Actualité Billet d'humeur

Intégration : touchez pas à ma République !

La publication par plusieurs journaux la semaine dernière des conclusions du rapport sur la refondation de la politique d’intégration a soulevé une vague de protestations chez de nombreux responsables politiques, mais également parmi nos concitoyens.

Fruit de groupes de travail constitués de représentants d’associations, de fonctionnaires, de syndicalistes et de chercheurs, ce rapport, qui contient 5 volets, traite des questions du vivre ensemble, de la protection sociale, de la connaissance et de la mémoire ainsi que des mobilités sociales et de l’habitat.

 Si, fidèle à ma ligne de conduite de ne jamais réagir à chaud face un à sujet aussi complexe et souvent source de maladresse ou d’incompréhension, voire de manipulation, j’ai préféré prendre la peine, avant de m’exprimer, de consulter ce volumineux rapport, je ne vous cache pas ma profonde opposition à ce fourre-tout sociologique aux relents antirépublicains.

Sur la forme d’abord, pourquoi le Premier ministre a-t-il attendu si longtemps pour affirmer que le gouvernement n’était aucunement lié par ce rapport, alors qu’il lui a été remis depuis le 13 novembre et qu’il est en ligne sur le site de Matignon ? Cette énième confusion me laisse perplexe et ses tentatives de se raccrocher tant bien que mal aux branches de l’arbre républicain ne m’ont, en tout cas, guère convaincu, d’autant que le précédent rapport Tuot sur le même sujet remis en février dernier laissait déjà présager du pire.

Sur le fond ensuite, s’il apparaît que quelques propositions constituent des pistes intéressantes à explorer telles que, par exemple, la création d’un conseil pour la cohésion sociale auprès du Premier ministre ou le renforcement de la lutte contre les discriminations ethno-raciales, il en existe d’autres qui sont tout simplement inacceptables !

Parmi la longue litanie d’élucubrations, d’inepties ou autres contre-vérités que j’ai pu lire, je conteste fermement l’idée selon laquelle notre République devrait assumer la dimension « arabo-orientale » de son identité en modifiant ses programmes d’histoire, en favorisant l’apprentissage de l’arabe ou d’une langue africaine, ainsi qu’en autorisant le port du foulard islamique dans les établissements scolaires. Je me permets à ce stade de rappeler que notre République est laïque, que sa langue officielle est le français, et que ces deux principes, fruit d’une histoire longue et tourmentée, sont constitutifs de notre cohésion nationale.

Tant en affirmant que les cultures et les identités plurielles sont une richesse et que chacun a toute sa place au sein de notre communauté de destin, je demeure toutefois farouchement opposé à la reconnaissance d’une société multiculturelle à l’anglo-saxonne. S’engager dans cette voie provoquerait, comme nous pouvons l’observer au Royaume-Uni, bien plus de difficultés qu’elle n’en résoudrait. En outre, La France est constitutionnellement une « République indivisible » et rien ne saurait justifier, et certainement pas les velléités d’extrémistes islamiques, une orientation différente.

Enfin, je suis hostile à l’assouplissement pour les étrangers des conditions d’attribution du RSA ou à la suppression des conditions de nationalité pour accéder à un emploi, tant dans les fonctions publiques que dans les secteurs publics ou privés. Ces mesures ne manqueraient pas en effet de créer un flux migratoire supplémentaire que nous n’avons pas, économiquement, les moyens d’intégrer dans de bonnes conditions.

Pour autant, il serait quelque peu abusif de prétendre que l’intégration en France se fait sans accroc. Les échecs existent, et il ne faut pas nier qu’ils puissent être liés à d’insupportables discriminations ainsi qu’à la violence, la ghettoïsation de certains quartiers laissés depuis trop longtemps à l’abandon social ou au chômage.

Mais il faut avoir le courage d’affirmer qu’ils sont aussi le résultat de fortes carences éducatives et du rejet de nos règles communes au sein de certaines familles, ainsi que des assauts répétés de groupes intégristes qui honnissent les valeurs universalistes de notre République et essayent de la déstabiliser.

Au demeurant, je ne crois pas que l’intégration serait favorisée par la reconnaissance d’un droit absolu à la différence, ni par la négation de notre identité ou la consécration d’une laïcité dite « inclusive ». Par contre, je suis intimement convaincu que cet ethno-différentialisme, assis sur les « droits de l’Homme », mais jamais sur ses devoirs soit dit en passant, entraînerait à terme la disparition de notre pacte républicain laïque, au profit d’un multiculturalisme nourri par un communautarisme politico-religieux obscurantiste !

Ce n’est évidemment pas ma conception de la République et je mets en garde les apprentis-sorciers qui, notamment au sein d’une gauche bien-pensante, sont tentés d’ériger cette dangereuse idéologie en nouveau modèle pour la France. Ils prennent le risque considérable de diviser profondément la société française et de l’entraîner, à terme, vers un chaos mortifère dont les premiers bénéficiaires seront les extrémistes de tous bords, à commencer par ceux de l’extrême droite !