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Baby Loup : un symbole du combat pour la laïcité !

Après l’incompréhension qu’avait suscitée la décision en mars dernier de la Cour de Cassation d’annuler le licenciement, qu’elle avait considéré comme discriminatoire, de l’ancienne directrice adjointe de la crèche Baby Loup, l’arrêt de la Cour d’Appel de Paris était particulièrement attendu par tous ceux qui, comme moi, sont attachés au principe de laïcité.

C’est donc avec une grande satisfaction que j’ai accueilli la décision de la Cour, confirmant pour la deuxième fois le licenciement pour faute grave de cette salariée revenue d’un congé parental voilée malgré un règlement intérieur, à l’élaboration duquel elle avait elle-même participé, prescrivant une complète neutralité au sein de sa structure.

En contredisant la plus haute juridiction française, la Cour a affirmé avec courage qu’il existe des lieux où l’obscurantisme religieux n’a pas sa place et qu’une structure accueillant des enfants et bénéficiant de subventions publiques a la capacité juridique d’exiger de ses salariés de laisser leurs effets confessionnels à la porte de ses locaux.

Pour autant, malgré cette décision de bon sens, il ne saurait être question à ce stade de crier victoire !

D’abord parce cette crèche associative, malgré le travail remarquable qu’elle a réalisé dans un quartier dont la population est en proie à de considérables difficultés sociales et économiques, n’a pas survécu aux menaces, insultes et violences auxquelles elle a dû faire face depuis 5 ans de la part des zélateurs d’une idéologie fascisante qui, notamment, dénient aux femmes les droits les plus élémentaires.

Ensuite, parce qu’il existe dans notre pays une gauche, politique mais également associative, revancharde et idéologique qui en défendant un ethno-différentialisme démagogique au détriment de la laïcité, du féminisme et de la liberté d’expression, se rend complice de ces ayatollahs de la pensée qui tentent de détruire notre idéal républicain !

Enfin, parce que certains des arguments avancés par le procureur général et repris par les magistrats du siège reposent sur une acrobatie juridique audacieuse certes, mais également périlleuse. S’appuyant en effet d’une part sur des décisions de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, la Cour d’Appel considère que le principe de neutralité est une règle indispensable à la sérénité du fonctionnement d’une crèche qui accueille des enfants en très bas âge dans un contexte multiculturel. D’autre part et surtout, en admettant « qu’il pouvait y avoir des entreprises de conviction où l’on pouvait exiger la neutralité et la laïcité », elle estime que la laïcité peut être envisagée comme une philosophie expressément prônée au sein d’une entreprise, considérée alors comme une « entreprise de conviction laïque ». Saisie une nouvelle fois par la salariée licenciée, la Cour de Cassation, qui sait faire preuve de conservatisme, validera t’elle cette interprétation ? Rien n’est moins sûr….

Et même si elle se hasardait à cette audace, je ne suis pas certain qu’il faudrait pour autant s’en frotter les mains ! Car au-delà du cas de cette crèche, la consécration de cette notion « d’entreprise de conviction laïque », aurait pour conséquence de faire de la laïcité une simple croyance particulière, et non plus un principe général organisateur de notre société. Ce serait à mes yeux une évolution philosophique et juridique particulièrement dommageable pour notre nation !

Au nom de quoi, en effet, devrions-nous accepter que le principe de laïcité, qui constitue l’un des piliers de notre République, soit autant dévoyé, et donc affaibli ? Au nom de quelle réécriture de notre histoire devrions-nous avoir honte de revendiquer que ce principe fondateur ne saurait être de même nature que les autres confessions religieuses ?

S’il n’est évidemment pas question de remettre en cause la liberté religieuse dans notre pays, ni même de vouloir en limiter la portée, il n’est pas non plus acceptable de céder aux oukases communautaristes de ceux qui refusent notre pacte social.

