Actualité Billet d'humeur

Grève TransEvry

Depuis une semaine, Transevry, l’entreprise qui assure une grande partie de l’affrètement de TICE, est en grève.

Comme je l’évoquais la semaine passée, cette grève à durée limitée au 31 décembre prochain est la conséquence de négociations à venir – vous avez bien lu, « à venir » – dans le cadre d’un changement de convention collective imposé à Transevry par les tribunaux à la demande du syndicat SUD, qui doit s’appliquer de suite mais dont les accords sociaux doivent être discutés dans un délai maximum de 15 mois. Une première par ailleurs pour un réseau de grande couronne puisqu’ils sont tous sous convention inter-urbaine. C’est donc un changement qui fera sans doute jurisprudence, mais ça c’est déjà un autre sujet.

Sans entrer dans le détail, la difficulté de cette convention dite « urbaine », c’est qu’elle offre de nouveaux avantages aux conducteurs, notamment sur l’ancienneté, mais leur impose également des contraintes fortes notamment horaires et, surtout, abaisse le salaire de base de 300 euros par mois. Même si la direction de Transevry s’est de suite engagée à ne pas baisser les salaires en compensant sous forme de prime, Sud revendique fromage et dessert puisque souhaite cumuler les avantages des deux conventions. Il faudra donc trouver un équilibre favorable à chacun sachant que le surcoût de ce « jusqu’au boutisme » pour Transevry peut aller annuellement jusque 600 000 euros, rien que ça !
Il y a 7 jours donc, je me félicitais que, pour la première fois depuis longtemps, le mouvement social, porté par ce seul syndicat avec comme revendication la mise en œuvre de l’ « urbain », les autres n’ayant pas suivi, se déroule conformément aux règles en vigueur : engagement de ne pas bloquer le dépôt, préavis dans les règles de l’art et, surtout, annonce préalable des grévistes.
Nous avons ainsi, Tice et Transevry, pu préparer, dans les premiers jours, un service minimum qui aura plutôt bien fonctionné car, si la grogne sociale doit pouvoir s’exprimer, le rendu du service public aux usagers reste une nécessité absolue.

La difficulté de cette grève, c’est qu’elle est viciée dans ses revendications mêmes puisque c’est bien sur la base du code du Travail que ce changement de convention doit se réaliser. Dans la mesure où les réunions légales ont été programmées officiellement par la direction, hors grève, et se dérouleront dans un cadre juridique précis, il n’y a donc pas d’accord à trouver avec les grévistes. La grève, inutile, donc peu porteuse, s’est enlisée.

C’est ainsi que mardi matin, renouant avec de bien mauvaises habitudes, les grévistes, cagoulés et rejoints de personnes n’appartenant pas à l’entreprise, ont bloqué le dépôt, empêchant la majorité voulant travailler de sortir les bus, le camion de ravitaillement de gasoil de rentrer, etc… Outre les constats d’huissier dressés dès le matin, j’ai pu faire intervenir les forces de l’ordre, avec le soutien de Francis Chouat, afin de faire cesser ce mouvement illégal. Le réseau a redémarré en cours de matinée.

Rebelote mercredi mais, une fois les grévistes-bloqueurs évacués, ce sont les non-grévistes, de peur de représailles liées aux multiples menaces qu’ils reçoivent régulièrement – je les avais dénoncées l’an passé déjà, je le redis c’est une honte – qui n’osaient plus sortir. Les grévistes-bloqueurs interceptant celles et ceux qui venaient travailler en encadrant leur véhicule et en exigeant qu’ils se déclarent grévistes ; comme l’an passé lorsqu’ils montaient dans les bus pour leur intimer l’ordre de rentrer au dépôt.

Vous pourriez me dire « cela devrait être sanctionné » ! Certes mais c’est l’omerta et cela devra cesser tôt ou tard !
En tout cas j’assume pleinement de dénoncer ces méthodes de voyous sur la place publique mais si certains conducteurs(trices) n’osent pas le faire, ce que l’on peut comprendre par ailleurs aisément.

Après de longues discussions, ils ont fini par reprendre le travail ce mercredi en début d’après-midi.

Une fois tout cela dit, je m’attends au même cirque demain matin, avec un nouveau blocage.
Pourquoi ? Car une première réunion de négociation s’est finalement tenue ce jour avec ce syndicat. Et les revendications valent leur pesant de cacahuètes. Je considère dorénavant, puisque Sud distribuait un tract mensonger aux usagers dans les bus la semaine dernière, que cela aussi doit être porté en place publique.

Ils réclament donc les éléments exposés plus haut, fromage et dessert donc sur les salaires avec en plus une rétroactivité à 2009, date du premier jugement avant les appels, cela représente une explosion des salaires à hauteur approximativement de 2,4 millions d’euros cash pour un rattrapage qui n’existe pas, et 600 000 euros par an en année pleine à compter de 2013. C’est évidemment indéfendable. Et puis, ils ajoutent évidemment le paiement des jours de grève et exigent qu’aucune sanction ne soit portée à celle et ceux qui, en toute illégalité, bloquent le dépôt. Voilà la réalité de ce qu’ils demandent dans les réunions, loin de l’écran de fumée qu’ils font eux-mêmes relayer dans le Parisien : « Les grévistes dénoncent des risques de modification dans les statuts d’ancienneté des employés et une réduction du salaire minimum« .

Leur position est inacceptable.

En outre, puisque je joue toujours la carte de la transparence, l’entreprise Transevry accuse cette année un déficit (de 300 à 400 000 euros me semble-t-il mais ça demande à être vérifié), tandis que TICE est tout juste à l’équilibre. Un tel service public est à ce prix périlleux et rien ne doit être fait pour mettre en péril ce délicat équilibre.

Sud le sait. Sud sait que ses revendications tueraient ces entreprises, purement et simplement. A une époque où la crise de l’emploi est dramatique, où le besoin de service public est primordial, on peut donc légitimement s’interroger sur les fondements de leur action. Souhaitent-ils réellement défendre les salariés, lesquels acceptent par ailleurs, à travers les autres syndicats représentés à Transevry, des négociations légales hors grève telles qu’évoquées plus haut, ou souhaitent-ils tout simplement foutre en l’air leur outil de travail ?

Pour être confronté, depuis des années, à leurs méthodes, pour ma part, la réponse est évidente. C’est un scandale que je ne cesserai de dénoncer et dont les autres salariés de Transevry doivent prendre conscience.

Les médias également, si enclins à relayer les actions syndicales plutôt que celles des élus/méchants patrons, davantage d’ailleurs quand c’est à la suite d’une agression qu’en l’espèce où ils sont plus discrets ;  il est vrai que le débat est ici technique donc moins visuel.

Or donc, chacun comprendra que nous ne pouvons céder sous cette forme de pression. Nous ferons donc tout pour que le service minimum soit assuré ; s’il ne l’est pas nous nous en remettrons à la justice. Mais je ne lâcherai pas.
Certes, pour les usagers, la gêne est considérable, longue, les remboursements de titre peu aisés, mais il est des combats dans lesquels on ne peut, on ne doit reculer.
Je ne peux accepter que cet outil transport unique que nous avons en Centre Essonne, certes criticable au quotidien vu de nos fenêtres, mais tant envié dans le reste de la grande couronne, soit ainsi mis en danger.