Actualité Billet d'humeur

De la démocratie en Amérique…

 De la démocratie en Amérique… Je ne résiste pas à reprendre le titre du célèbre ouvrage d’Alexis de Tocqueville pour venir ici, aujourd’hui, tenter d’analyser à chaud cette élection présidentielle américaine.

Dès les années 1830, le célèbre penseur français avait su déceler dans le système politique américain ses potentielles dérives liberticides. Il alertait notamment sur une tendance putative de la pratique démocratique américaine à produire ce qu’il appelait le “despotisme mou”, en prenant bien soin de distinguer les dangers potentiels “à la démocratie” de ceux “de la démocratie”. L’analyse résonne cruellement aujourd’hui, non?

Evidemment, les contextes historiques ne sont en rien comparables mais la pensée tocquevilienne a le mérite de nous interroger sur la finalité même du système démocratique.

La démocratie moderne occidentale est née de la philosophie des Lumières. Alors que les USA sont l’inventeur des sondages, des empires de presse, d’Internet et des réseaux sociaux, autant d’outils a priori vecteurs de “lumières” pour les citoyens-électeurs, voilà qu’une élection parfaitement démocratique vient de positionner Donald Trump comme l’homme le plus puissant de notre Planète et, selon la formule consacrée, “leader du monde libre”… Indéniablement, le paradigme vient d’exploser en vol !

La première puissance mondiale vient donc porter à sa tête un milliardaire sans expérience politique qui a eu pour seul thème de campagne “le peuple contre les élites”.

Doit-on s’en offusquer? Ou n’est-ce finalement pas un retour aux sources de la démocratie?

Dans son célèbre discours de Gettysburg en 1863, Abraham Lincoln avait prononcé cette phrase pleine de sens : “à nous de décider que le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, ne disparaîtra jamais de la surface de la terre”.

Le fameux “Governement of the people, by the people, for the people” ou l’horizontalité absolue de la conception américaine de la démocratie. De la même manière qu’il n’y a pas aux Etats-Unis de “monopole de la violence légale” par le seul Gouvernement puisque chaque citoyen a le droit de porter une arme pour se défendre, selon ce même principe d’horizontalité absolue n’importe quel américain doit pouvoir accéder au Bureau Ovale !

C’est chose faite, Donald Trump (qui n’est certes pas “n’importe quel américain” mais n’est cependant pas un professionnel de la politique) a accédé à la Maison Blanche avec, contre lui, l’ensemble des pouvoirs et contre-pouvoirs :

  • il a joué la primaire contre son propre parti, il a gagné
  • il a joué Main Street contre Wall Street, il a gagné
  • il a vomi les grands médias et instituts de sondage, il a déjoué tous leurs pronostics
  • il n’a pas cherché à rassembler, il a quand même gagné
  • il a promis de renverser la table dans un pays pourtant proche du plein emploi (statistique) et à la croissance retrouvée, il a convaincu malgré tout

Il y a donc A BIG ISSUE comme l’on dit outre Atlantique. Je ne me risquerai pas à hiérarchiser les racines irrationnelles et raisons objectives d’un tel résultat. Ca, c’est le rôle des historiens.

Cependant, je veux ici nous interroger collectivement sur les quelques réflexions suivantes alors que notre pays débute une période intense de campagne électorale :

  • La politique c’est de la géographie

La carte électorale des résultats est tout aussi symptomatique que celle du Brexit puisque tous les Etats intérieurs et du sud ont voté pour Trump quand les Etats côtiers ont vote Clinton; plus un Etat est inséré dans la “mondialisation heureuse” tel que celui de Californie ou de Washington (à ne pas confondre avec Washington DC), plus le “candidat du système” performe.

Et vice versa pour les Etats en marge de cette mondialisation, notamment ceux désindustrialisés dits de la “Rust Belt” (Ohio, Michigan, Pennsylvanie) sans compter tous les Etats à dominante agricole du centre du pays.

Cela me permet d’introduire l’un de mes chevaux de bataille, “mon triangle d’or” Aménagement/Développement économique/Transports que devrait viser tout politique publique afin de construire une société inclusive et harmonieuse.

En France, la montée du vote Front National dans les territoires ruraux qui se sentent déclassés et l’abstention massive dans les quartiers populaires sont là pour nous rappeler que notre pays prend aussi, et malheureusement, le chemin d’une forte polarisation géographique du vote comme du non vote.

La métropolisation à outrance des pays occidentaux, qui concentre la création de richesses sur une part toujours plus petite du territoire, porte en elle le germe des séparations et des divisions au sein de nos populations. La “connexion” (physique et désormais numérique) de tous et de chacun à la nouvelle donne économique mondiale doit être un objectif majeur.

