Courcouronnes

Quelle place pour la petite enfance dans le débat public ?

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Dans plusieurs collectivités territoriales, qu’elles soient mairies, départements, Régions ou à l’échelon national, beaucoup est fait, à raison et souvent avec efficience, pour la jeunesse dans sa globalité, pour les scolaires en particulier. A Courcouronnes, nous avons depuis plusieurs années saisi ces sujets à bras le corps et je me félicite, avec mes équipes, que notre Ville soit pilote sur de nombreuses initiatives à destination de ces publics. Mais depuis plus de dix ans maintenant, à Courcouronnes, nous allons beaucoup plus loin.

Nous avons toujours pensé que l’accueil des moins de trois ans dans nos structures ne pouvait se restreindre à la seule proposition d’un lieu, chatoyant et confortable et animé par du personnel qualifié, mais qu’au delà, il convenait d’apporter aux jeunes enfants fréquentant nos crèches, collective ou familiale, nos halte-accueil et multi-accueil, notre relais d’assistants maternels, les clés d’un développement intellectuel optimal par la mise en place de différentes initiatives, reprises parfois dans d’autres structures après avoir été initiées à Courcouronnes avec succès.

Les enjeux de la Petite Enfance sont pourtant essentiels tant du point de vue de l’individu, de l’adulte de demain, du futur citoyen que du point de vue économique. Monsieur James Heckman, économiste et lauréat du prix Nobel en 2000, a démontré que soutenir l’éducation n’est pas une dépense mais un investissement. Les actions menées dans les premières années de vie ont un impact plus élevé que les actions ultérieures.

« La prime enfance est fondatrice de la personne sans être prédictive ». Il n’est pas question de faire du déterminisme mais les conditions de vie de certains enfants laissent peu de place au développement de leurs compétences cognitives et sociales.

Le fossé langagier varie considérablement selon le milieu dans lequel l’enfant grandit. Ainsi, à 4 ans, un enfant de milieu social défavorisé a entendu 30 millions de mots de moins qu’un enfant issu de milieu favorisé.

Les apports des neurosciences permettent de comprendre l’impact des situations éducatives quotidiennes sur le développement du cerveau.
Chez l’enfant, toute expérience émotionnelle agit sur le développement cérebral.

A Courcouronnes, le rôle social et éducatif des établissements d’accueil du jeune enfant est rempli par les équipes grâce aux moyens humains et matériels mis à notre disposition.

Tandis que la réglementation prévoit que 10% des enfants de familles en grande difficulté sociale doivent être accueillis, nous avons accueilli en 2016, au sein de nos structures municipales, environ 50% de ces enfants. Ceci sans contrevenir à la mixité sociale puisque la typologie des familles accueillies reflète la population courcouronnaise dans son ensemble.

Des études ont démontré que ce n’est pas tant le mode d’accueil qui est essentiel mais bien la qualité d’accueil de chaque enfant qui favorise leur développement cognitif ainsi que des compétences telles que la confiance en soi, le désir d’apprendre, la capacité à interagir et l’envie de communiquer.

Ici, au quotidien, chaque enfant est accueilli dans sa singularité et selon ses capacités, à son rythme en coopération avec ses parents. Un travail exigeant qui demande réflexion en équipe, soutien et formation continue des professionnels.

A la lecture des textes émanant des ministères : « Cadre national pour l’accueil du jeune enfant », (Ministère des Familles, de l’Enfance et du Droit des Femmes mai 2017) et « Pour l’éveil artistique et culturel des jeunes enfants » (protocole d’accord entre le ministère de la Culture et le ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes mars 2017), force est de constater que notre projet de service et nos actions à Courcouronnes menées depuis plusieurs années répondent précisément aux principes énoncés, voire s’avèrent être précurseurs.

Pour n’en citer que deux : depuis 2012, l’éveil artistique (avec la compagnie Itotoyo, ateliers et résidence d’artistes de 2012 à 2015, et avec la compagnie l’Eygurande depuis 2016) Et depuis 2013, Parler Bambin (dispositif de prévention précoce et de lutte contre les inégalités sociales).

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Le bien-être et la participation de l’enfant sont deux conditions essentielles pour les apprentissages dans un environnement riche et adapté avec des professionnels qualifiés, en nombre, formés et motivés.

Toutefois, la Petite Enfance n’est pas une compétence obligatoire des communes. Les politiques menées au niveau local dépendent de la volonté politique des élus locaux.

Quelques mois après les élections présidentielles, force est de constater que rien de révolutionnaire ou tout au moins de pertinent, n’a été proposé pour la petite enfance. Celle-ci n’est évoquée qu’en terme de nombre de places à créer. Même si ce point doit être pris en compte pour aider les parents à concilier vie familiale et vie professionnelle, les enjeux de la Petite Enfance sont encore une fois passés sous silence.

Au cours de l’été, l’annonce de Madame Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes nous a encore apporté la preuve de cette vacuité en proposant la création d’un dispositif de validation des acquis d’expérience (VAE) destinée à favoriser le retour au travail des parents, et plus particulièrement celui des mères sans diplôme ni expérience professionnelle.

A suivre ce raisonnement pour le moins simpliste, si les jeunes enfants doivent être gardés, il suffirait donc de proposer à des femmes de le faire… pour cela, point besoin de beaucoup de connaissances encore moins de diplômes (cf. décret Morano) Et si on est mère, on a le sésame…

Dans un contexte local fragilisé par les situations économiques des familles et des pressions idéologiques, notre stratégie d’action éducative doit rester une priorité.

