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Ma rencontre avec le politologue américain Benjamin R. Barber

et si les maires gouvernaient le monde...Courcouronnes, Stéphane BEAUDET

Né en 1939 à New York, Benjamin R. Barber est Professeur de sciences politiques à l’u-Université du Maryland. Spécialiste de la société civile, il a été Conseiller du Président Bill Clinton sur les questions de citoyenneté. Il est l’auteur de Jihad contre McWorld (1996, Hachette), oeuvre dans laquelle la mondialisation de l’économie apparaît comme une menace pour la démocratie. Son dernier ouvrage Et si les maires gouvernaient le monde ? est paru fin 2013 aux Etats-Unis.

Plus qu’une invitation, une incitation : Et si les Maires gouvernaient le monde ?

Avec Barber, les Maires ont la côte. On sait que le Maire est l’élu préféré des français, désormais on sait, aussi, que le Maire est l’élu préféré des américains, en tout cas de Benjamin R. Barber… Il reconnaît plusieurs qualités aux élus locaux, dont une bien spécifique : ne pas être idéologue. Il rappelle que les Maires « assurent la circulation de l’eau plutôt que de la circulation des armes. Ils promeuvent l’éducation et la culture plutôt que la défense nationale et le patriotisme“.

Oui, il a raison : les Maires sont pragmatiques et ils ne sont pas prêts à rendre leur écharpe aux premières difficultés. Si notre Etat semble dépassé par les événements, les Maires ne le sont pas. Ils ont l’habitude d’avoir plusieurs métiers, d’apprendre sur le terrain et de trouver de réelles solutions aux problèmes de leurs semblables. La légitimité politique est donc de leur côté.

Le postulat posé par Benjamin R. Barber est simple : les Etats-Nations ne savent plus gouverner. Face aux grandes difficultés qui mettent en péril nos sociétés et notre modèle démocratique, les nations sont obsédées par leur souveraineté, se rivalisent et semblent comme paralysées. Loin de cet immobilisme, les villes sont organisées en réseaux et se définissent avant tout par la collaboration, la créativité et le pluralisme culturel. Tournés vers l’opérationnel, les Maires utilisent des moyens démocratiques et efficaces pour gouverner. L’universitaire l’affirme et le démontre à travers un tour du monde allant de New-York à Séoul en passant par Londres ou encore Dehli, c’est souvent au niveau local que se résolvent les enjeux de nos concitoyens comme l’insécurité, l’éducation, le logement…

Aussi, oppose-t-il au traditionnel « concert des nations » soumis au veto d’un petit nombre, « ce qui rend toute prise de décision improbable et toute action au nom de la majorité impossible », un Parlement mondial des Maires. « Il s’agirait de la première institution glocale au monde, donnant des réponses locales à des problèmes globaux ». Barber pense les villes comme les berceaux de la démocratie, comme les plus anciennes et les durables de nos institutions, et il envisage l’élu local comme le meilleur gage démocratique.

Chaque jour, on le constate, les Français ne se focalisent que sur le Président ou le Maire qui est accessible. Les gens ne comprennent pas le fonctionnement des institutions et du système français. Ils ne connaissent pas les autres strates et leurs compétences, ce qui alimente un rejet de la population envers « les politiques », auxquels ils ne font plus confiance. C’est pourquoi, il faut changer collectivement le discours, arrêter de pontifier et mettre les mains dans le cambouis.

 

D’ailleurs, à la fin de cet échange avec Benjamin R. Barber, je me demande si son éditeur n’a pas oublié une mention à la suite des nombreux titres de cet éminent politologue, celui de : faizeux. D’Outre-atlantique, j’ai, en effet, entendu : « les Maires peuvent sauver le monde, laissons-les faire ». En écho, je réponds, comme Alexandre Jardin, « Laissez-nous faire ! On a déjà commencé ». A n’en pas douter, si l’ouvrage d’Alexandre Jardin n’a pas encore été traduit en anglais et exporté aux Etats-Unis, ses idées ont déjà circulées et elles continueront à faire du chemin !