  • La politique c’est l’affaire de tous

Les chiffres à disposition à l’heure où je vous écris semblent montrer que la participation des électeurs américains est la plus faible depuis plus de 15 ans, et que quantitativement Hillary Clinton devance de peu Donald Trump… Nous verrons bien les résultats définitifs mais cela ne vous rappelle-t’il pas l’élection de 2000 qui opposait Georges Bush et Al Gore?

En clair, le candidat anti-système a largement bénéficié du système très complexe de comptage des grands électeurs par Etat… Comme quoi !

L’enseignement est donc que le candidat le plus radical bénéficie toujours d’une faible participation des électeurs car ses sympathisants savent se mobiliser CONTRE alors que le reste du corps electoral se dépolitise dangereusement, allant même jusqu’à penser que voter ne sert plus à rien. Aujourd’hui je crois qu’on se rend compte que voter est un acte individuel majeur dans le sens où il contribue à dessiner des choix essentiels pour un pays.

  • Les Primaires, une panacée?

Depuis 5 ans, la démocratie française a adopté, en l’adaptant, le système américain des primaires pour désigner les candidats des principales formations politiques à l’échéance suprême qu’est l’élection présidentielle.

On se rend aujourd’hui compte qu’une fraction de la population a désormais le pouvoir de choisir l’offre politique d’une élection présidentielle. Je crois que personne n’a donc mesuré que notre scrutin présidentiel se compose de 4 tours, et non plus 2 !

Les hiérarques du Parti Républicain aux Etats-Unis doivent donc se refaire le film de leur Primaire afin de comprendre ce qu’il s’est passé, ou plutôt pas ce qui s’est pas passé dans le renouvellement de ses cadres dirigeants.

La remarque vaut également pour le Parti Démocrate qui a offert aux Américains un choix entre Hillary Clinton et Bernie Sanders, tous deux en activité dans la politique américaine depuis près de 40 ans.

Ceci dit, autant le système des primaires est consubstantiel au régime politique américain, autant son “importation” dans la France de la Vème République n’est pas sans interroger les équilibres de notre fonctionnement démocratique. Car je rappelle qu’aux USA Primaires + Présidentielle ne constituent, in fine, que deux tours d’élection contre désormais quatre en France !

En ce jour anniversaire de la mort du Général de Gaulle, il est bon de rappeler que celui-ci avait conçu nos institutions selon l’équilibre suivant : les partis politiques sélectionnaient les candidats. Le 1er tour était conçu comme une forme de Primaires. Le 2ème tour a vocation à départager les deux finalistes. Ceci, à l’époque et jusqu’en 2002, dans le cadre d’un septennat.

Aujourd’hui, ce sont donc 4 tours d’élection qui se préparent et s’organisent désormais 2 ans avant le 2ème tour de l’élection présidentielle, le tout dans le cadre d’un quinquennat; ce qui raccourcit considérablement le temps d’action de nos dirigeants alors que nous avons cruellement besoin d’un temps long pour engager et mettre en oeuvre les réformes courageuses dont a besoin notre pays.

  • Vers la démocratie encadrée?

Il est certain que la Russie ou la Chine vont exploiter au maximum le résultat de ces élections américaines pour vanter leur propre modèle qui, l’un et l’autre, constituent pour nous, héritiers des Lumières, un repoussoir absolu.

Néanmoins, on peut s’interroger sur l’impact qu’auront les défis du 21ème siècle sur la perpétuation de notre système démocratique occidental actuel :

  • le terrorisme islamique mondialisé
  • la bombe démographique en Afrique, en Orient et en Asie
  • le changement climatique

Je ne suis pas certain que le processus de sélection de nos dirigeants dans nos démocraties dites “abouties” ou “avancées”, soit le plus à même de gérer efficacement ces défis. Mais comme dirait Churchill, jusqu’à preuve du contraire, on a encore rien inventé de moins pire…

Pour conclure sur une note positive, car l’espoir et la volonté restent indispensables pour traiter ces défis sans résignation, je suis convaincu que nos enfants qui grandissent dans ce monde post “Nine-Eleven” comme disent les Américains sauront trouver les voies et moyens de sauver l’humanité de ses pires gémonies.

Mais il est de notre devoir, à nous leurs parents, de leur ouvrir ce chemin. En France, il passe par l’élection présidentielle de 2017. Alors aux urnes citoyens, et ce dès le 1er tour de l’élection présidentielle, c’est à dire le 20 novembre pour la Primaire de la Droite et du Centre.

  • Milhau lucette
    10 novembre 2016 at 7 h 16 min

    Excellente analyse !! Pour la prospective, wait and see !!