L’équipe éducative et les directeurs d’école maternelles et élémentaires de la Ville avec qui j’échange régulièrement sur les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien sont confrontés à une évolution évidente de la réceptivité des enfants, à des comportements de plus en plus difficiles au sein des classes, au manque de concentration des jeunes enfants, à une recrudescence de troubles autistiques. Entre autres facteurs sociaux ou éducatifs, de récentes mais approfondies études menées par le médecin de PMI Anne-Lise Ducanda ont révélé les conséquences de la surexposition aux écrans des enfants de moins de 4 ans. Ses travaux ont été exposés lors de conférences, à destination des professionnels de la petite enfance, de l’enfance et de la jeunesse et du grand public, courant septembre à Courcouronnes. Sur cette thématique également nous serions prêts à nous engager, forts de notre conviction qu’il relève aussi du rôle des pouvoirs publics et plus précisément de nos spécialistes de la petite enfance, au sein des structures municipales, de garantir un environnement propice au meilleur développement intellectuel de nos futurs jeunes adultes.

Les lieux comme les crèches de Courcouronnes participent à l’éducation des enfants dès le plus jeune âge, il est primordial de garantir un accueil de qualité aux bébés d’aujourd’hui, l’enjeu éducatif est primordial pour la société de demain.

 

 

  • Le Bourhis Sylvia
    2 novembre 2017 at 14 h 22 min

    Bonjour,

    Dans votre billet d’humeur, vous soulignez la nécessité de prendre en compte la petite enfance, comme les autres publics d’ailleurs, dans tout processus de développement, notamment parce que c’est un facteur incontournable d’émancipation individuelle et collective. Je partage pleinement cette vision pour demain et reste convaincue que lorsqu’un élu inaugure une crèche, une structure d’accueil, il fait beaucoup plus que répondre à la demande des parents. Il ouvre les bras aux familles et à la jeunesse, et porte résolument son territoire vers l’avenir.
    Ce sont là des signes forts que vous semblez donner et qui prennent tout leur sens au sein d’une politique globale de développement local. Je salue votre encouragement à l’innovation qui tient compte des évolutions sociales et sociétales.

    Parents et enfants doivent être au cœur du projet d’accueil. A ce titre, certains rivalisent d’innovations et d’actions avant-gardistes permettant aux parents de voir leurs enfants autrement.

    « Imaginez un lieu presque perdu aux confins de la ville. Imaginez…imaginez plutôt une mini-ferme avec des lapins, des poules, des poissons tropicaux dans des aquariums de toutes tailles et de gros lézards gobant des mouches offertes par de toutes petites menottes, expertes ». Telle est la description émerveillée que l’on peut faire quand on revient de l’une des crèches et écoles maternelles de Pistoia en Italie, où enfants et parents sont au cœur de la structure d’accueil.

    Sans être utopiste au point d’imaginer (quoique…) que nous puissions faire émerger de telles structures dans nos milieux très urbanisés, j’attire l’attention, au travers de cet exemple, sur le fait que dans les lieux d’accueil, les parents ne veulent pas seulement faire garder leurs enfants mais aussi « élargir leurs ressources éducatives ».

    Je suis convaincue qu’il ne s’agit pas seulement de savoir « Qui va garder les enfants ? » mais plutôt « Comment va-t-on les accompagner ? » renvoyant clairement à la nécessité de prendre pleinement la mesure des bienfaits d’une politique de la petite enfance réellement ambitieuse, pour les parents, pour la société dans son ensemble mais aussi, et peut-être avant tout, pour les enfants.
    Notre rôle de parents est bien d’enraciner chez nos enfants des valeurs fondamentales et structurantes pour qu’ils puissent « pousser » bien ancrer dans le sol. Ils traverseront des bourrasques et des tempêtes, mais leurs racines bien profondes les empêcheront de tomber, juste de vaciller parfois. Accompagner de « tuteurs » divers, pluriel, permettant l’accès aux ressources éducatives et sociales, nous pouvons imaginer que les jeunes enfants, leurs familles, se développeront et construiront leur avenir.

    La France est parfois à mille lieues de ce niveau d’intégration, pourtant les pouvoirs publics doivent prendre conscience que l’accueil des jeunes enfants ne peut être optimal qu’à condition de le penser comme un « investissement », et plus encore pour les plus éloignés.

    Comme vous le pointez, disposer d’un mode d’accueil, notamment collectif, est fondamental pour le développement de l’enfant, surtout s’il est issu d’un milieu défavorisé. Or, l’accueil en crèche ne concerne que 10 % des enfants (contre 83 % au Danemark et 66 % en Suède) sans priorité donnée aux enfants dont les familles ont le plus de difficulté à développer le langage, les capacités cognitives et de socialisation, à l’heure où nous savons que la petite enfance est une période critique et implique des interventions précoces auprès des tout-petits.

    Avec vos équipes, vous cherchez à donner la réponse aux besoins de prise en charge des enfants, à la fois quantitativement (nombre de places) et qualitativement (diversité des formules d’accueil)….Souhaitons que vos initiatives puissent être partagées et transférables car réel facteur de bien-être pour les familles ayant des enfants en bas-âge.