Actualité Billet d'humeur

Des "couacs" et de l’angélisme de gauche

C’est l’hôpital qui se fout de la charité ! En entendant ce matin la porte-parole du nouveau gouvernement s’émouvoir sur les ondes de ce qu’elle appelle « la critique systématique de l’opposition », je me suis demandé si nous avions réellement vécu dans le même pays au cours des cinq dernières années ? Car si on devait revenir sur toutes les attaques, y compris les plus basses, et toutes les polémiques, y compris les plus stériles, dont la gauche a été l’instigatrice pendant 5 ans à l’encontre de Nicolas Sarkozy et du Gouvernement Fillon, un blog, que dis-je, un ouvrage entier n’y suffirait pas…

Or donc, la majorité parlementaire sortante n’émettrait aucune critique objective ou fondée à l’égard du nouveau Président de la République ou du nouveau gouvernement formé par Jean-Marc Ayrault ! Soit. Considérons donc l’affaire du jet privé, celle du logement social occupé par Delphine Batho, la non-candidature de Najat Vallaud-Belkacem aux élections législatives par peur d’essuyer une éventuelle défaite, la sortie de Vincent Peillon sur les rythmes scolaires, sans concertation et sans avoir reçu l’aval du Premier ministre, le retard du Président de la République à la séance du sommet de l’Otan, de l’évasion d’un détenu profitant de la visite de la nouvelle Garde des Sceaux et j’en passe… comme des détails. Des « couacs ». Certes.

En même temps, de la part d’un gouvernement de 34 membres parmi lesquels 5 seulement ont déjà exercé des fonctions gouvernementales (François Hollande et Jean-Marc Ayrault n’ayant eux-mêmes jamais été membres d’un gouvernement), on comprend aisément qu’ils puissent faire preuve d’inexpérience ! Mais doit-on pour autant leur pardonner, quand on sait l’importance de leurs responsabilités ?

Surtout, leur multiplication risque de devenir franchement gênante pour la gauche qui prétend conquérir dans quelques jours la majorité des sièges à l’Assemblée nationale pour, disent-ils, « donner une majorité au changement ».

Si le changement, quoi qu’il en soit, consiste à faire preuve d’angélisme, voire carrément d’irresponsabilité, en détricotant les réformes mises en œuvre il y a quelques mois à peine par le précédent gouvernement, je pense particulièrement à la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs, et bien franchement, moi, je n’en veux pas !

Entendons-nous bien : ces tribunaux, instaurés par la loi du 10 août 2011 et fonctionnant depuis janvier dernier, jugent les récidivistes de 16 à 18 ans encourant une peine égale ou supérieure à 3 ans. Pas des délinquants juvéniles qui, en pleine crise de l’adolescence, transgresseraient la loi pour se sentir exister. Non, nous parlons là de faits graves.

Il s’agit là d’un sujet qui constitue un véritable point d’achoppement idéologique entre la droite et la gauche. La gauche qui, au nom d’une prétendue primauté de l’éducation sur la sanction (et pourtant vous savez à quel point je suis moi-même attaché aux vertus de l’éducation et de la prévention), oublie que le les mineurs multirécidivistes d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux de 1945, pour lesquels une législation spécifique avait été imaginée, et refuse d’admettre que la délinquance juvénile, de plus en plus violente et précoce, doit être combattue avec détermination. Est-ce faire preuve d’idéologie que de constater cette évidence ?

Je ne doute pas que les quelques ministres pragmatiques de ce gouvernement, tels Manuel Valls, finissent par taper du poing sur la table, un peu comme les relations naturellement tendues entre Chevènement et Guigou il y a quelques années…