrité tant morale que physique de ces serviteurs de l’intérêt général.

L’enjeu est de taille. Si nous n’agissons pas rapidement, l’école publique risque de subir un rejet massif, d’être de plus en plus ghettoïsée, et à terme, de ne plus constituer le creuset du lien social et du vivre ensemble auquel nous sommes tant attachés. Notre République perdrait alors une de ses valeurs les plus fondamentales !