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Extension de la zone faible émissions à  l’A86  : quand le diable est dans les détails.

Nous avons un défi majeur à relever en Ile-de-France : le combat contre la pollution de l’air. D’après la dernière enquête réalisée par l’Ifop pour Airparif, la qualité de l’air est la préoccupation environnementale principale des Franciliens citée en premier à près de 65%. Une préoccupation fondée, quand on sait que 1,5 million d’habitants en Île de France sont toujours exposés à un air qui ne respecte pas la règlementation, bien que la situation se soit améliorée en 10 ans principalement grâce à l’évolution des normes sur les carburants.

Comment dans ce cas ne pas accueillir positivement l’extension de la Zone Faible Emissions votée hier par la Métropole du Grand Paris à 79 communes de la zone dense, en plus de Paris qui l’applique déjà, avec une première étape à l’été 2019 pour les véhicules non classés ou classés Crit’Air 5 ?

Cette question dépasse largement les clivages politiques et je ne peux que la soutenir dans son principe en tant que Vice-Président de la Région en charge des transports, mais également en tant Président de l’association des Maires d’Ile-de-France. Malgré ce premier sentiment positif, je garde des réserves car le diable est malheureusement le plus souvent dans les détails et il convient donc de bien analyser cette mesure.

Au titre des points positifs qu’il importe de souligner, la Métropole du Grand Paris a mené un travail partenarial incluant l’ensemble des acteurs concernés et prévoit surtout que chaque Maire puisse organiser des consultations avec le public avant de prendre les arrêtés de restriction de circulation. Ce point est primordial car il n’est plus possible aujourd’hui d’imposer des mesures contraignantes par le haut sans un travail préalable de dialogue approfondi avec les populations. Le calendrier toutefois interroge avec l’échéance couperet de juillet 2019 qui laisse peu de temps aux Maires pour mener un exercice de pédagogie avec leurs administrés pourtant indispensable sur cette thématique de la pollution de l’air, sans compter la mise en place d’un système de contrôle efficace qui est loin d’être évidente.

Mais c’est surtout la cohérence et l’applicabilité de cette mesure qui interpellent. Il y a tout d’abord la ségrégation spatiale qu’elle génère au sein d’un territoire francilien qui ne doit pas rejouer une nouvelle fois la lutte de l’agglomération contre la grande couronne. Tous les Franciliens sont égaux devant la pollution et on ne comprend pas bien pourquoi créer une frontière artificielle au niveau de l’A86.

Il y a surtout la faiblesse des mesures d’accompagnement envisagées face à un constat brut et implacable : 320 000 véhicules ne pourront plus circuler à partir de l’été 2019 dans la zone concernée, sachant que ces véhicules sont possédés en majorité par des ménages ou entrepreneurs aux revenus les plus modestes. Que fait-on pour les aider ? Les aides existantes sont clairement insuffisantes. On ne peut ainsi balayer d’un revers de main le refus du Maire de St-Denis d’appliquer la ZFE sur son territoire pour lequel 8% des véhicules sont concernés. La lutte pour l’environnement ne doit pas pénaliser encore davantage les plus fragiles. Alors oui j’assume de dire qu’une telle mesure est certes très utile, mais ne peut être envisagée sans une aide beaucoup plus massive de l’Etat pour la reconversion du parc, notamment vis-à-vis des Franciliens les plus modestes.

J’invite par ailleurs l’ensemble des acteurs à ne pas porter de position caricaturale sur le sujet. C’est par de multiples actions que nous arriverons à résoudre la problématique de la qualité de l’air et la ZFE ne sera pas suffisante seule. La clé de la réussite réside surtout dans un travail de concertation et d’accompagnement des Franciliens qui doivent comprendre les enjeux et être aidés dans la transition vers des mobilités plus propres. C’est tout ce que nous entreprenons avec la Région Ile-de-France et Ile-de-France mobilités en investissant 24 milliards d’ici à 2025 dans les transports en commun. Est-ce que la mesure actuelle de la Métropole du Grand Paris répond à ces critères de succès ? On peut malheureusement en douter pour le moment.