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EUROPEENNES 2019 : un vainqueur peut en cacher un autre !

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Comme j’en ai l’habitude, je prends toujours 24 à 48h pour analyser à froid les résultats d’un scrutin tout en m’imprégnant des réactions et des commentaires  qui suivent.
Une fois n’est pas coutume, je vais débuter par ces derniers.

Dimanche soir et encore lundi, un peu moins depuis hier, un citoyen lambda qui ne s’intéresse pas particulièrement à la vie politique et qui a écouté la radio dans sa voiture ou regardé la TV quelques minutes sur les chaînes d’information ne pouvait que retenir la victoire du Rassemblement National et la défaite de La République en Marche.

Pour être encore plus caricatural, Marine Le Pen aurait gagné ce scrutin et Emmanuel Macron l’aurait perdu.
Lorsque vous poussiez quelques minutes de plus sur les différents médias, la poussée des écologistes était saluée et l’effondrement des anciens de partis dits de gouvernement de droite comme de gauche était souligné.

Or donc nous élisions dimanche dernier nos représentants au Parlement européen, soit pour la France un contingent de 74 sièges (nous en aurons 79 après le Brexit). La liste Rassemblement National et la liste LREM ont récolté à elles deux plus de 45% des suffrages exprimés, celle du RN arrivant en tête à 23,3% suivie par celle de LREM à 22,4%.

Arithmétiquement, c’est incontestable, la liste RN récolte 200 000 voix supplémentaires que la liste LREM et termine donc première de ce scrutin.

Mais l’analyse ne peut décemment s’arrêter à de l’arithmétique. Car il y a une différence fondamentale, pour le coup historique (et ça doit le rester !), le Rassemblement National se présente devant les Français, et ce depuis sa création en 1972, sans n’avoir jamais exercé le pouvoir et donc aucune forme de responsabilité, modulo à l’échelle communale et rarement avec succès…

Dénoncer, crier au complot, désigner des ennemis intérieurs et extérieurs, non seulement c’est facile mais indiscutablement ça fédère, surtout en période de « crise » !! Le fond de commerce est intact depuis plus de 45 ans, tout comme le patronyme des dirigeants successifs de ce parti.

On en oublie même qu’en 2014 le Front National était déjà arrivé en tête des élections européennes… Et ils ont changé quoi en Europe ? Ils ont apporté quoi aux Français ces 5 dernières années en siégeant en grand nombre à Bruxelles et Strasbourg ?

A l’inverse, après deux ans d’exercice des responsabilités au plan national, rares sont les majorités au pouvoir qui ne connaissent pas une déconfiture aux élections européennes ! Il n’y a guère qu’en 2009 où Nicolas Sarkozy avait, après ses deux premières années de quinquennat, pu afficher un joli résultat (27,88%).

Aussi qualifier de défaite ou d’échec le score (22,4%) de la liste Renaissance portée par Nathalie Loiseau est juste inexact. Certes l’ambition initiale du Président de la République était d’arriver en tête du scrutin mais, in fine, la liste LREM comme la liste RN auront exactement le même nombre de députés au Parlement européen soit 22 sièges chacune (après Brexit ce sera 23 chacune).

C’est cela qui compte, de même qu’avoir mis fin au duopole PPE/S&D qui regroupaient chacun les partis conservateurs et partis sociaux-démocrates des pays européens. Depuis 40 ans, il n’y avait d’alternance qu’entre ces deux forces politiques et à l’instar du bipartisme à la française ce modèle était à bout de souffle.

C’est cela l’enseignement que je tire également au niveau national, sans juger de l’ordre de classement des différentes listes, l’électorat se saisit des nouvelles offres politiques qui lui sont faites et ainsi fait exploser les vieux partis du 20ème siècle.

Les européennes de 2019 sont donc la confirmation du big-bang électoral de 2017 en France, avec entre temps une salutaire montée de la conscience écologique et ce dans les principaux pays européens.

Si le niveau des extrêmes reste préoccupant tant en France qu’en Europe, la poussée attendue a été contenue. Nous aurions légitimement pu craindre une contestation électorale dans les votes extrêmes après la crise des gilets jaunes qui a frappé notre pays ces 6 derniers mois.

Ni la France Insoumise, ni le Rassemblement National, ni les listes estampillées « gilets jaunes » ne se sont révélées être le réceptacle électoral de ce mouvement social, démontrant ainsi l’hétérogénéité de ce dernier.

Et comment ne pas m’arrêter un instant sur les deux échecs magistraux de ce scrutin européen : celui des Républicains (8,5%) et du Parti Socialiste (6,2%)… L’attention médiatique se porte davantage sur les premiers que sur les seconds, car la chute est plus forte encore pour les premiers si l’on se réfère au 1er tour de la dernière présidentielle, néanmoins l’expérience montre qu’il est ensuite très difficile de s’en relever…

N’étant plus adhérent et militant LR depuis 1 an et demi maintenant, je n’irai donc pas plus loin dans l’analyse mais cela confirme malheureusement ce que j’avais pressenti et écrit dès 2017, le fameux syndrome de la cabine téléphonique !

