Actualité Billet d'humeur

Mal à ma démocratie

Tel un enfant pris la main dans le pot de confiture, Jérôme Cahuzac n’a eu d’autre choix que de passer mardi aux aveux, et nous assistons depuis à un déferlement médiatique du type que j’exècre. Simple observateur, tout ce tapage m’amène plusieurs réflexions.

La première sur l’ironie paradoxale de cette situation. Ancien président de la Commission des Finances à l’Assemblée, ministre délégué chargé du Budget pendant 9 mois, Jérôme Cahuzac s’était fait le pourfendeur de la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales. Fallait-il être à ce point schizophrène pour lutter publiquement contre une pratique qu’on a fait sienne, et s’enfermer comme il l’a fait dans la spirale du mensonge, en jurant, la main sur le cœur, les yeux dans les yeux, aux journalistes, à la représentation nationale et aux Français que l’on n’avait rien fait ?

La deuxième, qui là me laisse tout à la fois hilare et scandalisé, lorsque je vois de quelle manière ses anciens amis lui tournent brusquement le dos et, comme je l’ai lu quelque part, tirent à boulets rouges « sur une ambulance qui roule déjà sur les essieux »… Comment ces derniers peuvent-ils prétendre qu’ils ne savaient pas et condamner comme ils le font la « traitrise » dont s’est rendu coupable leur ami/collègue/camarade ?

Qui peut croire un seul instant que le Premier ministre et le Président de la République n’étaient pas au courant, quand de simples journalistes, eux, ont eu accès aux preuves et aux documents qui ont confondu un des membres du gouvernement ? Et avec un tel aplomb ! Ce pourrait être drôle, si finalement la crédibilité de nos dirigeants, de nos institutions, de l’Etat n’en ressortait pas écornée… La « République exemplaire et irréprochable », le changement qu’avait promis François Hollande n’étaient définitivement pas au programme. Je revois l’image de « Super menteur » popularisée par les Guignols et me dis que, tout compte fait, François Hollande pourrait l’endosser voire le surpasser… tout en m’apparaissant beaucoup moins sympathique que ne l’était la marionnette de Jacques Chirac. C’est là que se trouve la véritable, et la plus grave trahison, et le fait est qu’elle perdure.

Comment, dès lors, pourrait-on demander aux Français de croire en leurs politiques ? En la politique ? Le scandale auquel nous assistons, au-delà du cas d’un homme, a pour conséquence directe de jeter le discrédit sur les quelque 600 000 élus que compte notre pays et éclabousse toute la classe politique, droite et gauche confondues, nourrissant le sentiment du « tous pourris ! ». On ne pourra plus feindre de s’étonner, au rythme où vont les choses, de taux d’abstention record ou des scores réalisés par les partis extrémistes. Et pourtant… pourtant notre pays regorge d’hommes et de femmes honnêtes, de bonne volonté, qui ont à cœur l’intérêt de leurs concitoyens et le bien public, et dont l’engagement est pour eux une réelle « vocation », j’emploie le terme à dessein, un peu comme si l’on entrait en politique comme on peut entrer en religion.

Alors certes, des hommes (et des femmes) malhonnêtes, il y en a toujours eu, dans toutes les catégories, à tous les niveaux de la société, y compris donc mais pas seulement dans la classe politique, aussi bien à gauche qu’à droite d’ailleurs, aussi il m’apparaîtrait particulièrement malvenu de la part de l’opposition de se saisir de l’occasion pour taper sur la majorité. Après mon discours des vœux en début d’année, où j’avais cité en introduction l’évangile selon saint Matthieu, et pour filer la métaphore religieuse, je dirais que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre, ou encore qu’il vaut mieux regarder la poutre dans son œil que la paille dans celui du voisin…

Et puis relativisons. Notre pays, notre inconscient collectif, notre culture, romanesque ou cinématographique, fourmillent de « héros méchants » ou de repentis, que l’opinion publique tient finalement pour sympathiques. Sauf erreur et jusqu’à preuve de sa culpabilité, Cahuzac ne s’est pas rendu coupable d’un meurtre, il s’est « simplement » joué de l’administration fiscale en « omettant » de déclarer un compte à l’étranger, un compte ouvert en toute légalité, pour placer son argent, ce qui est son droit strict. Et puis, faites un sondage, certains micro-trottoirs l’ont d’ailleurs démontré : la plupart des gens s’en fichent. Il s’agit d’un « épiphénomène », comme l’a qualifié ce matin une de mes amies sur Facebook. Ce dont on se fiche moins, c’est qu’il ait menti, alors qu’il était ministre, a fortiori du budget, ce qui constitue une circonstance aggravante.

