Actualité Billet d'humeur

Jeunes et banlieues victimes de l'inconstance des pouvoirs publics

La parution récente, sur le site du Point, d’un article titré « Les cités ne sont plus une priorité », m’amène plusieurs réflexions.

D’abord, je me demande comment une telle décision ou, en l’occurrence, cette absence de décision conduisant in fine à la non-reconduction de l’action de Bruno Pomart, peut obéir à une quelconque considération politicienne ou vision dogmatique. Pour connaître un peu le Ministre de l’Intérieur, je le pense plus intelligent que ça, du moins j’ose l’espérer !

L’action menée depuis de nombreuses années par ce policier essonnien dans les quartiers sensibles est en effet tout à fait remarquable et, pour l’avoir vu intervenir à plusieurs reprises à Courcouronnes, je peux témoigner de son engagement et de la qualité du travail qu’il accomplit, consistant à transmettre aux jeunes de banlieue les valeurs de rigueur et d’effort par le sport. Bien sûr, vous connaissez mon attachement à la fois pour ces valeurs et pour ce type d’action. Je suis en effet convaincu que le sport constitue un support privilégié pour cultiver le plaisir d’agir, de jouer avec les autres et participe ainsi à la socialisation des jeunes ainsi qu’à l’apprentissage et à l’exercice de la citoyenneté. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’à Courcouronnes nous l’avons inscrit comme axe structurant de notre stratégie d’action éducative. Une action, soit dit en passant, qui ne saurait être réellement « préventive » qu’à partir du moment où elle bénéficie aux plus jeunes et non, comme la plupart des actions de prévention qu’on voudrait nous vendre, qui constituent de fait une offre de loisirs en direction de jeunes délinquants avérés. Pour moi, la meilleure des préventions passe par l’éducation, pas lorsque les actes délinquants ont déjà été commis ! En outre, les structures comme « Raid Aventure » ont l’avantage de créer du lien entre jeunes et police et permettent, aux uns et aux autres, de dépasser leurs a priori. Bref, Bruno Pomart bénéficie de mon plein et entier soutien !

L’autre réflexion que m’inspire la lecture de cet article tient à l’absence de continuité et de cohérence des pouvoirs publics. Qu’il s’agisse, pour la gauche, de ne pas reconduire une action de droite en vertu d’un principe à la con et d’une lecture politicienne binaire m’apparaît d’autant plus aberrant que cette action est bénéfique. Je dis ça, et je le dénonce avec tout autant de vigueur lorsqu’il s’agit d’une action mise en œuvre par la gauche et que la droite suspend en suivant le même raisonnement… Mais le plus grave, c’est lorsqu’un même gouvernement met fin à un dispositif qu’il a lui-même créé ! Trop souvent, les banlieues sont en effet les victimes d’une politique hasardeuse, victimes d’un empilement de dispositifs qui rend illisible l’action des pouvoirs publics, victimes d’expérimentations non-reconduites alors même qu’elles avaient produit des résultats positifs… Nous l’avons bien vu avec le busing ! Comment, en effet, ne pas déplorer le désengagement de l’Etat sur l’une des mesures présentée en 2008 comme une mesure phare du Plan Espoir Banlieues et qui, à Courcouronnes du moins, a démontré son efficacité ? Comment, sans garantie sur la continuité des engagements de l’Etat au terme d’une expérimentation, encourager les élus locaux à répondre aux divers appels à projets lancés par le Gouvernement, si c’est pour finalement les forcer à détruire ce qu’ils ont patiemment construit ?

Car au final, tout le monde en pâtit : les jeunes, privés d’une action qui leur était bénéfique, les acteurs de terrain, privés de moyens et de soutien, mais aussi les pouvoirs publics et l’Etat, dont la crédibilité est écornée. Comme on dit : « Faire et défaire… »