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Attaque du RER D : Le triomphe du laxisme d’Etat

La gare RER de Grigny, en banlieue parisienne, le 19 mars 2013. (Photo Martin Bureau. AFP)

Les victimes attendaient cette décision, voire pour certaines ce soutien ! Le parquet en a finalement décidé autrement : il n’interjettera  pas appel de la décision du tribunal pour enfants qui, après deux jours de procès, les 10 et 11 juin dernier, avait prononcé une relaxe, des peines de prison avec sursis de 10 mois maximum, une peine de travail d’intérêt général et des avertissements solennels pour les 11 mineurs âgés de 15 à 17 ans qui comparaissaient pour avoir participé à une série d’attaques violentes du RER D  en gare de Grigny en mars dernier.
Pourtant, le parquet avait requis des peines bien plus lourdes allant d’un an avec sursis à six mois fermes contre ces adolescents poursuivis pour vols aggravés et association de malfaiteurs, et pour certains, recel.

Les 13, 15 et 16 mars, dissimulés à chaque fois derrière des écharpes ou des capuches, une vingtaine de jeunes prenaient d’assaut plusieurs rames du RER D en gare de Grigny et rançonnaient leurs passagers, contraints de leur remettre téléphones portables, portefeuilles et sacs à main. Ils n’hésitaient pas à les frapper durement ou à les asperger de gaz lacrymogènes.
Souvenez-vous de l’emballement médiatique généré suite à la publication, sur ma page facebook, au surlendemain des faits, du témoignage édifiant que m’avait adressé une des victimes de la dernière de ces attaques…
Devant la vague d’émotion et la vaste polémique sur l’insécurité dans les transports en commun qu’avaient suscitées ces agressions barbares et violentes, Manuel Valls lui-même s’était déplacé à deux reprises sur les lieux en affirmant que tout serait fait pour identifier et arrêter leurs auteurs, et en promettant des sanctions d’une extrême sévérité.

Si onze jours plus tard, une importante opération de police a permis l’arrestation et le renvoi devant la justice de 11 mineurs, force est de constater que les sanctions prises contre ces jeunes délinquants n’ont pas été à la hauteur des faits commis et du traumatisme qu’ils ont entrainé pour les victimes. Malheureusement, la Justice a, une fois de plus oserais-je dire,  démontré son laxisme dans le traitement de la délinquance des mineurs dans notre pays.Je ne méconnais évidemment pas les grands principes éducatifs qui régissent l’ordonnance de 1945 relative à la délinquance des mineurs. Je n’oublie pas non plus que l’émotion est souvent mauvaise conseillère en matière de traitement judiciaire. Je me suis d’ailleurs toujours opposé à la dictature de l’émotion ! Mais quand même, il est de ma responsabilité, en tant qu’élu de terrain d’une ville jeune et populaire, de m’interroger sérieusement sur le sens de ces décisions.

Quand on apprend par ailleurs qu’un manifestant contre le mariage pour tous a récemment été condamné à deux mois d’emprisonnement ferme, on est d’ailleurs en droit de se demander s’il n’y a pas deux poids, deux mesures, en matière de Justice dans notre pays…
Pense-t-on réellement que ce laxisme d’Etat favorisera une prise de conscience par ces mineurs délinquants de la gravité de leurs actes ? Envisage-t-on un seul instant, également, que ce laxisme assourdissant de la part de la justice dissuadera ces mêmes jeunes délinquants, ou d’autres,  de se livrer à nouveau à des agressions de ce type ?
Je crains que non et j’ai même le sentiment que la faiblesse des sanctions n’encourage cette jeunesse égarée à commettre de nouveaux délits ! Jusqu’à quand, jusqu’où et à quel prix ?

Oublie-t-on que derrière ces actes odieux, il y a aussi des victimes.
A-t-on réfléchi un seul instant à ce qu’elles ont vécu, aux traumatismes que ces lâches agressions ont pu provoquer chez elles ?  A-t-on envisagé le drame qui aurait pu se produire si l’une d’elles avait osé se défendre ?
A-t-on pensé à la perte de temps pour aller déposer plainte (seule une dizaine de victimes avait osé déposer plainte, alors qu’elles étaient bien plus nombreuses !), à se soumettre à des examens médicaux, à entreprendre de lourdes démarches et engager des frais d’avocat pour faire entendre leur voix ?
Certaines bonnes consciences s’offusqueront sûrement de tels propos. Tant pis, je les assume car pour ma part, je préfèrerai toujours être du côté de l’ordre républicain et des victimes que du côté des délinquants !

Il est donc plus que temps que la justice fasse preuve de davantage de responsabilité et que certains magistrats osent enfin appliquer avec l’exemplarité qui s’impose l’arsenal répressif que nous possédons.
Même pour les mineurs, il est suffisamment dense pour ne pas se contenter de prononcer de simples avertissements, même solennels, contre celles et ceux qui, à travers ces actes graves et inacceptables, mettent à mal les fondements de notre République et de notre « vivre ensemble » ! Il est plus que temps que ce laxisme judiciaire et cette impunité institutionnelle cessent enfin avant qu’il ne soit trop tard et que, notamment, de nouveaux drames ne surviennent et plongent des familles entières dans la douleur d’avoir perdu un être cher !