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La banlieue s’invite dans la campagne présidentielle

La journée d’hier a vraisemblablement marqué l’entrée des banlieues dans une campagne présidentielle dont elles étaient, jusqu’à présent, relativement absentes.

Alors que le Président de la République défendait le matin son bilan et indiquait sur RMC qu’il annoncerait « dans les semaines qui viennent » un deuxième Plan National de Rénovation Urbaine (PNRU2) consacré aux quartiers « les plus prioritaires » – PNRU2 que l’ensemble des acteurs concernés appelaient de leurs vœux et au contenu duquel nous serons particulièrement attentifs (j’avais moi-même apporté ma modeste contribution en remettant un rapport à l’UMP l’année dernière) –, l’association des maires « Ville et Banlieue », a rendu publiques « 120 propositions pour la banlieue » au cours d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale à laquelle j’ai pris part en ma qualité de Vice-Président.

120 propositions qui s’articulent, pour l’essentiel, autour des questions de politique de la ville certes, mais aussi d’éducation, de santé, de logement, d’emploi, de sécurité, de justice, de citoyenneté, de sport ou encore de culture.

120 propositions qui témoignent également d’un certain œcuménisme car, rappelons-le, Ville et Banlieue n’est pas une association politique mais rassemble des maires de diverses sensibilités. Aussi les remarques formulées et les propositions que nous avons souhaité mettre en avant sont avant tout marquées par le bon sens et le pragmatisme tirés de notre expérience commune du terrain.

Citons, pour exemple, parmi celles-ci :

  • l’affirmation du rôle du maire comme cheville ouvrière de la politique de la ville, la définition de projets de territoire, le rapprochement de l’ANRU et de l’ACSé, l’implication des citoyens et des associations dans la définition des projets liés à la politique de la ville,
  • le renforcement des moyens alloués aux zones d’éducation prioritaires, aux activités éducatives périscolaires et de l’apprentissage, dès les premières années, de la langue et de l’expression française, la valorisation d’une filière professionnelle d’excellence, la mixité sociale au sein des établissements scolaires,
  • l’instauration d’un quota minimum pour remédier à la désertification médicale dans certaines banlieues, la mobilisation de tous les professionnels de santé, le renforcement de la prévention sanitaire et des dépistages,
  • l’incitation et la valorisation des maires bâtisseurs de logements sociaux au travers des dotations d’Etat, l’instauration d’une amende équivalente au coût de production d’un logement à l’encontre des maires ne respectant pas la loi SRU, et son reversement aux maires bâtisseurs, l’interdiction du DALO dans les ZUS pour lutter contre l’effet d’enfermement et de ségrégation territoriale, la définition d’un nouveau cadre juridique pour venir en aide aux copropriétés en difficulté,
  • l’intégration des politiques de l’emploi dans le cadre de stratégies territoriales, l’amélioration de l’accompagnement des jeunes vers l’emploi, la priorité donnée aux transports comme moyen de désenclavement des banlieues et d’accès à l’emploi, la généralisation des clauses d’insertion sociale, le soutien apporté à l’innovation économique, l’extension des emplois francs qui ne seraient plus liés à la localisation de l’entreprise mais des employés,
  • l’instauration d’un pacte financier entre l’Etat et les collectivités territoriales, et la réforme des outils de péréquation pour mieux tenir compte des charges et ressources réelles, la révision des valeurs locatives et la prise en compte des revenus des habitants dans le calcul de la taxe d’habitation,
  • le renforcement et la répartition des effectifs de policiers et gendarmes de manière proportionnée à la difficulté des territoires, la revalorisation de leur fonction par l’instauration d’un cadre définissant leur rôle, leurs compétences et leurs moyens, la formation des forces de police affectées aux quartiers difficiles mieux adaptée aux réalités d’une délinquance en constante évolution, le renforcement de la justice pénale et de la coordination avec le pouvoir judiciaire au sein des CLSPD notamment,
  • la création de lieux d’échange et de partage autour de la citoyenneté, la mise à disposition d’outils permettant aux citoyens d’intervenir dans le débat public, la création d’un observatoire et d’un médiateur de la laïcité, la lutte contre la discrimination au territoire ou à l’adresse,
  • ou encore la valorisation des actions sportives, porteuses d’une plus-value sociale, l’encouragement à la pratique sportive des filles et des femmes, l’introduction du sport en tant que volet à part entière des Contrats Urbains de Cohésion Sociale, la rénovation prioritaire des équipements sportifs de banlieue, ainsi que le désenclavement des quartiers par la culture.

… Vaste programme, me direz-vous ! Ces propositions, quoi qu’il en soit, posent le débat et appellent des réponses de la part des candidats de tous bords, dont les programmes et les discours reposent pour le moment sur de vagues déclarations de principe en la matière.

Il est vrai que le sujet des banlieues, contrairement à la campagne de 2007 où le souvenir des émeutes de 2005 était encore particulièrement vif, semble avoir été quelque peu relégué à l’arrière-plan, sous l’effet de la crise financière et des menaces pesant sur le pouvoir d’achat et l’emploi qui, par la force des choses, occupent tout le champ médiatique.

Selon le rapport 2011 de l’Observatoire National des Zones Urbaines Sensibles (ONZUS), pourtant, environ 4,4 millions de Français, soit 7% de la population, vivent dans des quartiers sensibles. Mais la faible mobilisation électorale, la désaffection certaine de ces populations à l’égard de la classe politique en général (qui trouve sa parfaite illustration dans la chute de 15,1% des inscriptions sur les listes électorales en 2011 par rapport à 2006), conduisent sans doute cette dernière à se désintéresser également de cette partie non négligeable de l’électorat.

Pour autant, si les banlieues ne peuvent ni ne doivent être considérées comme « à part » et les problématiques qu’elles rencontrent ne sont pas différentes de celles du reste de la France, il apparaît qu’elles y sont vécues ou ressenties avec une autre ampleur et une sensibilité accrues, oserais-je dire parfois avec un temps d’avance sur le reste du pays. Comme l’a d’ailleurs souligné hier Renaud Gauquelin, Président de Ville et Banlieue, « L’état des banlieues est un bon indicateur de ce que pourrait être le reste des quartiers dans dix ans si on ne fait rien ».

De même, et je suis bien placé pour en témoigner, les banlieues sont également riches de talents, d’exemples concrets de réussite, dont la nation tout entière aurait intérêt à s’inspirer. C’est d’ailleurs le fondement de notre stratégie locale inspirée du « bottom up », qui veut que des initiatives positives testées au plus petit échelon soient par la suite déclinées et répercutées au niveau le plus large.