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« Nous avons sauvé la Sécurité sociale »… décryptage de l’enfumage de Marisol Touraine !

Voici une nouvelle opération d’enfumage, minutieusement préparée, mais dont le rideau de fumée s’évapore dès que l’on y regarde de plus près.Comme par hasard, Marisol Touraine annonce tonitruante dès jeudi soir qu’ »en 2017, le trou de la Sécu aura disparu”, sachant parfaitement qu’une telle déclaration, vu la charge symbolique de cette expression malheureusement tombée dans le langage courant, ferait la Une des médias le lendemain.

Et patatras ! Dans la foulée, ce matin, l’INSEE publiait sa révision de croissance pour le second trimestre. En cherchant bien, l’on trouve une dépêche AFP que personne ne reprend et qui indique ni plus ni moins que la France est entrée dans un processus récessif.

En effet, l’INSEE indique un recul du PIB de – 0,1 % et personne n’en parle. Sachez pourtant que, techniquement, une récession, ce sont deux trimestres consécutifs de baisse du PIB et qu’en général, une récession produit rarement des excédents sociaux.

Quel timing, quelle imprudence de la part de la Ministre !

De ce point de vue là, reconnaissons que la première opération d’enfumage est réussie !

Cependant, s’agissant du “trou de la Sécu”, la presse a heureusement vite su gratter le vernis sans toutefois faire preuve d’une certaine exhaustivité, que je vais ici modestement tenter d’atteindre.

Explication : la Sécurité Sociale, on l’ignore trop souvent, c’est en fait une holding (UNCSS ou Union Nationale des Caisses de Sécurité Sociale) qui chapeaute 4 branches :

– la branche Maladie & accidents du travail (la CNAMTS)

– la branche Famille (la CNAF)

– la branche Vieillesse (la CNAV)

– la branche Recouvrement (l’ACOSS qui chapeaute les URSSAF)

Partant de là, la Ministre de la Santé nous annonce que le déficit de la Sécu en 2017 sera de l’histoire ancienne.

Voici la réalité :

– Primo, le PLFSS (Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale) 2017 prévoit encore un déficit de 400 millions d’euros. Alors c’est vrai que pour nos amis de Gauche, tout ce qui se situe en dessous du milliard peut sembler quantité négligeable. C’est même « l’épaisseur du trait » pour reprendre l’expression de Marisol Touraine !

Nos partenaires européens, qui désespèrent de voir la France tenir ses engagements, doivent s’étrangler en lisant de tels propos… Et que dire des contribuables !

Pendant ce temps-là, nous, les élus locaux, nous n’avons d’autre choix que de voter des budgets à l’équilibre avec des dotations d’Etat en baisse, et nous y parvenons en chassant la moindre centaine ou le moindre millier d’euros !

– Secondo, ce PLFSS 2017 parvient à ce déficit prévisionnel (la précision est de taille) de 400 millions d’euros si et uniquement si 4 milliards d’euros d’économies sont réalisés sur la seule branche Maladie. L’objectif est en soi louable mais ce vivier gigantesque d’économies n’est que trop faiblement documenté pour être crédible. Surtout en récession, vous me suivez ? Quand je lis “maîtrise des prescriptions” ou “mutualisation des achats hospitaliers”, qui peut croire que cela produira 4 milliards en 12 mois ? En même temps, on s’en moque, dans 12 mois, la présidentielle sera passée. CQFD.

– Tertio, il est vrai que les branches Famille et Retraite sont désormais à l’équilibre ou excédentaires. Mais dois-je rappeler comment la Gauche y est parvenue ?

Evidemment pas en réformant sérieusement les retraites, mais en augmentant les cotisations des employeurs comme des salariés. Comme d’habitude, par dogmatisme et/ou facilité, c’est la compétitivité et le pouvoir d’achat qui trinquent…

Et, s’agissant de la branche Famille, la Gauche n’a pas hésité à sabrer dans les allocations familiales des classes moyennes (divisées par 2) et supérieures (divisées par 4). Mis en oeuvre en 2015, la mesure a eu son effet plein pot cette année !

Sachant que ces mêmes catégories de Français subissent en sus l’augmentation massive de l’impôt sur le revenu du début du quinquennat et qui ne voient pas le moindre centime de sa baisse, réservée aux clientèles électorales à reconquérir de M. HOLLANDE.

En guise de conclusion, nous avons donc encore assisté là à une pure opération de communication politique telle que les Français n’en peuvent plus !

Et quand l’année prochaine, il sera annoncé que finalement ce trou est toujours bel et bien là parce que les décisions d’économies n’auront pas été prises par ceux-là même qui ne seront plus aux responsabilités, ce sera à nouveau la crédibilité de la parole politique qui s’effritera davantage.

Pire enfin est, sur le fond, le message de cette interview proprement hallucinante de la Ministre de la Santé : circulez y’a rien à voir, je suis une magicienne, j’efface les déficits !

Alors que nous savons tous qu’avec un tiers de notre PIB consacré aux dépenses sociales la France ne peut plus financer son modèle social sans le réformer de fond en comble…