Actualité Billet d'humeur

A pied, à vélo ou en métro…

Où s’arrêtera la surenchère dans la « normalité » ? Depuis un mois que François Hollande a été élu, pas une journée ne s’est écoulée sans qu’on nous bassine avec ce mot : « normal ». Que ce soit pour souligner l’opposition à son prédécesseur ou bien pour critiquer ou se moquer du nouveau Président de la République, « normal » est devenu à 2012 ce que « bling-bling » fut à 2007.
Il faut dire aussi que les médias, dans l’attente des élections législatives et de la mise en œuvre concrète de mesures politiques, n’ont pas d’autre os à ronger que disserter sur ce qui ne constitue, finalement, que des détails pour les ériger en symboles.
De fait, la « normalité », qui fut un argument de campagne de François Hollande, semble être aujourd’hui devenue, plus qu’une ligne de conduite, une véritable posture… Et très franchement, ça commence à me gonfler, surtout quand on voit les déclinaisons, les proportions que tout cela prend, mais aussi… les conséquences !

Or donc, voulant donner une image exemplaire, sitôt nommés les ministres ont été invités à baisser leur rémunération de 30% (décision symbolique quand on sait que, plus nombreux, ils coûteront finalement plus cher à l’Etat que le précédent gouvernement !), et à signer une charte de déontologie.
Il faut croire que les principes de conduite et d’action qu’ils se sont engagés à suivre par cette charte ne leur étaient pas suffisamment naturels, qu’ils ne les eussent pas faits leurs sans qu’on le leur demande, et qu’il a donc fallu les leur faire signer. Histoire, comme on dit, de les graver dans le marbre, mais surtout d’avoir quelque chose de concret à afficher et matière à communiquer.
Car il est des élus, voyez-vous, dont l’action n’est guidée que par l’intérêt général et l’attention portée à leurs concitoyens, qui se contentent modestement de « faire », et pour qui ces principes sont naturels, innés. Et puis il y a les membres du Gouvernement qui, eux, se placent d’emblée dans le « faire savoir », l’affichage, la communication. Quant au « savoir-faire » et aux compétences, il est encore un peu tôt pour en juger, même si les premières déclarations des uns et des autres ne me semblent pas de bon augure.

Bref, après avoir promis en fin de la campagne que s’il était élu, il se déplacerait en train « par souci de proximité et d’économie », et avoir fait exactement le contraire en empruntant le soir-même de son élection un jet privé pour rejoindre Paris depuis Tulle, et après avoir été frappé par la foudre et contraint de faire demi-tour à bord de l’avion présidentiel lors de son premier déplacement à Berlin, le jour de son investiture, François Hollande (qui semble décidément avoir un problème avec les avions) a demandé à ses ministres de privilégier la voiture pour les courtes distances, le train pour les déplacements d’une durée inférieure à trois heures, et de respecter strictement les règles du code de la route.

Et voici donc que nos ministres jouent le jeu, en ordre plus ou moins dispersé.
Par exemple Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, a demandé à ses collaborateurs de lui réserver des billets de train uniquement en seconde classe.
Ou encore Manuel Valls, en déplacement à Aubervilliers, a choisi de rentrer place Beauvau… en métro, alors qu’il s’y était pourtant rendu en voiture ! L’histoire ne dit pas s’il emprunte encore régulièrement le RER D pour se rendre d’Evry à Paris ?

Dans la même veine, j’ai appris cette semaine que, par souci d’économie, les moyens de transport « low cost » ont le vent en poupe, avec les inconvénients que cela fait peser sur l’organisation des déplacements gouvernementaux officiels, l’image que donnent nos représentants et, à travers eux, la crédibilité de notre pays vis-à-vis de nos partenaires étrangers !
Nous nous étions déjà fait remarquer lorsque François Hollande était arrivé en retard au sommet de l’Otan et avait raté l’intervention du Président Obama… Laurent Fabius remet ça, cette fois en Allemagne ! En effet, en visite officielle lundi à Berlin, notre Ministre des Affaires étrangères est arrivé à bord d’un vol régulier Air France, avant de repartir pour Rome sur une compagnie low-cost. Mais l’inflexibilité des horaires sur ce type de vol ne lui a laissé le temps que de répondre à une question lors d’une conférence de presse passablement écourtée, avant de filer à l’aéroport sous le regard mi-amusé, mi perplexe des diplomates allemands, comme le rapportent les journaux. Du grand n’importe quoi !
Bon, moi je dis ça, mais comme j’en ai déjà fait la promotion sur Facebook et que le Gouvernement semble vouloir à tout prix faire des économies, si ça l’intéresse je peux toujours lui revendre à prix réduit mon bon d’achat chez EasyJet ! A bon entendeur…

Enfin, last but not least, le Président de la République, mercredi, pour se rendre aux commémorations du débarquement allié, a pris la voiture. Ayant rendez-vous à l’Elysée à midi avec Martine Aubry et devant être à Caen à 14h45, alors qu’un automobiliste lambda, respectant les limitations de vitesse, aurait mis 2h20… François Hollande s’est fait remarquer par ses nombreuses infractions au Code de la route, notamment par un excès de vitesse à près de 170 km/h. Pour l’exemplarité, il repassera !
Car après tout, s’il n’est pas scandaleux en soi qu’un cortège présidentiel roule à vive allure, qui plus est entouré d’escortes policières qui assurent sa protection et celle des usagers rencontrés par le cortège officiel, il est difficile de prôner quelque chose et faire immédiatement son contraire. Ou comment devenir victime de ses propres leçons de morale et se prendre les pieds dans le tapis de la démagogie ! Ainsi, les Français vont-ils enfin comprendre que l’exemplarité n’était qu’un slogan, et la normalité une posture ?

Finalement, la question qui se pose est celle de savoir si un Président de la République peut être réellement normal, alors qu’il exerce une fonction par nature hors normes.
Certes, les Français rêvent d’un Président qui leur ressemble, mais les ors de la République les fascinent malgré tout. De fait, à quoi cela sert-il d’avoir un Président qui prend le train si, à côté, il multiplie les résidences royales, les week-ends à La Lanterne, les étés à Brégançon et, si le cœur lui en dit, les chasses aux sangliers ? À quoi servent toutes ces demeures présidentielles qui coûtent si cher ? Entre une proximité impossible aujourd’hui et le grand cirque médiatique actuel, entre le « bling-bling » reproché à Nicolas Sarkozy et la simplicité des démocraties du Nord, il serait bien et urgent de trouver un juste milieu. Notre démocratie aurait tant à y gagner !