Actualité Billet d'humeur

Des mesures d’économies nécessaires, mais tardives et insuffisantes !

En détaillant l’ensemble des 50 milliards d’euros d’économies budgétaires destinées à permettre la mise en œuvre du Pacte de responsabilité et de solidarité et à tenir les engagements en matière de réduction des déficits publics, le Premier ministre n’a épargné personne en décidant de mettre à contribution l’ensemble des Français, y compris les catégories populaires et moyennes de la population.

Ces mesures concerneront, d’une part, les prestations sociales avec un gel quasi-généralisé des revalorisations jusqu’en octobre 2015 et l’assurance maladie avec respectivement des économies de 11 et 10 milliards d’euros ; et d’autre part, l’Etat avec une baisse de son train de vie de 18 milliards et les collectivités territoriales dont les efforts porteront sur 11 milliards d’euros également avec notamment une nouvelle baisse des dotations de l’Etat. Seuls les minimas sociaux (RSA, ASS, Allocation adulte handicapé, etc.) seront exclus de cette cure de rigueur et continuerons d’augmenter au rythme de l’inflation. Autant dire que la facture est salée et qu’elle appelle quelques observations.

Tout d’abord, s’il demeure légitime de demander aux collectivités territoriales de contribuer à la réduction des déficits, il convient pour autant de ne pas dégrader exagérément leurs finances ainsi que leurs investissements à travers une réduction drastique de la fameuse dotation globale de fonctionnement. Je rappelle qu’elle existe pour compenser des suppressions d’impôts locaux ou de nouvelles charges provenant principalement des transferts de compétences décidées unilatéralement par l’Etat. En outre, il faut garder à l’esprit que le bloc communal a déjà amplement participé à l’effort de redressement des finances publiques en voyant ses ressources baisser de 840 millions d’euros en 2014.  Il n’est donc pas raisonnable d’exiger des maires et des présidents de communautés une gestion quotidienne quasi schizophrénique de leurs territoires en leur confiant toujours plus d’attributions sans dédommagement financier.

Je constate ensuite que ma volonté d’anticiper depuis plusieurs années, sur le plan local, la baisse des dotations de l’Etat était non seulement judicieuse, mais même salutaire. En décidant en effet d’engager notre Ville dès 2008 dans une configuration de crise budgétaire et de faire de la maîtrise de nos dépenses un principe intangible de gestion, j’ai pu préserver un accès aux services communaux de qualité pour tous les Courcouronnais et maîtriser notre dette sans recourir à des hausses successives d’impôts locaux.

J’observe enfin, même si les sommes affectées sont différentes, qu’il existe des similitudes entre ce nouveau train d’économies et les plans successifs  proposés par François Fillon en 2011 pour répondre à la crise de la dette et sortir la France de la récession. Pourtant, que n’avions-nous pas entendu à l’époque de la part de certains responsables politiques socialistes qui, avec une mémoire très sélective, acquiescent aujourd’hui sans réserve ou presque les orientations définies par un gouvernement issu de leur propre famille politique.

Aussi, tout en saluant globalement ces mesures indispensables, je regrette vivement que l’exécutif socialiste n’ait pas poursuivi dès 2012 l’effort amorcé par le précédent gouvernement, et qu’il n’ait pas non plus entrepris de mettre sur la table les grandes réformes structurelles dont notre pays a tant besoin.

Car il est peu probable que ces coups de rabot suffiront, à eux seuls, à ramener la France sur la voie de la croissance et du redressement ! Qui peut contester en effet que notre pays ne peut décemment plus continuer à vivre au dessus de ses moyens sous peine de suivre le triste sort de la Grèce, avec les conséquences désastreuses que cela générerait sur notre cohésion sociale ?  Qui peut contester que la politique keynésienne dite de la demande soutenue par un accroissement ininterrompu des déficits est aujourd’hui dépassée et qu’elle nous place dans une situation de quasi faillite ? Qui peut contester que le financement de la dette (46.9 milliards en 2013) constitue les impôts de demain pour nos générations futures et qu’il est, de facto, un cadeau fait à la Finance qui met à mal notre souveraineté ? Qui peut encore contester que nos entreprises manquent cruellement de compétitivité et qu’il est enfin nécessaire d’en libérer les énergies en favorisant une politique de l’offre ?

Après 35 ans de laxisme budgétaire, toutes gouvernances confondues, notre pays est désormais dans l’obligation de ramener le déficit public sous la barre des 3 % dès 2015, comme il s’y est engagé auprès de la Commission de Bruxelles, et de relancer la croissance. La tâche est certes complexe et ardue, mais d’autres pays comme l’Allemagne ou la Suède, ont su mettre en œuvre cette mutation et peuvent en constater les effets positifs à la fois sur leur économie et sur l’emploi. La France ne peut plus se dispenser d’entamer des réformes plus profondes, notamment sur l’organisation des collectivités territoriales et de l’Etat ainsi que sur le financement des différentes branches de la Sécurité sociale. Elles demanderont évidemment un effort collectif soutenu et long, mais il sera bien moins douloureux que le désastre dans lequel les disciples d’une gauche doctrinaire, allant du Front de gauche à une partie minoritaire du PS en passant par l’aile radicale des Verts, veulent nous plonger à travers leurs discours démagogiques et surannés.

Malgré leurs jérémiades incantatoires, la dette accumulée depuis 2002 (1925,3 milliards d’euros fin 2013) n’a pas permis à la France de retrouver une croissance vertueuse et d’inverser, ne serait-ce que provisoirement, la courbe du chômage. En outre, si les électeurs ont manifestement voulu sanctionner l’absence de résultats de François Hollande et du gouvernement Ayrault, ils n’ont certainement pas pour autant appelé à un  « coup de barre à gauche », contrairement à ce que prétendent abusivement ces irresponsables qui, confits dans leur arrogance outrancière, en arrivent à considérer maintenant, excusez du peu, que leur défaite représente finalement une victoire…

Face à de telles absurdités, les prochains débats au Parlement risquent d’être particulièrement animés sur les bancs de la majorité avec un Premier ministre se sentant bien seul. J’espère néanmoins qu’il pourra aller au bout de sa démarche et que la détermination que je lui connais ne sera pas entravée par une énième dérobade de la part d’un Président qui, jusqu’à présent, n’a guère montré de courage face à l’aveuglement idéologique dont font preuve certains de ses ex camarades de parti !

  • Pierre
    28 avril 2014 at 15 h 51 min

    Très belle analyse et « décodage » pour les profanes que nous sommes, bravo !

    Nous nous dirigeons très sensiblement vers un système social à l’américaine pour les catégories sociales les plus aisées (assurances sociales privées) et un encouragement sans précédent à faire fuir nos jeunes diplômés les plus brillants vers des cieux plus cléments et surtout prometteurs de récompense du travail et de l’esprit d’entreprise (c’est un constat !).

    Attirer des investissements étrangers uniquement sur les arguments du Crédit d’Impôt recherche et de la créativité ainsi que de la supposée productivité des employés français ne fait plus recette, d’autant plus que nous vendons nos entreprises les plus emblématiques aux américains ou aux allemands.(Thomson, …).

    Il y a peut être un autre modèle à trouver, modèle qui passe forcement par la création de richesse (donc d’entreprises) et non pas uniquement par des économies drastiques et autres plans de sauvetage dont on ne doute plus des conséquences.

    Une des proposition ne serait elle pas de mettre à plat les acquis sociaux et de réfléchir à la manière de libérer le travail plutôt que de l’encadrer de plus en plus ?

    A réfléchir …