D’un point de vue local, il s’agissait là du premier scrutin sur la circonscription électorale d’Evry-Courcouronnes c’est à dire 33 bureaux de vote pour 32 864 inscrits.

Je ne peux évidemment que regretter la faible participation (36,41%) des habitants de notre commune nouvelle par rapport à la participation constatée en France (50,12%).

Ce sentiment de résignation d’une grande partie de notre population est là pour nous rappeler l’immensité du travail restant à accomplir pour l’avenir. Et l’avenir démocratique de notre commune nouvelle c’est l’élection municipale de mars 2020.

A Evry-Courcouronnes le tiercé de tête du scrutin est le suivant : LREM (21,96%), RN (15,08%) et EELV (12,83%).

Point n’est ici besoin de rappeler d’où nous venons sur l’ancienne ville d’Evry en terme de rapport de force électoral pour se réjouir que le tiercé de tête compte deux formations pro-européennes s’étant toutes les deux engagées à accélérer l’impérieuse transition écologique et solidaire qui ne pourra se faire pour une grande part qu’à l’échelle européenne.

D’autant que la « leader » de l’opposition d’extrême gauche au Conseil Municipal figurait en bonne place sur la liste de la France Insoumise. C’est pour Mme Farida Amrani le 4ème échec électoral en 5 ans sur notre ville.

Le score relativement élevé du Rassemblement National sur notre commune par rapport à son étiage habituel, mais comparativement beaucoup moins que dans les villes alentours, doit également nous rappeler que les « ponts » entre les deux extrêmes sont de plus en plus empruntés… Le Rassemblement National arrive en tête dans 4 bureaux de vote, quand la France Insoumise y parvient dans 3 d’entre eux soit 7 bureaux de vote sur un total de 33.

Dans les deux cas, c’est trop et cela devra s’analyser finement, y compris au niveau local lorsque des problématiques concrètes existent sur lesquelles nous n’aurions pas suffisamment agi. Qu’il s’agisse d’insécurité manifeste ou de paupérisation rampante, je poursuivrai les rencontres des acteurs et des habitants des secteurs concernés pour mettre en œuvre des solutions concrètes.

Je ne me résous pas à constater des votes extrêmes à des niveaux si hauts. Je crois au pouvoir de conviction des habitants par l’action locale et surtout la preuve par les résultats. Nous l’avons démontré à Courcouronnes, nous le démontrerons à Evry-Courcouronnes.

Avec Francis Chouat, lors du lancement il y a un an et demi du processus de création de la commune nouvelle, dans le prolongement logique ce que nous avions initié sur le territoire en 2008 à une époque où cela n’était clairement pas à la mode, nous avons assumé de placer au-dessus de toute considération partisane l’intérêt général de notre ville et de notre territoire. Et depuis la législative partielle de novembre 2018, le Député Francis Chouat soutenu par les 5 Maires de sa circonscription nous démontre quotidiennement à l’Assemblée Nationale qu’il porte haut et fort les attentes de notre territoire.

Avec Danielle Valero, militante écologiste de toujours et aujourd’hui Maire déléguée, et une équipe d’élus ancrés sur la ville, nous avons l’immense honneur de diriger en responsabilité une ville capitale départementale de 70 000 habitants.

Nous nous sommes départis depuis bientôt 6 mois de nos histoires politiques respectives pour faire d’Evry-Courcouronnes une ville symbole d’un Nouveau Monde où les étiquettes politiques sont rangés au placard ou mises de côté pour porter haut et fort les attentes des habitants et d’un territoire tout entier.

Le big bang électoral de 2017 en France devra trouver une confirmation forte et solide dans les territoires à travers les municipales de 2020 puis les départementales et régionales de 2021. Ce n’est pas un souhait personnel, c’est une nécessité pour prouver aux Français et à nos habitants qu’on se bât matin, midi et soir pour eux et plus pour des chapelles et des carrières.

Si nous n’y parvenons pas, si nous n’infusons pas dans nos villes et territoires ces changements de pratique, alors la confrontation Macron/Le Pen de 2022 pourrait s’avérer bien plus dangereuse pour la France. Mais le Président de la République va devoir également, et vite, montrer aux Français qu’il modifie en profondeur sa gouvernance pour mieux écouter le pays profond et les corps intermédiaires.

Evry a été un laboratoire des Villes Nouvelles en France, Evry-Courcouronnes est aujourd’hui le laboratoire municipal de la construction d’un Nouveau Monde politique.

Juste une dernière précision utile : Nouveau Monde ne signifie pas adhésion à la République en Marche, ou ailleurs…