AMIF La presse écrite

« Confronter les start-up à la réinvention du modèle communal »

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Le magazine L’Hémicycle s’est penché sur la réinvention du modèle communal. J’ai répondu à leurs questions dans une longue interview. 

Quelle est la vocation du Salon des maires d’Île-de-France ?

STÉPHANE BEAUDET : Créer une véritable ren
contre entre les décideurs locaux franciliens et les entreprises. C’est un salon qui s’adresse autant aux maires qu’à leurs adjoints, qu’aux conseillers municipaux – on les oublie souvent dans ces rendez-vous –, qu’aux directeurs de cabinet, et aux fonctionnaires territoriaux. Les entreprises (qui ne sont pas exclusivement franciliennes) viennent présenter leurs innovations. C’est aussi l’occasion de créer du débat, de transmettre un certain nombre de messages au gouvernement.

Au programme de cette 22e édition : l’évolution du statut de maire. Faut-il le redéfinir ?

S. B. : Je suis maire depuis 17 ans. Tout a changé, depuis. Nous avons beaucoup moins de moyens. Les problématiques sociales et sociétales qui se présentent à nous ne sont plus les mêmes. L’organisation institutionnelle a été profondément modifiée. Il y a 17 ans, il y avait des services préfectoraux particulièrement solides. Depuis la mise en œuvre de la RGPP, je n’ai quasiment plus personne en face de moi, excepté un préfet très isolé. Les attentes des citoyens ont aussi beaucoup changé, avec la paupérisation rampante de nos territoires, la surdensité, et les problèmes de mobilité. Auparavant, en Île-de- France, le thème principal, pour les élus, c’était la sécurité. Aujourd’hui, on ne nous parle que de charges, de transports, de radicalisation. Sur le poids des charges par exemple, notre capacité d’action est faible. Pour assurer la couverture et/ou l’isolation thermique de tous les logements d’une commune, en partie privée ou en partie locative sociale, il ne suffit pas de claquer des doigts… La question du rôle du maire est posée par une société qui évolue aujourd’hui en permanence. Et que dire de la numérisation de la société… En fin, si nous étions il y a une quinzaine d’années aux prémices de l’intercommunalité, nous sommes aujourd’hui dans des agglomérations qui comptent jusqu’à 600000 habitants. Et devant une métropole dont nous ne connaissons toujours pas les contours…

Sans oublier la nouvelle donne politique…

S. B. : En effet, une tripolarisation succède à la bipolarisation, cela change la donne : le positionnement des élus devient de moins en moins clair.

Et les carrières politiques durent moins longtemps…

S. B. : Oui, la loi sur la fin du cumul des mandats va avoir un impact sur cette évolution, cela change la manière d’entrer en politique et d’en sortir : tout cela justifie de rouvrir le débat du statut de l’élu.

Quel est le message des maires d’Île-de-France sur la future architecture institutionnelle de la métropole ?

S. B. : Chacun a sa vision du Grand Paris, en fonction du territoire où il se situe. Tenter de déterminer une position commune des maires franciliens n’est donc pas chose aisée. Nous avons fait un sondage pour essayer de comprendre les attentes de nos élus : 85 % d’entre eux souhaitent que la métropole soit régionale. Ils ne le souhaitent pas tous pour les mêmes raisons, mais le résultat est le même.

Et que souhaite le président de l’AMIF ?

S. B. : S’il se pose aujourd’hui un problème de taille de la métropole du Grand Paris, c’est avant tout parce que nous n’avons pas résolu la taille de la région. Nous tentons de répondre à une question qui est, selon moi, mal posée. Si la région avait été (comme c’était prévu à l’origine) agrandie jusqu’au Havre, c’est-à-dire sur le périmètre Insee du véritable Bassin parisien, alors les contours actuels de la MGP seraient particulièrement pertinents. En outre, si la métropole s’adosse sur le périmètre de la région actuelle, représentant les territoires et, de facto, une forme d’intercommunalité, il faudra poser la question du mode de scrutin pour élire l’exécutif régional. Je pense que l’Île-de-France n’est pas une région comme les autres, c’est la locomotive nationale, elle doit avoir un statut particulier. Il faut trouver une réalité institutionnelle (qui doit se traduire par une émanation des territoires) qui corresponde à cette réalité.

Comment se passe la fusion entre Evry et Courcouronnes ? Peut-elle servir d’exemple ?

S. B. : C’est une fusion pleine de symbole : une ville de gauche (dont l’ancien maire fut Premier ministre), une ville dite de droite (dont le maire préside l’AMIF). Elle serait exemplaire aussi par sa taille : la seule comparaison possible à l’échelle nationale, c’est Cherbourg, qui a embrassé le territoire d’une ancienne intercommunalité, et Annecy qui, en créant une ville nouvelle, n’a pas été jusqu’au bout de sa logique (elle a conservé un conseil municipal délégué dans toutes les communes). Nous, nous assumons de pousser l’exercice jusqu’au bout, c’est- à-dire la naissance d’une seule et même commune.

La France n’était pas en pointe sur les smart cities. Une étude récente pointait quatre handicaps : un cadre juridique et administratif d’innovation territoriale inadapté, un code des marchés publics trop restrictif, une culture numérique faible dans nos collectivités, et des finances publiques trop contraintes. Vous partagez ce constat ?

S. B. : Oui, globalement, mais il y a une véritable envie de progresser. Pour y parvenir, il faut impérativement une stabilisation du code des marchés publics. Depuis mon élection, ce code a connu… sept réformes ! Il y a un autre débat qu’il faut porter : nous allons consacrer la dernière journée de notre salon au numérique, car il faut soutenir nos starts-up – elles sont remarquablement créatives, mais ont du mal à se développer, nous le savons. Il faut également réinterroger ce que les habitants attendent vraiment du service public communal. Quand cette réflexion aura été menée, il faudra voir comment trouver les financements. Pour que cela fonctionne, il faut poser les bonnes questions. Quand je demande aux Courcouronnais ce qu’ils attendent, ils me demandent prioritairement de baisser les impôts, de faire des économies. Je leur demande ensuite s’il est par exemple encore opportun de conserver un service municipal ouvert au public du lundi au samedi. Les gens vont de moins en moins en mairie – excepté pour venir chercher leur sac de déchets vert ! Et si on leur proposait de n’ouvrir la mairie que trois jours par semaine, de 16h (pour ceux qui ne travaillent pas) à 20h (pour ceux qui travaillent) ? L’outil numérique doit être au service de ce type d’évolutions – et c’est quand on les porte avec les habitants qu’elles réussissent.

Les premières start-up qui venaient à notre salon ne proposaient malheureusement que des outils au service des maires pour sonder leurs habitants. Ce n’est pas cela dont on a besoin aujourd’hui (nous communiquons quotidiennement avec la population). Le sujet important, selon moi, aujourd’hui : comment réinventer le modèle communal ? Qu’est-ce qui doit relever du service public ? Il faut confronter les start-up à ce débat-là.

Les projets smart cities rapportent davantage de valeur qu’ils ne coûtent aux collectivités. Quels investissements prioritaires conseillez-vous aux maires ? Ceux qui favorisent la transition énergétique ?

S. B. : Oui, absolument. J’en suis d’autant plus convaincu que la transition énergétique crée un culture commune. Par ailleurs, elle permet aux usagers de faire des économies en termes de charges.