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Le débat électoral et l’éducation par le petit bout de la lorgnette

La déception, dois-je avouer, est malheureusement à la hauteur des enjeux de l’élection présidentielle qui s’annonce, du dogmatisme des partisans de gauche… comme de droite d’ailleurs, ainsi que du décalage entre les arguments développés et la réalité, objective, du terrain. J’ai en effet eu l’occasion de constater, depuis quelques semaines, et plus particulièrement ces derniers jours, une exacerbation des tensions entre mes amis de tous bords, comme si la campagne pouvait influer sur les caractères au point d’ôter tout bon sens et toute objectivité. Certains ne se comportent plus qu’en supporters zélés, oserais-je le dire parfois en véritables hooligans, de leur candidat, applaudissant des deux mains chacun de ses faits et gestes, de ses propositions, huant et conspuant toute action ou tout discours émanant du camp adverse. Facebook est d’ailleurs particulièrement révélateur de ce phénomène. Or, une fois encore, tout ne saurait être tout à fait blanc ni tout à fait noir, et mon expérience d’élu local m’amène pour ma part à relativiser et nuancer davantage mon opinion.

Car que retiendra-t-on des propositions de François Hollande et de Nicolas Sarkozy en matière d’éducation, si ce n’est que le candidat socialiste prévoit de créer 60 000 nouveaux postes dans l’Education nationale, tandis que le président-candidat décline son fameux « travailler plus pour gagner plus » au monde enseignant en proposant aux professeurs d’assurer 8 heures de présence au sein de leur établissement en plus de leurs heures de cours, contre une rémunération de 500 € nets supplémentaires ?

C’était d’ailleurs prévisible : les propositions qu’a développées Nicolas Sarkozy en meeting à Montpellier la semaine dernière n’ont pas manqué de susciter de vives réactions à gauche et parmi les syndicats enseignants, remettant au goût du jour les vieilles luttes corporatistes et le credo qui voudrait opposer le quantitatif au qualitatif.

Je connais, du reste, un certain nombre d’enseignants qui, prenant à cœur leur métier, effectuent d’ores et déjà ces heures supplémentaires en participant à la vie de leur établissement, en offrant à leurs élèves et leurs familles une présence, un soutien et un accompagnement personnalisés… et je peine à comprendre en quoi cette proposition pourrait s’avérer choquante.

Pour autant, résumer un programme présidentiel à ces seules mesures m’apparaît pour le moins réducteur, a fortiori lorsqu’il s’agit d’éducation, sujet ô combien crucial car en dépend l’avenir de nos enfants et, in fine, de notre pays !

A cet égard, un récent sondage a mis en lumière le fait que 92% des Français souhaitent que l’Education Nationale soit réformée.

Or il apparaît qu’aucune autre institution n’a connu autant de réformes depuis 50 ans que l’Education nationale… et pourtant, aucune ne semble être aussi statique et irréformable. On ne compte plus, à ce titre, les ministres de l’Éducation sacrifiés sur l’autel de la résistance syndicale !

A chaque campagne électorale, les candidats promettent de tout changer, mais au terme de chaque mandat, les sempiternels maux sont pourtant pointés du doigt : incapacité à instruire les élèves issus de catégories défavorisées et à remplir son rôle d’ascenseur social, inégalités entre élèves et établissements, perte des valeurs républicaines, malaise et démotivation des profs…

Aussi, je suis convaincu que la résolution des difficultés que rencontre notre système éducatif ne saura se limiter à une simple question d’effectifs ni de moyens. Nous devrions, si c’était le cas, bénéficier de la meilleure école du monde !

Non, à mon humble avis, l’éducation ne saurait se cantonner au seul champ de l’école. Car au-delà des savoirs, certes essentiels, que doit transmettre cette dernière à nos enfants, n’attendons-nous pas que nos enfants acquièrent également un certain nombre de savoir-être, de valeurs, de repères qui leur permettront de devenir de jeunes adultes autonomes et des citoyens responsables ? A cet égard les parents, ce qu’on appelle les « tiers éducateurs », les associations… ont, tout comme et avec les enseignants, leur part de responsabilité et un rôle déterminant à jouer auprès des jeunes générations.

Je vais donc, là encore, prêcher pour ma paroisse, mais seule une stratégie éducative globale, qui implique l’ensemble de ces acteurs, me semble à même de porter ses fruits. Ne nous contentons pas d’observer une problématique par le petit bout de la lorgnette, tentons au contraire de l’appréhender sous ses multiples prismes. C’est là qu’à mon sens réside l’enjeu essentiel et c’est sur ces questions là que devrait porter le débat. Enfin, je dis ça…