Je me souviens que le candidat Hollande nous avait promis que la laïcité serait l’un des piliers de sa « République exemplaire » et qu’il souhaitait en graver les principes dans la Constitution. Même s’il semble qu’à travers un énième renoncement dont il a décidemment le secret, cette promesse a disparu du calendrier présidentiel, je crois utile de réaffirmer fermement que la laïcité est un principe intangible de notre République qui garantit non seulement les libertés de chacun, mais également un vivre ensemble vertueux au sein de notre communauté de destin !

En 2004, Henri Pena-Ruiz déclarait : « la laïcité n’est pas un particularisme accidentel de l’histoire de France, elle constitue une conquête à préserver et à promouvoir, de portée universelle. » Si nous voulons éviter que ses propos ne soient relégués à une simple déclaration d’intention, nous avons également le devoir, tout en dénonçant les discours méphitiques de l’extrême droite visant à instrumentaliser la laïcité et l’hystérie communautariste d’une partie de la gauche, de défendre inlassablement la laïcité, y compris d’ailleurs dans les entreprises qui le souhaitent en comblant, par voie législative si nécessaire, les vides juridiques qui subsistent à son sujet.

  • cappelletti
    11 décembre 2013 at 10 h 40 min

    Bonjour
    Bien qu’étant de gauche, je suis avant tout républicain et je ne peux que vous rejoindre dans la conclusion qu’il ne faut pas crier victoire différentes raisons que je vais exposer.
    Préalablement je précise que dans notre pays il existe des mouvements « politiques mais également associatifs, revanchards et idéologique qui en défendant un ethno-différentialisme démagogique au détriment de la laïcité, du féminisme pour la gauche, de la famille pour la droite et de la liberté d’expression, se rendent complice de ces ayatollahs de la pensée qui tentent de détruire notre idéal républicain » Nous l’avons vu lors des manifestations contre le mariage républicain à droite, nous l’avions vu lors d’affiche électorale de mouvements de gauche radicale présentant des femmes portant le voile en 2008.

    Si c’est avec une grande satisfaction que j’ai accueilli la décision précisant qu’il existe des lieux où le port d’insigne religieux ostentatoires n’a pas sa place notamment pour une structure accueillant des enfants et bénéficiant de subventions publiques qui a la capacité juridique d’exiger de ses salariés de laisser leurs effets confessionnels à la porte de ses locaux alors j’en viens à m’interroger sur les autres structures associatives.

    Je partage toutes vos conclusions sur le fait qu’il est pas question de remettre ne cause la liberté religieuse comme sur le fait qu’il n’est pas question de céder aux communautarismes . L’objectif étant de renforcer le principe de Laïcité dans notre République.
    Petite remarque : Vous avouerez qu’entre 2004 date à laquelle M Pena-Ruiz fiat sa déclaration , et aujourd’hui, les interrogations de M Sarkozy sur l’identité nationale d’une part et avant en 2007 l’affirmation selon laquelle je cite
    « dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance » n’aide pas à renforcer la laicité !

    Revenns à mon interrogation et prenons l’exemple simple d’une association loi 1901 sportives.
    Comment pourra t-elle exiger de ces professeurs et donc des élèves de ces derniers qu’ils ne portent pasde signes religieux ostentatoire ?
    Ex : Comment une association de tennis subventionnée par une commune pourra t-elle exigée que la tenue tennistique ne comporte pas de voile / kippa ou croix ostentatoires (sur un tee-shirt) et comment pourra t-elle empecher la manifestation religieuse alors que dans les retransmissions télévisées nous voyons nombre de sportifs après avoir vaincu , sortir leur symbole religieux pour remercier le ciel , ou faire une priére ?

    Ou commence, ou s’arrete la laïcité ?

    En résumé et en une question : les associations qui reçoivent des enfants et des subventions doivent elles être considérées de la même façon que Babyloup ? Pour moi la réponse est oui !

    J’ai été un peu long, je m’en excuse
    recevez les salutations républicaines d’un opposant poliique qui vous respecte

    Florent Cappelletti