Actualité Billet d'humeur Courcouronnes

1982-2012 : l’histoire de l’hôpital Louise Michel en quelques dates

La publication de mes derniers articles relatifs à la fermeture de notre Hôpital Louise Michel et aux nécessaires travaux de sécurisation du site a suscité de nombreux commentaires et interrogations, notamment sur mon mur Facebook.

Cette incompréhension exprimée par certains d’entre vous m’a fait prendre conscience que, si je m’efforce de régulièrement rendre compte des évolutions d’un dossier, l’évolution démographique même de notre commune, avec son lot de départs et d’arrivées de nouveaux habitants, ne permet pas à ces derniers de saisir tous les tenants et les aboutissants du dossier en question.

Aussi, pour permettre à chacun et chacune de bénéficier d’une meilleure connaissance rétrospective de l’histoire de notre Hôpital, et ainsi mieux appréhender les ressorts et les enjeux de ce pour quoi nous nous battons aujourd’hui, j’ai tenté de retracer pour vous, en quelques dates, les 30 ans d’histoire de notre hôpital et nos 15 années de combat pour le garder à Courcouronnes :

1982 : ouverture de l’hôpital Louise Michel aux malades

1983 (18 février) : inauguration en présence du Ministre de la Santé, l’hôpital constitue un véritable élément de centralité, un facteur de vie sociale et économique au cœur du quartier du Canal qui sera dessiné autour par la suite.

1994 : le Schéma Régional d’Organisation Sanitaire (SROS) d’Ile-de-France insiste sur la nécessité de mettre en œuvre une complémentarité entre l’hôpital Louise Michel de Courcouronnes et l’hôpital concurrent Gilles de Corbeil.
Joël Bellanger, Président du Conseil d’Administration de l’Hôpital et Premier Adjoint PS au Maire de Courcouronnes, propose alors et entérine leur fusion. Les élus appartenant à la droite républicaine, dans l’opposition à l’époque, s’y opposent fermement, au côté des élus communistes.

1998 (2 décembre) : le directeur de l’Agence Régionale de l’Hospitalisation (ARH) d’Ile-de-France prononce la fusion administrative des hôpitaux Louise Michel et Gilles de Corbeil, ainsi que de six établissements plus petits, dispersés sur 21 sites. Dès cette époque, avec les élus siégeant dans l’opposition au Conseil Municipal de Courcouronnes, nous nous opposons à cette fusion, première étape d’un processus irréversible.

1999 (1er janvier) : naissance du Centre Hospitalier du Sud Francilien (CHSF)

2001 (mars) : élections municipales ; élu Maire, je me saisis du dossier du CHSF avec mon 1er Adjoint aux Affaires Sociales, Yves Berman.

2001 (4 décembre) : le Conseil d’Administration du CHSF décide de restructurer et regrouper l’ensemble des services, équipements et compétences sur un pôle unique.
Avec Yves Berman, 1er Adjoint au Maire et Vice-Président du Conseil d’Administration, nous nous y opposons et exprimons plusieurs préoccupations :

  • notre souhait que ce projet concoure à une amélioration de l’offre de soins pour le public
  • notre inquiétude sur l’affectation future des deux établissements en cas de cessation d’activité et, par voie de conséquence, sur l’équilibre déjà précaire de l’espace urbain et de son tissu économique au cœur de deux quartiers sensibles
  • notre incertitude sur la capacité de l’Etat, dans une situation budgétaire tendue, à remettre aux normes de sécurité les deux hôpitaux en attendant la réalisation du site unique, tout en réalisant dans le même temps ce nouveau pôle (qu’il s’agisse d’une extension ou d’une construction).

Différentes solutions se présentent : construction du pôle unique sur un nouveau site ou réhabilitation ou extension d’un des deux sites existants.
Plutôt que de construire un nouvel hôpital sur un terrain appartenant à la Snecma, à cheval entre Evry et Corbeil-Essonnes, mais qui n’est pas viable, nous nous mobilisons intensément pendant de longs mois pour obtenir l’extension et le regroupement hospitalier sur le site de Louise Michel.

2002 (septembre) : nous adressons un courrier au Ministre de la Santé, Jean-François Mattéi, pour faire valoir les atouts du site de Louise Michel et solliciter une audience.

2002 (11 décembre) : un cabinet d’études présente au CA du CHSF un rapport proposant la construction du nouvel ensemble sur un troisième site dont nous dénonçons déjà les inconvénients majeurs (un terrain totalement inapproprié du fait de son dénivelé et de la composition de ses sous-sols, dont nous craignons qu’il n’occasionne d’importants surcoûts dans les travaux).

2002 (19 décembre) : notre Conseil Municipal adopte une motion appelant à l’extension de l’hôpital Louise Michel. La Communauté d’Agglomération et la Ville d’Evry adoptent des motions similaires.

2003 (7 janvier) : le Président de la Communauté d’Agglomération, le Député-Maire d’Evry et moi-même adressons un nouveau courrier au Ministre de la Santé. 
Nous y soulignons que, bien que les élus soient minoritaires au CA du CHSF, ce projet relève d’une logique d’aménagement du territoire et ne peut se concevoir sans associer étroitement les élus concernés au processus décisionnel.

2003 (8 janvier) : le Président du Conseil Général, Michel Berson, soutient par communiqué de presse la candidature de notre site.

2003 (30 janvier) : le Conseil d’Administration du CHSF écarte définitivement le site de Louise Michel. La décision est unilatérale et tout débat interdit.