Ainsi donc et pour conclure, tout aussi choqué que l’on puisse être, et si l’acharnement auquel on assiste contre cet élu est compréhensible, j’ai, pour ma part, une pensée pour cet homme qui se retrouve profondément seul face à la meute, ainsi que pour sa famille, pour ses enfants. J’imagine les doutes, la colère et le désespoir qu’éprouveraient les miens s’ils devaient être confrontés à pareille épreuve, la surexposition à laquelle leur père est soumis et dont ils sont également victimes. C’est sans doute cela le plus dur à supporter dans tout ceci, en tant qu’homme politique, en tant qu’homme et en tant que père.

  • Martine LOREE
    4 avril 2013 at 18 h 06 min

    Stéphane, ton analyse est à mes yeux exacte.
    Rien à jeter ni rien à ajouter.
    Moi je reste sur le c… devant tout ceci … et puis n’en doutons pas cela va être une déferlante d’histoires foireuses qui vont ressortir. Navrant, c’est le seul mot qui me vient à l’esprit.
    Le monde marche sur la tête et je m’inquiéte pour la génération des trentenaires, celle de mon bien le plus précieux, ma fille.

  • Scuto
    5 avril 2013 at 11 h 05 min

    Stéphane

    je ne partage pas ton point de vue sur l’impact de cette curie sur Mr Cahuzac et ses proches.
    Quelles valeurs a-t-il partagé avec son épouse ? transmis à ses enfants ? dans quel cadre les a-t-il éduqué ? construit pour appréhender le monde ? quels ont été leurs rapports à l’argent ? à l’intérêt général ?

    Dans l’éducation des enfants, la pierre angulaire de la construction reste l’exemple. Ainsi tel père ou mère peut dire « ça n’est pas bien, il faut faire comme ci et comme ça ». Mais si dans la vraie, ces mêmes enfants constatent que leur père, garant de la VERITE, fait exactement le contraire de ce qu’il dit, alors l’impact psychologique est désastreux.

    Il est simplement rattrapé par ce qu’il a construit lui-même au fil des années : le mensonge. Personnellement et dans le fond, je pense qu’il n’a que ce qu’il mérite.

    Emmanuel

  • de la mata jeanpaul
    5 avril 2013 at 21 h 42 min

    Ce n’est pas l’affaire Cahuzac qui fait dire à la plupart des Français que la politique c’est :  » tous pourris « …mais l’accumulation d’affaires d’abus de bien sociaux, favoritismes,magouilles,mise en examen régulières d’élus,etc…quelle que soit leur entité politique, depuis de nombreuses décennies chez nous…tout simplement ! ( plusieurs centaines…)

    Et vous faites quoi vous monsieur le maire, depuis que vous êtes élu à part se plaindre sur le net comme moi et beaucoup d’autres internautes,qui pour notre notre décharge ne sommes pas des élus ?

    Je ne vous ai pas entendu proposer des solutions contre ça…Apparemment la Hollandaise et la Bayrou se réveillent dites-donc…ils proposent l’élimination des élus qui se déshonorent …J’ai confiance en vous ,je n’ai pas oublié votre lutte pour chasser les éléments extérieurs de Courcouronnes,fallait le faire contrairement aux autres élus de l’Essonne qui pleurent maintenant…Ca me ferait une sacrée peine s’il vous arrivait dans quelques années d’en pâtir aussi…Rassurez-nous ?

  • Beaudet bernard
    8 avril 2013 at 9 h 20 min

    Pour l’affaire en elle-même, attendons la suite des enquêtes, entre autre le montant réel de la fraude et surtout la provenance de ces fonds. Pour l’affaire ce sont là les points essentiels, qui feront débat demain.
    Pour moi ce qui est grave et donne de l’importance à l’affaire, ce sont les comportements des deux têtes de l’exécutif, qui mentent sans vergogne en souten