Actualité Billet d'humeur Courcouronnes

Les bons comptes font les bons amis

Notre Ville, comme l’ensemble des communes de France métropolitaine, procède actuellement au recensement partiel de sa population. Jusque là, me direz-vous, je ne vous apprends rien, l’Hebdo de la semaine dernière y consacrait déjà un article assez complet. Aussi l’objet de ce billet n’est pas de revenir sur les modalités pratiques de son organisation. Le recensement, c’est un peu l’Arlésienne. Les fidèles lecteurs de ce blog connaissent déjà le point sensible sur lequel je vais encore une fois insister…

Créé par Napoléon il y a plus de deux siècles, le recensement quinquennal et exhaustif de la population s’était peu à peu imposé dans notre paysage institutionnel. Mais l’urbanisation de notre pays et sa vitalité démographique ont montré, il y a une quinzaine d’années, les limites de l’exercice, eu égard notamment aux moyens humains et financiers colossaux qu’il nécessitait de mobiliser (100 000 agents et 180 millions d’euros en 1999, selon un rapport parlementaire).
En bref, devenu trop coûteux et lourd à gérer (au point qu’il avait fallu repousser de deux ans celui prévu en 1997), le recensement tel que nous le connaissions a subi une réforme qui ne cesse depuis de faire débat, autant chez les démographes et statisticiens que chez les élus locaux.

En effet depuis 2004, le recensement est réalisé sur un cycle de 5 ans : il reste d’une part exhaustif et quinquennal pour les communes de moins de 10 000 habitants, tandis que pour les communes de plus de 10 000 habitants, comme c’est notre cas, on interroge chaque année les habitants de 8 % des logements tirés au sort, de sorte qu’au bout de 5 ans 40% des logements ont été sondés (j’espère que vous suivez bien, dans 5 minutes je ramasse les copies !), et on extrapole sur cette base pour estimer l’évolution globale de la population. Le tout étant censé être plus fiable, paraît-il… Permettez-moi personnellement d’en douter : c’est fiable à tel point que, d’après l’INSEE, la population « légale » de Courcouronnes s’établissait à 13 968 habitants au 1er janvier 2010… soit 3 habitants de plus qu’il y a 10 ans (!) et 30 de moins qu’en 2009 !

Quand on connaît, comme j’ai la faiblesse et la modestie de le penser, la réalité du terrain, le public qui fréquente nos services et assiste à nos manifestations, qui bénéficie des aides sociales octroyées par notre CCAS, le nombre d’enfants inscrits dans nos écoles, nos centres de loisirs, nos cantines, quand on prend le temps d’échanger avec les Courcouronnais au quotidien, de les observer dans nos quartiers, quand on est confronté aux difficultés que vivent ceux qui viennent frapper à la porte de ma permanence… on ne peut que constater que non, la population de notre ville est loin de stagner et encore moins de diminuer.
Le fait est qu’en réalité, Courcouronnes compte plus certainement 18 000 à 20 000 âmes mais qu’un certain nombre d’entre elles, que je qualifierais pour ma part de « population invisible », échappe à tout recensement.
D’abord, je viens de l’évoquer, parce que la méthode par sondage est certainement moins fiable que ne l’était le recensement exhaustif, même si celui-ci n’était pas infaillible.
D’autre part, parce que les villes comme les nôtres, dont 70% sont classés en zone urbaine sensible, sont confrontés à un phénomène d’immigration et de population illégales. Et que, par définition, la population étrangère irrégulière… ben on ne peut pas la compter !
Or il se trouve que celle-ci « consomme » pourtant un certain nombre de services qu’organise ou propose la collectivité, à commencer par les écoles, puisque la loi nous fait obligation par exemple d’accueillir dans nos établissements les enfants de personnes en situation irrégulière, et qu’en tant qu’élu je ne transige pas avec ce principe… même si je sais que d’autres de mes collègues contournent discrètement cette obligation. Une fois scolarisés, que se passe-t-il ? Sans vouloir céder à la généralisation, force est d’admettre que ces familles se trouvent la plupart du temps dans des situations de détresse matérielle et financière qui ne leur permet pas d’honorer leurs dettes… et qu’au final, c’est souvent la collectivité qui paye, en effaçant l’ardoise après maintes et maintes relances ! Pour autant, devrais-je exclure ces enfants, quand je sais que pour la plupart le déjeuner dont ils bénéficient dans nos cantines constitue le seul vrai repas de la journée ? On se souvient du débat et de l’émoi suscité il y a quelques jours à peine sur ce sujet. Pour moi, c’est clairement non.

Or donc, j’y reviens, notre population n’a pas cessé de croître depuis dix ans, et les dépenses que cette évolution induit pour la collectivité, en termes de charges de fonctionnement et d’investissement pour satisfaire ses besoins en services publics n’ont pas cessé de croître non plus.
S’il était d’ailleurs besoin de prouver qu’il ne s’agit pas d’une lubie de ma part, c’est que nous avons en 2004, avec l’appui de Jean-Louis Borloo, bénéficié d’un surclassement démographique, au titre de la ZUS, dans la catégorie des communes de 20 000 à 40 000 habitants… Comme quoi l’Etat partage et confirme notre analyse !
Enfin, quand je dis que notre classement administratif nous positionne entre 20 000 et 40 000 habitants, il ne faut pas rêver non plus, car nos moyens au titre notamment des dotations de fonctionnement accordés par l’Etat restent rigoureusement basés sur le chiffre de la population officiel établi par l’INSEE. Ces dotations et subventions, et ce n’est pas rien, représentent près d’un quart de notre budget de fonctionnement. Or qui dit baisse de notre population légale dit baisse des dotations et subventions dont nous bénéficions et dont nous avons pourtant grand besoin…

Pour résumer et si je n’ai pas été assez clair, l’Etat nous donne les moyens d’agir correspondant à une ville de moins de 14 000 habitants, alors que nous savons tous qu’elle en compte 4 à 6 000 de plus… Une paille ! Bref, et même si je sais que cela ne nous mènera pas à grand chose à court terme, je ne pouvais pas m’empêcher de pousser une nouvelle fois ce coup de gueule. Je ne désespère pas qu’il ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd (Manuel, si tu me lis…) et, qu’à force, quelqu’un finira par trouver la bonne formule pour résoudre ce qui s’apparente un peu à la quadrature du cercle…