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Gens du voyage : les raisons de la colère

Suite à l’installation, ce dimanche, d’un nouveau campement de gens du voyage sur notre territoire (le troisième depuis le début du mois de décembre !) et face au mutisme des pouvoirs publics qui refusent de nous apporter leur concours pour procéder à leur expulsion rapide, j’ai demandé hier par courrier à Manuel Valls, Président de la Communauté d’Agglomération, de procéder à la fermeture de l’aire d’accueil des gens du voyage de Courcouronnes à l’issue de la saison d’occupation 2011-2012.

Je déplore devoir en arriver à de telles extrémités, mais mes interlocuteurs, sourds à mes multiples demandes et avertissements, ne me laissent finalement pas d’autre choix. Par cette décision, j’assume tout simplement mes responsabilités qui, en tant que maire, m’imposent de tout mettre en œuvre pour garantir la sécurité et la tranquillité des Courcouronnais.

Il convient en premier lieu de préciser que la ville de Courcouronnes, dont la moitié de la population habite dans une zone urbaine sensible, est légalement dispensée d’aménager une aire d’accueil pour les gens du voyage sur son territoire.

Elle fait pourtant preuve d’un volontarisme et d’une solidarité exemplaires, puisqu’elle dispose depuis 1998 d’une aire de 25 places qui n’a pas une seule fois été fermée en 13 ans. A noter que nous accueillons régulièrement, de ce fait, des enfants issus de la communauté des gens du voyage dans nos écoles, et que le seul coût annuel de la remise en état de cette aire à l’issue de chaque saison, suite aux dégradations commises par ses occupants, s’élève à 150 000 euros à la charge de l’Agglo qui porte historiquement cette compétence !

La loi dispose par ailleurs que, dès lors qu’ils ont réalisé ou participé financièrement à l’aménagement d’une aire d’accueil inscrite au schéma départemental d’accueil des gens du voyage et qu’ils en assurent la gestion, les maires peuvent interdire par arrêté le stationnement en dehors de ces aires, solliciter et bénéficier du concours du préfet pour mettre en demeure les occupants de quitter les lieux, et procéder à leur évacuation forcée dans un délai de 24 heures.

Il s’avère malgré cela que le Préfet de l’Essonne nous refuse cette faculté et, par là-même, son soutien, considérant que le secteur dont nous relevons n’est pas en conformité avec le schéma départemental. En clair, tant que les aires prévues à Ris-Orangis et Bondoufle n’auront pas été réalisées, le fait de disposer d’une aire d’accueil à Courcouronnes n’interdit pas aux gens du voyage de s’installer librement sur toute partie de notre territoire.

Etant précisé, pour la petite histoire, que le même schéma départemental prévoyait la création de 4 aires de grand passage en Essonne et que l’Etat, dont c’était la responsabilité, n’en a ouvert qu’une à Lisses. Il me semble donc relativement mal placé pour nous donner des leçons ! D’ailleurs, pour aller plus loin et suggérer un peu de documentation à celles et ceux que ça intéresse, je vous aurais bien invités à vous rendre sur le site de la Préfecture de l’Essonne, où est sensé être publié le fameux schéma mais, curieusement, à l’heure où j’écris ce blog, la page correspondante est… vide ! Je n’ose penser qu’il puisse s’agir d’autre chose qu’un bug, mais ce bug est pour le moins révélateur…

Bref, nous avons une aire. Nous en subissons le coût et les nuisances. Cette aire n’est le plus souvent qu’à moitié pleine (ou vide, selon le côté duquel on se place), mais des incompatibilités d’humeur entre familles ou groupes les empêchent, paraît-il, de cohabiter sur un même espace. Ces personnes s’autorisent donc à « squatter » en toute illégalité des terrains publics ou privés aux alentours, pourrissant la vie des habitants et des entreprises. Et rien ne nous permet de nous y opposer ni d’y mettre fin.

Vous me connaissez, j’ai pour habitude d’appeler un chat un chat. Les événements du mois de décembre, à savoir l’installation de deux campements illicites dans les parcs d’activités du Bois de l’Epine et Saint Guénault, corrélée à une recrudescence des cambriolages (18 cambriolages en 15 jours, soit plus que sur le reste de l’année !), sans parler du vol d’énergie (branchements réalisés en amont des compteurs électriques, facturés à l’ensemble des abonnés EDF, branchements sommaires sur les bouches à incendie…), m’avaient conduit à tirer la sonnette d’alarme.

Lors de la cérémonie des vœux, le 7 janvier dernier, j’avais donc annoncé que si rien n’était fait pour sécuriser nos parcs d’activités comme nous le demandons depuis 11 ans, et que et si l’Etat refusait de tenir compte de notre situation particulière, je ferai tout simplement procéder à la fermeture de notre aire d’accueil. A con, con et demi ! Puisque nous n’y sommes pas légalement tenus et que cela ne permet pas de bénéficier de l’appui de l’Etat, autant cesser de faire acte de solidarité et s’épargner les dépenses induites.

Le message me semblait, alors, avoir été enfin entendu par nos interlocuteurs.

Pourtant, la nouvelle invasion qui s’est produite dimanche dans la zone du Bois Briard, à quelques mètres de l’aire d’accueil officielle, a été celle de trop. Notamment parce qu’elle fait suite à une expulsion d’un parking commerçant de Villabé, pour laquelle nous n’avons une fois de plus pas été prévenus, ce qui nous aurait peut-être permis de nous organiser et de faire face à la situation. Il y a quelques années encore, la Police se joignait à nous et, ensemble, nous disposions d’un poids et d’une autorité suffisants pour dissuader ces personnes de s’installer. Or dimanche, Henri Catalifaut, mon Adjoint en charge de la sécurité, et notre directeur de la police municipale n’ont bénéficié d’aucun soutien et se sont donc retrouvés seuls face aux caravanes pour tenter de les faire repartir.

Cette installation porte donc à trois le nombre de campements illicites sur notre ville, dont un pour lequel le référé a été rejeté (!), et alors que notre aire est aux deux tiers vides ! Tout cela est intolérable et chacun devra assumer sa part de responsabilité. A bon entendeur…