2003 (février) : nous lançons, avec Manuel Valls, une pétition sur toute l’Agglomération, qui recueillera plus de 10 000 signatures.
J’obtiens également le soutien de toutes les agglomérations et tous les élus du Centre Essonne, un bassin de 600 000 habitants… à l’exception des élus de Corbeil-Essonnes.

2003 (27 mars) : le Conseil d’Administration du CHSF opte pour la construction du futur hôpital unique « Génopôle – Bras de fer », situé le long de la RN7 et de l’A104 entre Evry et Corbeil. 
Avec Yves Berman et 4 autres élus de l’Agglo, nous votons contre cette proposition. Seuls les deux élus de Corbeil votent pour…

2003 (24 juillet) : le Préfet classe le projet en « opération d’intérêt général ». La Communauté d’Agglomération, le Syndicat Mixte d’étude et de programmation Essonne Centre (SMEC) et la Ville d’Evry engagent un recours contre cet arrêté préfectoral, qui sera rejeté un an plus tard.

2003 (10 décembre) : le Conseil d’Administration du CHSF reçoit le nouveau Directeur de l’Agence Régionale d’Hospitalisation, autorité de tutelle du CHSF. Nous demandons une nouvelle étude du dossier.

2004 (9 juin) : nous sommes reçus, avec les maires des communes concernées et les membres du Conseil d’Administration du CHSF, par le Ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy, qui s’engage à mener des études techniques complémentaires de faisabilité sur le site de Louise Michel et sur le nouveau terrain pressenti avant de prendre une décision.

2004 (juillet) : le Ministre confirme son choix.

Les études en vue de sa construction sont menées jusqu’en 2005.

2006 (mars) : le choix du constructeur est arrêté.

2006 (11 juillet) : dans le cadre d’un partenariat public-privé, le Ministre de la Santé Xavier Bertrand signe avec la société HEVEIL, groupement d’entreprises autour d’Eiffage, un bail emphytéotique hospitalier (BEH) pour une durée de 30 ans. 
HEVEIL investit 344 millions d’euros pour assurer la conception, la construction, le financement, la mise à disposition et la maintenance du nouvel hôpital. A compter de 2011 (date programmée de mise à disposition du bâtiment), et jusqu’en 2041, le CHSF versera un loyer annuel à HEVEIL couvrant les coûts de construction, de maintenance et d’exploitation du bâtiment. A l’expiration du bail, le bâtiment deviendra la propriété du CHSF.

2007 (10 juillet) : Roselyne BACHELOT-NARQUIN, Ministre de la Santé, pose la première pierre du futur site unique.

2011 (janvier) : lors de la livraison du chantier, quelques 8 000 malfaçons sont constatées par huissier. Pour lever ces réserves, Eiffage devra réaliser 175 millions d’euros de travaux supplémentaires, qui sont aujourd’ui au centre d’un important litige financier devant le tribunal administratif. 
L’ouverture est repoussée une première fois et le déménagement subira plusieurs retards. Dans le même temps, le CHSF commence à verser un loyer (réévalué de 29 millions à plus de 40 millions d’euros annuels) pour un hôpital vide et inopérationnel.

2011 (février) : la chambre régionale des comptes d’Ile-de-France rend public son rapport d’observations relatif au CHSF, qui pointe un « projet surdimensionné et très coûteux », soulignant le caractère juridiquement contraignant et financièrement aléatoire du recours au PPP. 
Le « désastre financier et sanitaire », que nous avions prédit et contre lequel nous nous étions vainement battus, est unanimement dénoncé par les médias. Certains vont jusqu’à le qualifier de « scandale d’Etat ».

2011 (4 février) : Manuel Valls est élu Président du Conseil de Surveillance du CHSF.

2011 (30 juin) : le Conseil de Surveillance réclame la sortie du partenariat public-privé et demande à l’Etat de négocier avec Eiffage puisque le « montage financier a été voulu par les pouvoirs publics ».

2011 (1er septembre) : le Directeur du CHSF, dont les propositions de budget ont été retoquées à deux reprises et à qui l’autorité de tutelle impose des réductions budgétaires drastiques pour faire face au paiement des premiers loyers et aux coûts du déménagement, est poussé à partir précipitamment en retraite. 

2012 (24 janvier) : ouverture et transfert progressif des activités vers le nouvel établissement.

2012 (fin mars) : fermeture définitive de l’hôpital Louise Michel. 

Bien évidemment, je n’ai pas attendu cette triste échéance pour préparer l’ « après-hôpital », à savoir l’édification d’un écoquartier de plusieurs centaines de logements, une perspective d’urbanisation validée par les habitants à de multiples reprises, notamment lors des dernières élections municipales.

Cela fait plus de 5 ans que j’attends de l’Etat, qui nous a infligé si brutalement cette fermeture d’hôpital, une position claire et généreuse quant à la rétrocession des terrains à la collectivité. Or, sa dernière offre se chiffre à plus de 8 millions d’euros, ce qui est proprement scandaleux !

Je ne vous cache pas que si « le changement, c’est maintenant », à Courcouronnes j’en attends un substantiel sur ce dossier ! Je m’en suis ouvert pas plus tard que cet après-midi avec Cécile DUFLOT, la nouvelle Ministre de l’Egalité des Territoires et du Logement, dans le cadre d’une rencontre organisée avec l’association « Ville et Banlieue ».

Je vous reparle de cette rencontre dès lundi prochain, car on m’annonce déjà que la cession gratuite n’est plus vraiment à l’ordre du jour…