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Inclure, oui, mais avec quels moyens ?

 AFP PHOTO / BERTRAND GUAY

Le Premier ministre a rendu public il y a une semaine son plan quinquennal « contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale », dont les grandes lignes avaient déjà été dévoilées lors d’une conférence en décembre. Basé sur 5 grands principes et organisé en 3 axes, celui-ci entend proposer une approche globale de la lutte contre la pauvreté et couvre autant l’accès aux droits que l’emploi, le logement, la santé, la famille et l’enfance, la réussite éducative ou encore l’inclusion bancaire et la lutte contre le surendettement. Au final, un plan de 50 pages, autour duquel seront mobilisés pas moins de 20 ministères et qui coûtera la bagatelle de 2,5 milliards d’euros par an à l’horizon 2017.

L’ayant déjà j’ai déjà évoqué, même si ce fut succinct, sur facebook et twitter la semaine dernière, permettez-moi de ne pas revenir ici dans le détail sur ce catalogue de bonnes intentions (certaines propositions, plus emblématiques que d’autres, ont été largement médiatisées, telles que la revalorisation de 10% du RSA ou l’imposition d’un quota de places d’accueil pour les enfants de familles défavorisées dans les crèches), un inventaire à la Prévert dégoulinant de bons sentiments, de « y’a qu’à, faut qu’on » qui, sur le fond, sont pour la plupart tout à fait louables, mais dont on peut douter de la mise en œuvre concrète, eu égard notamment au flou entretenu par le Gouvernement sur leur financement.
Enfin… quand je dis louables, je me réserve le droit de revenir dans un prochain billet sur celles qui visent notamment à considérer les caravanes des gens du voyage comme des logements à part entière et obliger les communes à les accueillir, ou celles visant à proposer un logement de droit commun aux squatteurs et autres occupants de bidonvilles… Mesures dont l’application sur le terrain sera aussi difficile quelle que soit l’étiquette politique du maire concerné et dont nous ne connaissons, à Courcouronnes, que trop bien la problématique qui connaît une actualité brûlante…

Vous aurez noté, au passage, qu’agir pour l’inclusion sociale, c’est forcément plus « in » que lutter contre l’exclusion. Simple question de sémantique. Ca me fait toujours sourire, ces euphémismes qui consistent à appeler un sourd un malentendant ou, comme l’a suggéré il y a quelques mois la ministre déléguée aux personnes âgées et à l’autonomie, à bannir le verbe « vieillir » pour le remplacer par « avancer en âge » (j’y pense parce que nous accueillerons justement la ministre dans quelques semaine à Courcouronnes, mais j’y reviendrai). Cette manie de refuser d’appeler un chat un chat comme si, par la simple magie des mots, la violence et l’injustice inhérentes à la pauvreté pouvaient être gommées.

C’est un peu comme ces années passées à accuser la droite d’avoir cherché à stigmatiser les personnes en situation de précarité en ayant fait de la lutte contre l’assistanat un des axes de son action. Or, quand l’ancienne majorité parlait d’assistanat, ce n’étaient pas les personnes concernées qui étaient visées, mais un système, qui consistait à rendre les citoyens passifs. Or voici que les mesures annoncées par le gouvernement, en augmentant et en saupoudrant les aides, sans contrepartie, me semblent plutôt risquer d’entretenir cette logique au lieu de rompre avec.

Certes, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 8,6 millions de personnes, soit 14,1% de la population vivraient sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 964 euros par mois et, derrière ces chiffres, des situations d’extrême pauvreté intolérables dans une société comme la nôtre. Nous ne pouvons, pas plus que nous ne devons, laisser ainsi les plus fragiles d’entre nous sur le bord de la route. Il en va d’un impératif de solidarité nationale.

Pour autant, en cette période de rigueur budgétaire, et alors que le nombre de chômeurs (pardon, de « demandeurs d’emploi » !) a franchi un nouveau cap, la lutte contre la pauvreté passe-t-elle nécessairement par une énième hausse des aides sociales que notre pays n’a pas les moyens de financer ?

Sur le chômage, justement, le lecteur averti n’aura pas manqué de noter que notre pays compte 240 000 demandeurs d’emploi supplémentaires depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande. Les premiers mois, la nouvelle majorité pouvait encore, à la rigueur, dénoncer les conséquences de la politique menée par l’ancien gouvernement… Mais au bout de 8 mois, c’en est bel et bien fini de l’état de grâce. Non seulement la courbe du chômage ne s’est pas inversée mais, plus grave, rien n’a été entrepris pour y remédier ; surtout, les choix effectués sont de nature à aggraver la situation, qu’il s’agisse du matraquage fiscal des entreprises, de la taxation des heures supplémentaires et de l’épargne salariale (qui contribuent à diminuer le pouvoir d’achat des travailleurs salariés) ou de l’augmentation des cotisations sociales pour financer le retour de la retraite à 60 ans (mais sans augmenter le pouvoir d’achat des retraités). A l’inverse, ne serait-il pas plus judicieux de soutenir l’économie et d’encourager la création de richesse, qui bénéficiera par ricochet au plus grand nombre ?

Mais revenons aux propositions… Si les grandes associations œuvrant dans le domaine social et de l’insertion peuvent se dire satisfaites d’avoir été entendues (fût-ce au prix d’un catalogue de mesures disparates et même si certaines voix se sont élevées pour déplorer le manque de concertation et d’ambition du texte), les communes et plus encore les départements sont en droit de s’interroger sur les moyens qui leur seront donnés pour financer tout ceci. Le silence gardé, à ce sujet, par l’Assemblée des départements de France (ADF) et l’Union nationale des centres communaux d’action sociale (Unccas), pourtant concernées au premier chef par la lutte contre l’exclusion et qui seront chargées de mettre en œuvre ce plan, est à cet égard éloquent… et inquiétant !

En matière d’étranglement des collectivités, pour ne parler que de ce qui nous concerne, rappelons qu’à Courcouronnes, notre dotation globale de fonctionnement (principale dotation d’Etat) retrouvera en 2015 son montant de… 1993 (!), que la réforme des rythmes scolaires devrait coûter 300 000 euros à la commune, et que le désengagement du Conseil Général de l’Essonne sur le financement des crèches publiques nous coûtera quelque 200 000 euros… On a coutume de dire que les chiffres sont têtus, ils sont parfois même douloureux et je crains que tout ceci ne nous contraigne, tôt ou tard, à augmenter la fiscalité.

Je suis bien placé, dans une ville où trois quarts de la population vivent dans un quartier que d’aucuns qualifieraient de difficile, socialement du moins, pour reconnaître l’urgence et attendre de pied ferme des solutions nouvelles. Mais sans nerf de la guerre, sans des financements ciblés et clairement établis, les dernières annonces gouvernementales, comme les dizaines et dizaines d’autres depuis des décennies, resteront lettre morte. Or on ne peut plus attendre !