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Interdire les crèches de Noël dans les équipements publics : laïcité ou dérive laïciste ?

12279001_10206971960489851_1681828372302743757_nPuisque je suis de plus en plus régulièrement interrogé, par des journalistes, des militants, mais aussi tout simplement des habitants, sur la publication du « vade-mecum de la laïcité » de l’AMF, je dois vous concéder ma gêne.
En effet, la publication de ce texte, résultat d’un colossal travail mené par des maires de l’association, contient une proposition, parfois mal interprétée, qui fait débat, voire qui pourrait ouvrir à la polémique. Et pour le coup, en terme de calendrier, cela ne tombe pas très bien.
En réalité, et clairement, l’AMF, préconise un éclaircissement législatif sur la présence de crèches de Noël dans les équipements publics, lié notamment à deux jugements rendus récemment et opposés l’un à l’autre. On peut aisément comprendre qu’à l’heure actuelle, le sujet soit des plus sensibles.
Or donc, je livre ici mon modeste avis.
Certes, sur le fond, si l’on est laïc, alors il faudrait l’être jusqu’au bout, toutes confessions confondues.
Encore eut-il fallu, pour nous faciliter les choses, en faire ainsi dès 1905.
Reconnaissons que cette discussion, parfois dévoyée sur les médias et les réseaux sociaux, ouvre, dans un pays en quête identitaire, le débat de son histoire, de son patrimoine, de ses racines, de ses bases séculaires. Et donc un puits sans fond. Nous avons une histoire dont nous devons être fier, y compris religieuse. Le renier serait une erreur colossale, un déni qui nous coûterait peut être bien plus.
Car finalement, si Noël est à la base une fête religieuse, c’est surtout aujourd’hui un moment festif plébiscité par des habitants de nombreuses origines, à commencer par les enfants.
Ainsi donc, sous couvert de l’interdiction de dépense publique au bénéfice de cette fête, vers quelle dérive allons-nous, que va-t-il advenir ensuite des décorations de Noël sur l’espace public, des sapins que l’on nous demande partout, centres de loisirs, écoles, que va-t-il advenir des cadeaux des CCAS, des « Noël solidaires » organisés dans de nombreuses communes pour rompre l’isolement de nos aînés notamment, et que dire de ces spectacles de Noël tant attendus de nos petits quelles que soient leurs origines ?…
Tout notre modèle ne peut ainsi peu à peu être remis en cause : sans provocation, quid, même si l’Education nationale a su récemment les requalifier de noms de saisons, de nos vacances scolaires structurées autour de la Toussaint, de Noël et de Pâques…
Bref, je suis gêné, le débat ne pouvant se résumer à un arbitrage binaire.
La laïcité, oui, évidemment. Mais une forme de dérive laïciste peut nous guetter et il est nécessaire de nous en préserver.
Car dans le contexte actuel, cliver encore davantage et irriguer du mécontentement vers celles et ceux, aux frontières de la république, parfois au delà même, qui n’attendent que de s’en saisir, ce pourrait être destructeur.