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Emploi : le blues des banlieues

pole-emploiJ’anime aujourd’hui la deuxième rencontre thématique dans le cadre de la concertation sur la politique de la ville. Autre sujet tout aussi complexe et nécessaire, nous parlerons cette fois d’emploi, d’insertion et de développement économique.

Sur ce sujet, malheureusement, la réalité de nos quartiers prioritaires est bien trop négative pour que nous puissions nous en satisfaire.
On constate en effet une forte dégradation de la situation dans les ZUS, où le taux de chômage n’a pas cessé de progresser pour s’établir à 22,7% en 2011. Quant au taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans résidant en ZUS, il se maintient à plus de 40% en 2011, contre 21,6% dans les unités urbaines environnantes.
C’est pourquoi tous les rapports (IGAS, Cour des Comptes) préconisent une intervention spécifique et de plus grande intensité des politiques de l’emploi en direction des habitants de ces quartiers, et en particulier les jeunes.

Que dire aussi de ce que l’on observe depuis plusieurs années, c’est-à-dire une baisse de la part des jeunes habitants des ZUS parmi le public en contact avec le réseau des missions locales, alors que ce public rencontre des difficultés accrues d’accès à l’emploi ?
On le sait, les caractéristiques de la population en ZUS expliquent pour partie cette surexposition au chômage. En effet, les deux principaux facteurs d’exposition au chômage (bas niveaux de qualification et origine immigrée non européenne) sont surreprésentés dans les ZUS.
Les résidents des ZUS rencontrent en outre des obstacles objectifs et spécifiques à l’accès à l’emploi : discrimination à l’embauche, absence de réseau socioprofessionnel, distance culturelle avec les entreprises, enclavement et freins à la mobilité…
La Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) relève enfin l’existence d’un effet résiduel « quartier ». Ainsi, s’ils résident en ZUS et toutes choses égales par ailleurs, les jeunes actifs de 15 à 29 ans ont à la fin de leurs études 1,6 fois plus de risques d’être au chômage plutôt qu’en emploi, et 1,2 fois plus de risques d’être en emploi non qualifié plutôt qu’en emploi qualifié.

Prises comme cela, ces données laissent finalement peu de place à l’optimisme.
Ce sera malgré tout ma tâche aujourd’hui en questionnant les dizaines d’acteurs, opérateurs présents pour cette rencontre. En effet, puisque nous connaissons les principales difficultés en matière d’emploi et d’insertion, gageons que nous saurons trouver les pistes de solutions appropriées. Et puis, je le sais par expérience, bien des choses sont réalisées localement et c’est aussi sur cela que je compte m’appuyer pour faire ressortir des propositions d’actions concrètes.

Pour ma part, je pense que nous devons améliorer la mise en réseau de l’ensemble des acteurs parlant emploi et insertion. Il n’est pas normal en effet que tant de jeunes ne se sentent pas concernés ou même attendus par ces dispositifs. Mais je ne veux pas faire d’angélisme non plus, car à force de permanences dans lesquelles j’accueille très souvent des jeunes, je fais le constat également bien souvent d’un manque d’ambition de certains jeunes, d’un rapport au quartier qui parfois les limite dans leurs possibilités.
Mais parler d’emploi, d’insertion et de développement économique, c’est aussi interroger l’ensemble des dispositifs de formation, d’instruction, sans oublier la responsabilité des parents dans ce qu’ils proposent comme perspectives à leurs enfants, à nos enfants…

Vastes débats en perspective !